Colombie : l’export d’avocat hass gagne du terrain face aux plantations de café

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210 000 tonnes d’avocats hass exportées en 2025, dont 60 % vers l’Europe. Dans les montagnes colombiennes, ce chiffre n’est pas une ligne dans un tableur, c’est un paysage qui change. À Pijao, dans le Quindo, tu vois des pentes entières passer du café aux avocatiers. Les vieux caféiers, eux, reculent, et avec eux une partie d’une culture locale qui tenait les familles, les saisons, les villages.

Le truc, c’est que l’ or vert paie, et vite. Les patrons de la filière s’en frottent les mains, les élus y voient une bouffée d’emplois, et même le président Gustavo Petro a lâché que l’avocat compte plus que le pétrole. Mais sur le terrain, tu entends une autre musique: pesticides, eau polluée, monoculture sur des écosystèmes fragiles, et des caféiculteurs qui se retrouvent coincés entre leurs parcelles et les ruissellements des voisins.

Pijao, 1 600 mètres, le café recule

À Pijao, perché vers 1 600 mètres dans les Andes, le décor raconte déjà l’histoire. Le village se vide doucement, et les caféiers aussi. Sur les contreforts, tu repères ces arbres vert sombre coiffés de touffes orangées: ce sont des avocatiers chargés de hass, la variété star qu’on retrouve en rayon en France. Ce n’est pas un détail botanique, c’est une bascule agricole visible à l’il nu.

Dans cette zone historiquement café, on parle maintenant de 789 hectares d’avocatiers. Ce chiffre, il pèse lourd quand tu sais que ces montagnes sont faites de pentes, de sols sensibles, de petits cours d’eau. Une parcelle qui change de culture, ce n’est pas juste un propriétaire qui tente sa chance. C’est un nouveau type de couverture végétale, de gestion de l’eau, de pratiques phytosanitaires, et de circulation de camions sur des routes pas faites pour ça.

Tu croises des caféiculteurs qui restent, parfois par attachement, parfois parce qu’ils n’ont pas les moyens de basculer. Un producteur comme José Hernandez incarne ce moment bizarre où tu tiens un avocat du voisin dans la main tout en regardant tes caféiers. Il y a un côté presque ironique: le fruit rond, propre, calibré pour l’export, face à une culture plus ancienne, plus familiale, qui a longtemps fait la réputation du coin.

Et puis il y a ce que les habitants racontent à demi-mot: quand la pente se couvre d’avocatiers en monoculture, tu changes le rapport au territoire. Le café, c’est souvent une mosaïque de petites exploitations et de savoir-faire transmis. L’avocat hass, lui, arrive avec une logique plus industrielle, plus tournée vers le marché extérieur. Résultat, les décisions se prennent moins au niveau du village et plus au niveau de la filière.

210 000 tonnes exportées, la filière hass en mode accéléré

Les chiffres donnent le tournis. La Colombie exportait 35 000 tonnes d’avocats hass en 2020. En 2025, elle en vend 210 000. Et ce n’est pas une petite progression tranquille: entre 2024 et 2025, les exportations montent encore de 21,4 %. Quand une filière fait ça en montagne, ça attire tout le monde: investisseurs, acheteurs, intermédiaires, et voisins qui se disent pourquoi pas moi?

La Colombie est maintenant le troisième exportateur mondial de hass, derrière le Mexique et le Pérou. Le Mexique, lui, pèse 45 % du marché mondial, un mastodonte. Se retrouver juste derrière, ça donne une idée de la vitesse de rattrapage. Et l’Europe joue un rôle central: 60 % des volumes colombiens partent de ce côté-là. Ton avocat en supermarché, il est peut-être passé par ces pentes du Quindo.

Dans la filière, le discours est carré. La directrice de Corpohass, Katheryn Mejia, ne cache pas sa satisfaction: plus de volumes, plus de débouchés, plus de visibilité. C’est logique, elle défend ses producteurs. Et sur le papier, l’argument se tient: tu crées une spécialité exportable, tu fais entrer des devises, tu structures des emplois. Pour une région qui a connu des galères dans le café, ça ressemble à une sortie de crise.

