Grosse fuite d’huile à la centrale de Monticello.
Dans l’esprit du grand public, un incident dans une centrale nucléaire évoque aussitôt des radiations, des explosions voire des nuages invisibles qui dérivent au-dessus de l’Europe en s’arrêtant sur le Rhin. On imagine plutôt des combinaisons blanches que des clés de douze.
Pourtant, la vie d’une centrale ressemble pourtant souvent à celle d’une énorme usine, avec ses soucis très classiques de plomberie et de mécanique, ses kilomètres de tuyaux, des pompes qui tournent, des moteurs qui vibrent, des joints qui fatiguent un peu plus chaque jour.
L’épisode survenu à la centrale de Monticello aux États-Unis dans le Minnesota, le 20 février 2026, appartient précisément à cette famille d’ennuis-là.
En pleine phase de maintenance, environ 200 gallons (760 litres) d’huile moteur se sont échappés d’un système de refroidissement, une partie de ce volume rejoignant le canal de rejet qui conduit normalement au Mississippi, avant que l’écoulement ne soit stoppé et confiné à l’intérieur du site selon l’exploitant Xcel Energy et les autorités locales.
Lire aussi :
- Déchets nucléaires en France : volumes réels, classification, Cigéo et risques expliqués
- Combustibles nucléaires : uranium, MOX, HALEU, thorium
Une fuite d’huile de 760 litres à la centrale nucléaire américaine de Monticello
Une centrale nucléaire emblématique du Midwest américain
La centrale nucléaire de Monticello, située dans le Minnesota à environ 60 kilomètres au nord-ouest de Minneapolis, fait partie des installations historiques du parc nucléaire américain. Elle a été construite à la fin des années 1960 et mise en service en 1971, elle appartient à l’énergéticien Xcel Energy et est exploitée par sa filiale régionale Northern States Power Company. Le site abrite un seul réacteur nucléaire de type BWR-3 (Boiling Water Reactor) conçu par General Electric, une technologie emblématique de la première génération de centrales américaines dans laquelle l’eau du circuit primaire se transforme directement en vapeur pour entraîner les turbines électriques.
Avec une puissance d’environ 671 mégawatts électriques, suffisamment pour alimenter plus d’un demi-million de foyers dans le Midwest. Installée directement au bord du Mississippi, la centrale utilise l’eau du fleuve pour son système de refroidissement et dispose de deux tours aéroréfrigérantes à tirage mécanique.
Malgré son âge (plus de cinquante ans d’exploitation) l’installation a fait l’objet de modernisations successives permettant d’augmenter sa puissance et de prolonger sa durée de vie : initialement autorisée jusqu’en 2010, sa licence a été renouvelée une première fois jusqu’en 2030, puis étendue récemment jusqu’en 2050 par l’autorité américaine de sûreté nucléaire (NRC). Comme de nombreuses centrales américaines construites dans les années 1970, Monticello combine aujourd’hui infrastructures historiques et technologies modernisées, tout en restant un pilier de la production électrique bas-carbone de la région.
Quand un simple test de maintenance fait tomber le masque
L’incident est survenu lors d’un « banal » arrêt planifié, débuté le 20 février 2026, période durant laquelle la centrale est mise à l’arrêt pour vérifier, inspecter, tester à peu près tout ce qui peut tourner, vibrer, chauffer ou fuir. Durant ces inspections : on ouvre les carters, on mesure les jeux, on vérifie les câbles et les capteurs, on fait tourner des moteurs à vide pour voir s’ils se comportent bien et on regarde les niveaux d’huile avec une attention qui ferait plaisir à votre garagiste.
Au cours de l’un de ces essais, les opérateurs remarquent une baisse anormale du niveau d’huile dans un moteur industriel. L’analyse conduit rapidement à un coupable très précis : un composant chargé de maintenir séparées deux ambiances qui n’ont aucune envie de se mélanger, d’un côté l’huile de lubrification, de l’autre l’eau de refroidissement. Quand cette pièce cède, l’huile passe la frontière, se mélange à l’eau, puis une partie de ce cocktail est emportée vers le canal de rejet qui mène en principe vers le Mississippi.
