Un nouveau tour de table pour la pépite franco-italienne du nucléaire.
La société franco-italienne newcleo vient d’annoncer la clôture d’un tour de table de 75 millions d’euros, portant à plus de 105 millions d’euros les fonds levés sur les douze derniers mois.
Depuis 2021, le total atteint désormais 645 millions d’euros, ce qui confirme la dimension prise par un projet qui suscite beaucoup d’espoir et d’intérêt dans le secteur de l’énergie depuis 5 ans.
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newcleo lève plus de 105 millions d’euros en 2025 et accélère son pari sur le nucléaire au plomb
On retrouve du lourd parmi les investisseurs financiers comme Kairos ou Indaco Ventures mais aussi des acteurs industriels comme le sidérurgiste Danieli & C., le cimentier Cementir Holding NV ou le fabricant de vannes Orion Valves. À noter que le fonds de pension du CERN est également de l’aventure.
Cette liste est tout sauf un hasard puisque newcleo vise précisément ces industries très énergivores : acier, ciment, chimie … des secteurs qui consomment de la chaleur et de l’électricité en continu et pour lesquels l’approche nouvelle de newcleo prendrait tout son sens.
Le pari du réacteur rapide refroidi au plomb
La technologie de newcleo repose sur un réacteur rapide refroidi au plomb, appelé LFR chez nos amis anglo-saxons pour Lead-cooled Fast Reactor.
Il s’agit d’un réacteur de génération IV (la plus moderne) où le fluide de refroidissement n’est ni de l’eau sous pression, ni du sodium liquide, mais du plomb fondu. Un métal lourd, stable, qui ne brûle pas à l’air et qui fonctionne à pression atmosphérique qui supprime d’un coup les contraintes liées à la vapeur sous haute pression.
Ajoutez à cela un combustible issu du recyclage de déchets nucléaires et vous avez une technologie nucléaire qui ne semble présenter que des avantages !

Fiche technique – Réacteur LFR-AS-30 (Indre-et-Loire)
| Élément | Données clés |
| Développeur | newcleo |
| Nom du projet | LFR-AS-30 |
| Type de réacteur | Réacteur rapide refroidi au plomb (LFR) |
| Catégorie | Advanced Modular Reactor (AMR) |
| Puissance électrique | 30 MW électriques |
| Mise en service visée | Fin 2031 |
| Investissement annoncé | 1,2 milliard d’euros |
| Localisation envisagée | Savigny-en-Véron et Beaumont-en-Véron (Indre-et-Loire) |
| Production principale | Électricité bas-carbone |
| Production complémentaire | Radio-isotopes médicaux |
| Fonction recherche | Irradiation de matériaux par neutrons rapides |
| Emplois pendant construction | Environ 1 000 |
| Emplois en phase d’exploitation | Environ 300 |
| Statut | Lauréat France 2030 – phase d’études et débat public |
La stratégie d’intégration verticale
newcleo ne veut pas dépendre entièrement de fournisseurs externes. L’entreprise a internalisé une partie de la chaîne d’ingénierie et de fabrication via ses filiales industrielles.
En Italie, au centre de recherche ENEA de Brasimone, la société a déjà construit OTHELLO, une boucle expérimentale de 2 MW thermiques destinée à qualifier les composants du futur réacteur. La base en somme, sur laquelle elle entend tester les pompes, les échangeurs et tous les matériaux en contact avec le plomb fondu.
La prochaine étape sera le PRECURSOR, un système non nucléaire de 10 MW thermiques, conçu pour reproduire l’ensemble des sous-systèmes du réacteur jusqu’à la turbine. newcleo annonce vouloir achever sa construction fin 2026 pour une mise en service début 2027. PRECURSOR deviendrait alors le réacteur non nucléaire intégré le plus puissant jamais construit.
La France comme terrain réglementaire
En France, newcleo avance sur deux fronts. L’entreprise a soumis son programme de sûreté nucléaire pour son installation de fabrication de combustible avancé et pour son réacteur. Elle vise des demandes d’autorisation de construction d’ici fin 2027.
Un site a été sécurisé à Nogent-sur-Seine pour l’usine de combustible et à Chinon, un terrain est en cours d’acquisition pour accueillir un futur réacteur.
L’Europe centrale et les États-Unis dans la ligne de mire
En Slovaquie, newcleo a récemment créé une coentreprise avec l’exploitant public JAVYS pour déployer jusqu’à quatre réacteurs de 200 MW électriques chacun sur le site de Jaslovské Bohunice, lui permettant de passer de la théorie à la pratique.
Aux États-Unis, newcleo a signé un partenariat stratégique avec Oklo afin de travailler sur l’écosystème du combustible avancé. L’Amérique du Nord est aujourd’hui l’un des marchés les plus dynamiques pour les réacteurs avancés et newcleo entend y être présent.
De la levée de fonds au déploiement
Lever 645 millions d’euros en cinq ans n’est pas un objectif en soi mais une condition pour passer de la phase de conception à la phase de déploiement.
Le nucléaire avancé n’est pas une course de vitesse, c’est une course d’endurance. Chaque étape réglementaire, chaque test de matériau, chaque partenariat industriel rapproche le projet d’une réalité commerciale.
Avec cette nouvelle levée, newcleo achète ainsi du temps, des compétences et des sites. Dans le nucléaire, c’est exactement ce qu’il faut pour transformer une idée ambitieuse en machine qui produit réellement de l’énergie.
Source : Données publiques de newcleo.
Image : Centre de recherche ENEA de Brasimone, où newcleo restaure et adapte les installations des années 1970 pour développer et tester son réacteur rapide refroidi au plomb.
Dans la grande halle de 22 mètres de haut seront installées des boucles expérimentales et le démonstrateur non nucléaire de 10 MW thermiques simulant le futur LFR-AS-30.