Le risque, c’est l’effet tunnel. Quand une culture devient une machine à exporter, elle aspire les terres, les bras, l’attention politique. Le café, lui, se retrouve relégué au rang de tradition sympa. Sauf que la tradition, c’était aussi une économie locale, des familles, des coopérations. Et quand tu passes d’une diversité de parcelles à une logique de monoculture hass, tu gagnes en standardisation, mais tu perds en résilience.

Pesticides et eau, le revers qui fâche

Sur le terrain, la critique revient toujours au même point: l’avocat en soi n’est pas l’ennemi. Ce que dénoncent des voix locales, c’est la monoculture intensive dans des écosystèmes fragiles. À Pijao, Monica Flores, militante écologiste et ancienne conseillère municipale, résume le malaise: ce n’est pas le fruit, c’est la manière. Quand tu mets la même espèce sur des pans entiers de montagne, tu changes tout l’équilibre.

Le sujet le plus explosif, c’est l’usage de pesticides. Les écologistes parlent de produits qui polluent l’eau en aval, contaminent, abîment aussi l’air et des végétations autour. Et dans ces reliefs, l’eau ne reste pas gentiment sur place: elle descend, elle traverse les parcelles, elle arrive chez le voisin. Tu peux avoir une exploitation propre sur le papier et te retrouver quand même touché parce que la pente, elle, ne signe aucun contrat.

Un caféiculteur comme José Hernandez raconte des inondations sur ses plantations de café, liées aux monocultures voisines et aux eaux déversées. Là, on n’est plus dans le débat théorique sur l’agroécologie. On est dans le travail de toute une vie anéanti, avec des plants de café qui prennent cher. Et quand ton revenu dépend d’une récolte annuelle, perdre une saison, c’est parfois perdre la ferme.

En face, les représentants de l’industrie dénoncent une diabolisation. Ils rappellent qu’ils génèrent 26 000 emplois et qu’ils ont stimulé l’économie d’un département qui souffrait d’un chômage élevé. Ce n’est pas un argument bidon: des emplois, ça compte, surtout dans des zones rurales. Mais le truc c’est que l’emploi ne règle pas tout. Si la filière abîme l’eau et les sols, tu crées une richesse qui peut coûter cher à long terme.

Quand l’or vert réorganise le village et les emplois

Quand une culture d’export débarque, elle ne change pas que les champs. Elle réorganise le village. Les parcelles prennent de la valeur, les propriétaires hésitent, les jeunes regardent les salaires, les anciens parlent de ce qu’ils perdent. Dans le Quindo, l’avocat hass arrive dans un moment où le café sort d’une période compliquée. Donc forcément, l’argument on relance l’économie trouve un écho. Tu ne refuses pas facilement une bouée quand tu bois la tasse.

La filière met en avant ses 26 000 emplois. Dans une région avec du chômage, ça pèse dans la balance politique. Tu as des postes dans la plantation, la récolte, le tri, la logistique. Et quand 60 % de tes volumes partent en Europe, tu dois tenir des standards, des calendriers, des contrôles. Ça crée une organisation plus structurée que certaines chaînes café locales. Résultat, des familles voient un revenu plus régulier, au moins au début.

Il y a aussi des trajectoires individuelles qui racontent le moment. Une femme comme Flor Ramos, ancienne des FARC, a déposé les armes en 2016 et s’est lancée dans une ferme coopérative. Elle parle de l’avocat comme d’un or vert qu’elle aime cultiver. C’est un symbole fort: une filière agricole peut aussi être un outil de réinsertion et de reconstruction, surtout dans un pays qui a porté des conflits sur des décennies.

Mais tu sens la tension sociale derrière les belles histoires. Si l’avocat devient la norme, ceux qui restent au café peuvent passer pour des dinosaures. Et si les terres se concentrent, la culture familiale recule. Le café, c’est souvent un tissu de petites exploitations. L’avocat hass, avec ses volumes et ses exigences export, pousse vers des modèles plus gros, plus capitalisés. Du coup, la question n’est pas juste combien d’emplois?, c’est aussi qui contrôle la terre et la valeur?

