4MOST : la nouvelle boussole du ciel.
Le télescope VISTA (pour Visible and Infrared Survey Telescope for Astronomy), est un peu le grand arpenteur du ciel de l’Observatoire européen austral.
Installé au Chili, sur le site du Cerro Paranal, à quelques centaines de mètres du Very Large Telescope, il observe l’Univers avec un miroir de 4,1 mètres et une mission très claire : recenser méthodiquement les objets célestes, comme on dresserait un cadastre cosmique. Conçu à l’origine par un consortium d’universités britanniques, piloté par l’université Queen Mary de Londres, VISTA a rejoint l’ESO lors de l’adhésion du Royaume-Uni et a été inauguré en 2010, avec un début des observations scientifiques dès décembre 2009. Sa spécialité, c’est l’infrarouge proche, une lumière invisible pour nos yeux, mais redoutablement efficace pour percer les nuages de poussière, repérer des objets froids et remonter le temps jusqu’aux premières galaxies, dont la lumière a été étirée par l’expansion de l’Univers.
Pour cela, VISTA s’appuie sur un seul instrument, VIRCAM, une caméra de 3 tonnes équipée de 16 détecteurs infrarouges totalisant 67 millions de pixels, ce qui en fait le plus grand télescope au monde entièrement dédié aux relevés du ciel en infrarouge proche.
Depuis octobre 2025, il dispose aussi de 4MOST, un spectrographe multi-objets de nouvelle génération développé en grande partie par le CNRS et capable d’analyser simultanément des milliers d’étoiles et de galaxies, transformant chaque nuit d’observation en une véritable moisson de données sur la structure de la Voie lactée et l’Univers lointain.
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4MOST, le géant européen qui écoute la lumière
Le 4MOST est un véritable bijou de technologie. Grâce à ses 2 436 fibres optiques aussi fines qu’un cheveu, il peut analyser en même temps 2 400 étoiles, galaxies ou nébuleuses et changer de cible toutes les 15 minutes.
À chaque observation, il capture 18 000 longueurs d’onde différentes.
Une aventure de patience et de passion
Le projet a commencé en 2010. Quinze ans à assembler lentement un puzzle fait de miroirs, de capteurs et de logiciels.
Deux des trois spectrographes de 4MOST sont entièrement français. Conçus à Lyon, ils couvrent une gamme continue de 370 à 950 nanomètres (du violet au rouge profond). Reliés à plus de 800 fibres chacun, ces modules sont capables de disséquer la lumière d’objets très faibles qui passaient jusqu’ici sous les radars des télescopes les plus puissants.
Un troisième spectrographe, à haute résolution, vient compléter le dispositif. Ensemble, ils font de VISTA le plus grand télescope de spectroscopie multi-objets de tout l’hémisphère Sud.

La première lumière captée le 18 octobre 2025
Ce soir-là, pour la grande première du 4MOST, les écrans se sont allumés sur un premier objectif : la galaxie du Sculpteur (NGC 253), immense spirale à 11 millions d’années-lumière ; et l’amas globulaire NGC 288, un amas d’étoiles vieux de 13 milliards d’années, né aux débuts de la Voie lactée.
En une seule nuit, plus de 2 000 objets célestes ont livré leurs secrets : température, masse, vitesse, composition. Certains situés à 10 milliards d’années-lumière, d’autres tout près de nous. À chaque ligne sur l’écran, les chercheurs savaient qu’ils observaient un morceau d’histoire, une lumière partie avant la naissance de la Terre.

Une aventure collective planétaire
Derrière 4MOST, 700 personnes de plus de 15 pays : des ingénieurs, des opticiens, des informaticiens, des astronomes… tous reliés par le rêve de comprendre le ciel autrement.
« 4MOST va décupler notre capacité à cartographier de grandes régions du ciel. La quantité de mesures physiques que l’on va obtenir sur des objets aussi distants est vraiment impressionnante ! » », explique Johan Richard, astronome au Centre de recherche astrophysique de Lyon.
Vingt-cinq programmes scientifiques sont déjà prêts : matière noire, formation des galaxies, chimie stellaire. Un chantier cosmique qui durera quinze ans, comme une odyssée en pleine expansion.
Et depuis octobre ?
Fin janvier 2026, les équipes ont terminé avec succès la phase de vérification et de mise en service, dans les temps, après un travail intensif mené jusqu’au cœur des fêtes de fin d’année. Les tests ont montré que toutes les exigences techniques étaient respectées, souvent avec une marge confortable, ce qui a permis de valider officiellement le passage à OpR4, la quatrième répétition opérationnelle.
En pratique, OpR4 correspond à un mois de répétition générale, grandeur nature, où l’instrument, les logiciels et les équipes fonctionnent comme ils le feront lors des futures campagnes scientifiques. L’enjeu est désormais d’enchaîner automatiquement les blocs d’observation toute la nuit, produire des données exploitables sans interruption et préparer les équipes de l’Observatoire européen austral à l’exploitation sur le long terme. Lors de la première nuit, un bloc d’observation s’exécutait déjà pendant que le suivant apparaissait automatiquement dans la séquence, signe que l’automatisation, indispensable pour un relevé de cette ampleur, fonctionne enfin comme prévu.
Ce mois d’OpR4 sert aussi à roder les procédures sur le site de Paranal, à former les équipes et à corriger les détails pratiques qui n’apparaissent qu’en conditions réelles, afin que 4MOST puisse bientôt enchaîner les nuits d’observation avec la régularité d’une machine bien réglée.
Sources :
- CNRS, « Première lumière de 4MOST, le cosmographe de nouvelle génération »,
communiqué scientifique annonçant la première mise en service de l’instrument 4MOST. - Canal-U – Observatoire de Lyon, « L’instrument 4MOST pour le télescope VISTA »,
contenu audiovisuel de vulgarisation scientifique expliquant le fonctionnement de l’instrument 4MOST, son intégration sur le télescope VISTA et les enjeux scientifiques associés à ses campagnes d’observation à long terme. - Consortium 4MOST, Actualités officielles du projet,
source institutionnelle regroupant les annonces, jalons techniques et avancées scientifiques du consortium international 4MOST.
Image de mise en avant : Le télescope VISTA, sur lequel est installé l’instrument 4MOST, photographié sur le site de Paranal dans le désert d’Atacama. Image : Allar Saviauk / AIP


