Un navire qui veut attraper une fusée en plein ciel.
Au large des côtes chinoises, un « colosse » de 144 mètres attend son heure. Il est chinois et ne transporte ni conteneurs ni pétrole mais… des fusées !
Son nom, Ling Hang Zhe (en français « le Navigateur » ou « le Pionnier », 领航者), annonce la couleur. Cette plateforme maritime a été conçue pour une mission très particulière : intercepter en mer le premier étage d’une fusée Longue Marche 10 en phase de descente contrôlée.
Et le plus dingue c’est qu’il est censé les récupérer dans un système de câbles tendus, un peu comme un trapéziste rattrapé par son filet !
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Ling Hang Zhe, une plateforme navale conçue pour la précision
Le navire a été développé par la China Academy of Launch Vehicle Technology ou CALT (en français « Académie chinoise des technologies des lanceurs »), filiale du groupe public CASC (China Aerospace Science and Technology Corporation). Livré en décembre 2025, il a reçu sa certification par la China Classification Society, il est donc parfaitement opérationnel.

Ses dimensions donnent immédiatement une idée de l’ambition :
- 144 mètres de long
- 50 mètres de large
- 5,5 mètres de tirant d’eau
- 25 000 tonnes à pleine charge
Ce n’est pas un petit bâtiment expérimental bricolé en urgence. C’est un navire lourd, pensé pour travailler en haute mer.
Il est équipé d’un système DP2, qu’il lui permet maintenir sa position avec une grande précision grâce à des propulseurs pilotés par ordinateur. Même lorsque la mer se forme, le navire corrige en permanence sa dérive.
Pour attraper un étage de fusée de plusieurs dizaines de mètres, qui descend à grande vitesse, il faut être à la bonne place. Au bon moment. Avec une marge d’erreur réduite à quelques mètres.
Un piège à fusée géant
Le cœur du dispositif repose sur des filets et des câbles tendus associés à des crochets. Le pont de récupération, d’environ 40 mètres sur 60, est dimensionné pour intercepter un étage en descente contrôlée.
Les câbles absorbent l’énergie cinétique, comme le filet d’un cirque qui amortit la chute d’un acrobate.
L’intérêt de cette approche est clair : réduire la masse embarquée sur la fusée.
Des jambes d’atterrissage, des renforts structurels, du carburant supplémentaire pour une poussée terminale, tout cela pèse lourd. En supprimant ou en allégeant ces éléments, on libère de la masse pour la charge utile. À l’échelle d’un programme spatial, cela représente des économies qui peuvent se chiffrer en centaines de millions d’euros sur plusieurs années.
Le navire devient l’amortisseur. La fusée peut être optimisée pour voler, pas pour se poser seule.

Longue Marche 10, une fusée tournée vers la Lune
Le Ling Hang Zhe est associé au programme Longue Marche 10, destiné aux futures missions lunaires chinoises. Une version réutilisable, souvent désignée 10B pour les missions non habitées, est attendue pour un premier vol au plus tôt le 5 avril 2026 depuis le site de Wenchang.
Wenchang, sur l’île de Hainan, offre un avantage stratégique : les trajectoires de lancement passent au-dessus de la mer. En cas d’anomalie, les débris ne retombent pas sur des zones habitées. Cela facilite également les opérations de récupération.
Le scénario est simple (du moins sur le papier) :
- La fusée décolle.
- Le premier étage se sépare.
- Il entame une descente contrôlée vers une zone maritime définie.
- Le navire se positionne avec son système dynamique.
- Les câbles interceptent l’étage.
Une construction éclair
Autre élément marquant : le calendrier. La construction du navire aurait débuté en avril 2025 pour une livraison en décembre de la même année, soit… sept mois à peine !
Pour un bâtiment de 25 000 tonnes intégrant des technologies issues à la fois de l’ingénierie navale et du secteur spatial, c’est plus que rapide, c’est un exploit d’ingénierie.
Début février 2026, le navire quitte son chantier naval pour des essais en mer. Des observateurs remarquent alors la présence du portique et du système de câbles, absents lors de la remise initiale. La configuration opérationnelle se précise.
On a presque l’impression d’assister à la transformation d’un cargo en attrape-fusée géant.
Pourquoi la mer plutôt que la terre
On pourrait se demander pourquoi ne pas poser le premier étage sur une barge équipée de jambes, comme le font déjà certains acteurs occidentaux ?
Chaque approche a ses contraintes.
L’atterrissage vertical nécessite une grande précision, une structure renforcée, des systèmes hydrauliques, des réserves de carburant pour ralentir la chute. La capture par câbles transfère une partie de cette complexité vers la plateforme maritime.
Le coût global pourrait s’en trouver réduit si la méthode fonctionne comme prévu. Moins de masse sur la fusée, moins de systèmes embarqués, potentiellement moins d’usure.
Une étape de plus vers la réutilisation chinoise
La Chine investit massivement pour arriver au Graal des fusées spatiales actuelles : la réutilisation.
Le Ling Hang Zhe s’inscrit dans cette dynamique. Il ne s’agit pas d’un simple navire d’assistance, c’est une pièce d’un puzzle industriel plus vaste, destiné à réduire le coût d’accès à l’orbite et à soutenir les ambitions lunaires.
Les premiers essais seront déterminants. Une capture réussie en mer marquerait une étape symbolique forte, un échec fournirait des données précieuses pour ajuster le système.
Sources :
- Global Times, « Sea-based rocket net recovery platform enters service for Chinese reusable launchers » (décembre 2025),
- SpaceDaily, « Sea-based rocket net recovery platform enters service for Chinese reusable launchers » (décembre 2025),
article international reprenant les informations relatives à la plateforme maritime Ling Hang Zhe et mettant en perspective le positionnement de la Chine dans la course mondiale à la réutilisation. - Compte X de Xplora /@XploraSpace