Les équipes estiment qu’environ 200 gallons, soit près de 760 litres, se sont échappés avant l’arrêt de l’équipement, ce qui n’a rien d’un cataclysme en volume absolu, tout en représentant une pollution locale qu’il faut gérer sérieusement, ne serait-ce que pour éviter de transformer un canal technique en soupe à l’hydrocarbure.
Barrages flottants et tapis absorbants : la trousse de secours anti-hydrocarbures
Dès la fuite repérée, la séquence classique d’urgence industrielle se met en route : arrêt de l’équipement, isolement du circuit, appel aux autorités, puis déploiement des outils conçus pour ce genre de situation. On est ici dans un registre très connu des ports, des dépôts pétroliers, des raffineries, avec des techniques éprouvées.
Des barrages flottants absorbants sont déployés dans le canal de rejet, accompagnés de barrières anti‑hydrocarbures et de matériaux absorbants qui agissent comme de gigantesques éponges à huile, captant la pellicule en surface avant qu’elle ne progresse davantage. Ces dispositifs sont positionnés dans le canal lui-même, puis à proximité de la zone où il rejoint le Mississippi, afin d’ériger plusieurs lignes de défense successives ; on crée en quelque sorte une série de portes d’écluse contre la pollution, où les hydrocarbures se retrouvent piégés par étapes.
Selon Xcel Energy et les autorités locales, l’huile est restée confinée au canal et n’a pas atteint le fleuve, ce que confirment les premières inspections sur site, tandis que des contrôles se poursuivent pour s’assurer qu’aucun résidu significatif ne s’est accroché à un recoin du réseau hydraulique de la centrale.
Un site déjà sous surveillance après une fuite de tritium
Si cet incident d’huile fait autant parler de lui pour une centrale qui n’a pas relâché une goutte dans le Mississippi, c’est aussi parce que Monticello se fait beaucoup remarquer depuis quelques années. Fin 2022, environ 400 000 gallons (plus de 1,5 million de litres) d’eau contaminée au tritium avaient fui dans les nappes phréatiques sous le site, une fuite qui sera ensuite réévaluée à près plus du double par certaines sources spécialisées.
Le tritium est une forme radioactive de l’hydrogène qui émet un rayonnement bêta peu pénétrant, incapable de traverser la peau humaine ; un individu qui en boirait recevrait une dose faible, généralement loin des seuils considérés comme dangereux par les autorités de sûreté. Le problème principal ici c’est que la fuite, détectée en novembre 2022, n’a été rendue publique qu’en mars 2023, ce qui a nourri une controverse durable sur la transparence de l’exploitant et des autorités, aboutissant à une amende de 14 000 dollars (environ 12 900 euros) infligée à Xcel Energy par les régulateurs du Minnesota.
L’épisode d’huile de 2026 n’a aucun lien technique direct avec cette fuite au tritium, cependant il se déroule dans un climat de vigilance renforcée, où la moindre anomalie sur le site est scrutée à la loupe par les riverains comme par les associations environnementales.
L’échelle INES, le thermomètre des incidents nucléaires
Pour évaluer la gravité d’un événement nucléaire, les autorités utilisent l’échelle INES (International Nuclear Event Scale, en français « échelle internationale des événements nucléaires »).
Créée en 1990 par l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) et l’OCDE, cette échelle classe les événements de 0 à 7 selon leur gravité.
Trois critères principaux sont pris en compte :
- les rejets radioactifs dans l’environnement,
- l’exposition du public ou des travailleurs,
- l’état des systèmes de sûreté du réacteur.
Les niveaux 1 à 3 correspondent à des incidents techniques avec peu de conséquences. À partir de 4 en revanche on passe à un seuil plus critique.