Colombie, Mexique, Pérou, la bataille mondiale du hass

Pour comprendre la pression sur les montagnes colombiennes, tu dois regarder la carte mondiale. Le Mexique fournit environ 45 % du marché mondial. Le Pérou est l’autre grand nom. Et la Colombie s’est hissée au rang de troisième exportateur mondial de hass. Cette place, elle ne se gagne pas en plantant trois arbres derrière la maison. Elle se gagne en industrialisant, en standardisant, en sécurisant des volumes, et en répondant à une demande internationale qui veut du fruit toute l’année.

La demande européenne est un moteur évident: 60 % des exportations colombiennes partent vers l’Europe. Quand tu as ce débouché, tu es tenté d’augmenter la surface, de planter sur des pentes plus hautes, de pousser la productivité. Et c’est là que les alertes écologiques prennent du poids. Une monoculture, ce n’est pas juste une question de paysage. C’est une question de dépendance: aux intrants, aux cours mondiaux, aux exigences des acheteurs.

Les chiffres historiques montrent la vitesse du phénomène. En 2021, la Colombie exportait 97 000 tonnes d’avocats. Quatre ans plus tard, on parle de 210 000. Quand une filière double comme ça, les contrôles, la régulation, la capacité des institutions à suivre, tout est mis sous tension. Tu peux avoir des producteurs sérieux, et en même temps des pratiques qui dérapent parce que tout le monde veut sa part du gâteau.

Et il y a une phrase qui résume l’ambition politique: Gustavo Petro a dit que l’avocat est plus important que le pétrole pour l’économie. C’est fort, et ça dit où se situe l’enjeu. Si l’État mise gros sur l’avocat, il devra aussi répondre aux critiques sur l’eau, les pesticides et la monoculture. Parce qu’une filière d’export qui abîme ses montagnes, ça finit toujours par te revenir dans la figure, au village comme à Bogot.

À retenir

  • À Pijao (Quindío), les avocatiers hass progressent dans une zone historiquement caféière, jusqu’à 789 hectares.
  • La Colombie a exporté 210 000 tonnes d’avocats hass en 2025, dont 60 % vers l’Europe, et a bondi de 35 000 tonnes en 2020.
  • Le boom économique (emplois, export) s’accompagne d’inquiétudes sur pesticides, eau et monoculture dans des écosystèmes de montagne.

Questions fréquentes

Pourquoi l’avocat hass remplace-t-il le café dans certaines montagnes de Colombie ?

Parce que la filière hass est devenue très rentable et très orientée export. Les volumes colombiens ont fortement augmenté, jusqu’à 210 000 tonnes exportées en 2025, avec une demande européenne importante. Dans des zones comme Pijao (Quindío), cette dynamique pousse des producteurs à convertir des parcelles caféières en vergers d’avocatiers.

Quels sont les principaux risques environnementaux liés à l’essor de l’avocat en Colombie ?

Les critiques portent surtout sur la monoculture intensive en montagne et l’usage de pesticides. Des acteurs locaux alertent sur des pollutions de l’eau en aval et des impacts sur l’air et la végétation. Dans des reliefs andins, les ruissellements peuvent toucher des exploitations voisines, y compris des plantations de café.

La filière avocat crée-t-elle vraiment des emplois dans le Quindío ?

Les représentants du secteur mettent en avant environ 26 000 emplois générés par l’industrie de l’avocat et un effet positif sur l’économie locale après une crise du café. Ces créations d’emplois existent, mais elles sont discutées au regard des coûts environnementaux et des tensions foncières possibles.

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Eric GARLETTI
Eric GARLETTIhttps://www.eric-garletti.fr/
Je suis curieux, défenseur de l'environnement et assez geek au quotidien. De formation scientifique, j'ai complété ma formation par un master en marketing digital qui me permet d'aborder de très nombreux sujets. Depuis 2025 Ambassadeur du Spatial pour le CNES

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