Le réacteur à fusion du sud de la France ITER célèbre une grande victoire de plus qui le rapproche du rêve ultime de l’Humanité

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ITER : un quatrième module de 1 300 tonnes glisse dans le puits avec… 0,4 millimètre de marge.

Les 28 et 29 janvier, les équipes d’ITER ont installé avec succès le module de secteur n° 8 de la chambre à vide.
Quatre éléments de 1 300 tonnes sont désormais en place dans le puits du tokamak.

Lire aussi :

ITER installe avec succès le module du secteur n°8 de la chambre à vide

Au petit matin du 29 janvier, le module 8 a entamé sa descente pour rejoindre les modules 7, 6 et 5 déjà installés en 2025.
On pourrait se dire que cette étape devrait être validé « les doigts dans le nez » étant donné le succès des 3 autres poses de modules du même type mais en réalité l’opération n’a rien d’une routine. Chaque levage possède sa signature mécanique, ses déformations propres, ses réactions sous charge.

Sous l’effet des pressions exercées par la poutre de levage et la structure porteuse, l’espace initial de quelques millimètres entre le sommet du module et la poutre supérieure s’est contracté au-delà des espérances puisque les capteurs ont enregistré une réduction progressive jusqu’à 0,4 mm.

Les équipes ont immédiatement ajusté la séquence de descente avec micro-corrections, pauses, vérifications croisées des mesures laser. Le système de métrologie, déjà éprouvé lors des précédentes installations, a confirmé sa fiabilité dans des tolérances extrêmes.

Deux des quatre modules sectoriels apparaissent sur cette image : à gauche, le module n° 8, qui n’a pas encore complètement rejoint sa position définitive, et à droite, le module n° 5.
Deux des quatre modules sectoriels apparaissent sur cette image : à gauche, le module n° 8, qui n’a pas encore complètement rejoint sa position définitive, et à droite, le module n° 5.

1 300 tonnes manipulées comme une pièce d’horlogerie

Un module de secteur de la chambre à vide d’ITER n’est pas un simple anneau métallique.
C’est un segment de la cuve torique qui contiendra le plasma à plus de 150 millions de degrés Celsius. Chaque module intègre sa structure en acier, ses interfaces mécaniques et les passages destinés aux bobines magnétiques.

L’opération s’est étalée sur deux journées complètes, avec deux équipes travaillant en alternance de 12 heures et chaque phase est précédée de réunions préparatoires détaillées. Les chefs d’équipe avaient d’ailleurs insisté sur ce point crucial : aucun excès de confiance.

La tentation serait grande en effet, après trois installations réussies en 2025, de considérer l’exercice comme maîtrisé.

Un ajustement radial de 140 millimètres

Une fois « posé », le module n’est pas encore définitivement positionné.
Dans les prochaines semaines, un déplacement radial de 140 millimètres le rapprochera encore de la colonne centrale du tokamak. Les bobines du module 8 seront ensuite couplées à celles du module 7 adjacent.

Chaque segment installé réduit l’espace disponible pour les suivants. L’assemblage devient progressivement une opération d’insertion entre deux structures déjà figées.

En 2025, trois modules avaient été installés.
En 2026, le programme prévoit quatre nouvelles mises en place, dont certaines nécessiteront d’insérer un module entre deux secteurs existants. L’exercice sera plus diffile encore que celui réalisé fin janvier.

Modules de chambre à vide installés dans le puits du tokamak :

Module Date d’installation Masse approximative Particularité
Module n°7 2025 1 300 tonnes Premier module de la série 2025
Module n°6 2025 1 300 tonnes Confirmation du procédé de levage
Module n°5 2025 1 300 tonnes Optimisation des séquences d’alignement
Module n°8 29 janvier 2026 1 300 tonnes Réduction de l’espace à 0,4 mm sous charge

 

Une course mondiale à la fusion et des voies différentes

À l’échelle mondiale, la fusion nucléaire se joue aujourd’hui sur deux tableaux très différents.

D’un côté, les grands programmes publics, massifs, structurants, qui visent à démontrer la faisabilité scientifique à très grande échelle ; de l’autre, une nouvelle génération d’acteurs privés qui misent sur des machines plus compactes, avec l’ambition affichée de connecter leurs premiers réacteurs au réseau dès le début des années 2030.

Le projet emblématique et le plus structuré reste bien entendu ITER, en construction à Cadarache qui doit « théoriquement » débuter ses opérations deutérium-deutérium autour de 2035 (après plusieurs retards accumulés sur le calendrier initial). L’objectif est de produire environ 500 MW thermiques pour 50 MW injectés dans le plasma et démontrer un gain de fusion massif, même si ITER ne sera pas une centrale électrique.

En parallèle, aux États-Unis, la National Ignition Facility a franchi fin 2022 le seuil historique de l’ignition en fusion inertielle, avec 3,15 MJ produits pour 2,05 MJ injectés par laser, une performance reproduite à plusieurs reprises, renforçant la crédibilité de la filière laser à long terme.

Côté privé, Commonwealth Fusion Systems développe SPARC, un tokamak compact à aimants supraconducteurs haute température destiné à prouver un bilan énergétique net positif avant de déboucher sur ARC, une centrale commerciale de quelques centaines de mégawatts électriques visée pour le début des années 2030.

Autour de ces projets gravitent de nombreux programmes en Chine, en Corée, au Japon, en Europe et chez des acteurs comme TAE Technologies, General Fusion ou Tokamak Energy, mais à ce stade, en matière de démonstration d’un véritable gain énergétique net, la course reste dominée par ITER pour la filière magnétique publique, NIF pour la fusion inertielle et SPARC/ARC pour l’offensive privée à court terme.

Liste non exhaustive des principaux projets de fusion nucléaire (2024-2026) :

Projet / installation Pays / acteur principal Technologie Objectif principal État d’avancement Horizon annoncé
ITER Organisation internationale (UE, USA, Chine, Japon, Inde, Russie, Corée) Tokamak magnétique ~500 MW thermiques pour 50 MW injectés (Q≈10) Construction en cours, calendrier révisé Opérations D-D vers 2035
Wendelstein 7-X Allemagne – Institut Max-Planck Stellarator magnétique Démontrer confinement stable longue durée (jusqu’à 30 min) Exploitation expérimentale depuis 2015, améliorations successives Années 2020 (validation physique)
NIF États-Unis – LLNL Fusion inertielle par laser Démontrer ignition Ignition atteinte en 2022, répétée jusqu’en 2025 R&D vers futurs concepts énergétiques
SPARC Commonwealth Fusion Systems + MIT Tokamak compact HTS Démontrer gain net compact Construction avancée Seconde moitié des années 2020
ARC Commonwealth Fusion Systems Centrale tokamak dérivée Centrale commerciale (centaines de MW électriques) Conception dépendante de SPARC Début des années 2030
EAST / CFETR Chine Tokamak Plasmas longue durée puis prototype de centrale EAST en exploitation, CFETR en planification Années 2030-2040
KSTAR Corée du Sud Tokamak Plasmas haute température longue durée Campagnes expérimentales actives Années 2020
JT-60SA Japon / Europe Tokamak Recherche plasma haute performance En exploitation Années 2020

 

Sources : Informations publiques sur ITER et les autres projets de réacteurs mentionnés dans cet article

Image de mise en avant : Quatre éléments sont désormais installés dans le puits d’assemblage : au petit matin du jeudi 29 janvier, le module sectoriel n° 8 a amorcé sa descente afin de venir s’insérer aux côtés des modules 7, 6 et 5.

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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