L’un des événements les plus connus et qui reste dans la mémoire de chaque Américain est l’accident de Three Mile Island, survenu le 28 mars 1979 en Pennsylvanie et classé niveau 5 .
Une série de défaillances techniques et humaines avait alors provoqué la fusion partielle d’environ 50 % du cœur du réacteur n°2.
Des gaz radioactifs (iode-131 et xénon) avaient ainsi été relâchés dans l’enceinte de confinement.
Par précaution, 140 000 personnes avaient été évacuées. Les rejets réels vers l’extérieur sont heureusement restés très faibles : la dose maximale reçue par la population est estimée à 0,01 millisievert, soit quelques jours d’exposition naturelle aux radiations.
L’événement marquera durablement l’industrie nucléaire mondiale, entraînant une refonte des normes de sûreté et de l’ergonomie des salles de contrôle.
| Rang | Accident | Année | Lieu | Échelle INES | Victimes directes / impacts |
| 1 | Tchernobyl | 1986 | Ukraine (URSS) | 7 | 31 morts immédiats ; 4 000 à 90 000 cancers estimés |
| 2 | Fukushima Daiichi | 2011 | Japon | 7 | évacuation d’environ 160 000 personnes |
| 3 | Three Mile Island | 1979 | États-Unis | 5 | fusion partielle du cœur |
| 4 | Windscale | 1957 | Royaume-Uni | 5 | contamination radioactive du lait |
| 5 | Kyshtym (Mayak) | 1957 | URSS | 6 | contamination régionale importante |
| 6 | SL-1 | 1961 | Idaho (États-Unis) | 4 | explosion d’un réacteur expérimental |
| 7 | Tokaimura | 1999 | Japon | 4 | accident de criticité dans une usine de combustible |
Lecture simplifiée de l’échelle INES :
- 7 : accident majeur avec rejets radioactifs importants
- 6 : accident grave avec contamination étendue
- 5 : accident sérieux impliquant souvent une fusion du cœur
- 4 : accident localisé avec impact limité
La fuite d’huile survenue à Monticello ne relève pas de cette échelle, puisqu’elle ne concerne pas le combustible ni la sûreté du réacteur.
L’épisode rappelle surtout une évidence industrielle : les centrales nucléaires, malgré leur sophistication scientifique, restent avant tout des machines mécaniques gigantesques. Une simple pièce défectueuse, parfois pas plus grande qu’un roulement de voiture, peut suffire à déclencher un incident technique qui mobilise ingénieurs, autorités et équipes environnementales.
Sources :
- City of Monticello (Minnesota), Xcel Energy – Monticello Nuclear Generating Plant (consulté en 2026),
https://www.monticellomn.gov/693/Xcel-Energy
page institutionnelle présentant la centrale nucléaire de Monticello exploitée par Xcel Energy, son rôle dans l’approvisionnement électrique du Minnesota et son importance pour l’économie locale et la production d’électricité bas carbone. - CBS News Minnesota, Oil Spill Reported at Monticello Nuclear Power Plant Operated by Xcel Energy (16 juin 2025),
https://www.cbsnews.com/minnesota/news/monticello-nuclear-power-plant-oil-spill-minnesota-xcel-energy/
article d’actualité relatant un incident impliquant une fuite d’huile sur le site de la centrale nucléaire de Monticello, avec des précisions sur les opérations de nettoyage, les déclarations de l’exploitant Xcel Energy et les réactions des autorités locales.
Image de mise en avant : La centrale nucléaire de Monticello, située dans le Minnesota à environ 50 km au nord-ouest de Minneapolis, produit de l’électricité grâce à un réacteur nucléaire exploité par Northern States Power.
Cette installation fait partie des centrales civiles supervisées par l’autorité américaine de sûreté nucléaire (NRC).
Crédit photo : Northern States Power Co.





