Un géant français de la construction va diriger le chantier du futur réacteur à fusion nucléaire du Royaume-Uni STEP pour 231 millions d’euros

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West Burton devient un point névralgique de la fusion mondiale.

Pendant longtemps, la fusion nucléaire s’est construite dans le silence des laboratoires. Des machines impressionnantes, des résultats prometteurs… mais toujours loin d’une réalité industrielle.

Mais personne n’a dit que c’était une situation figée dans le marbre ! De nombreux projets tournés vers l’industrialisation commencent à voir le jour et c’est le cas du projet britannique STEP qui vient d’attribuer un contrat contrat de 200 millions de livres (environ 231 millions d’euros)s au consortium ILIOS dirigé par Nuvia (une filiale du français VINCI Construction).

Retour sur ce projet qui ne vise ni plus ni moins que la panacée de l’énergie, à savoir la fusion nucléaire pour 2040 !

Lire aussi :

STEP Fusion signe une contrat de 200 millions de livres avec un consortium dirigé par le français Nuvia

Le site de West Burton, dans le Nottinghamshire, n’a pas été choisi par hasard. Ancien complexe énergétique (dont une centrale au charbon exploitée jusqu’en 2023), il incarne parfaitement la transition en cours : celle d’un système basé sur les énergies fossiles vers une nouvelle génération d’infrastructures bas carbone.

Le site de West Burton se situe près de Gainsborough, dans le Lincolnshire, en Angleterre.
Le site de West Burton se situe près de Gainsborough, dans le Lincolnshire, en Angleterre.

Le projet STEP (Spherical Tokamak for Energy Production) y vise un objectif extrêmement ambitieux : concevoir une centrale à fusion capable de produire de l’électricité nette, et poser les bases d’une industrie commerciale à l’horizon 2040.

Piloté par UK Industrial Fusion Solutions (filiale de l’UKAEA), le programme s’inscrit dans une logique claire : passer de la recherche à l’industrialisation, avec un modèle public-privé assumé.

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Une stratégie nationale pour dominer la fusion

Le Royaume-Uni ne se contente pas de financer un projet. Il construit un écosystème complet autour de la fusion.

Le programme STEP est soutenu par 1,3 milliard de livres de financement public (1,5 milliard d’euros), ce qui en fait l’un des projets les mieux capitalisés au monde dans ce domaine.

Le programme est organisé en trois grandes phases :

  • une phase de conception déjà réalisée
  • une phase actuelle de design détaillé et de préparation du site
  • puis une phase de construction et de mise en service jusqu’en 2040

Mais au-delà du calendrier, ce qui se joue est plus large puisqu’en parallèle, Londres investit dans un supercalculateur dédié à la fusion, baptisé Sunrise, avec un budget de 45 millions de livres (52 millions d’euros). Développé avec l’UKAEA et l’Université de Cambridge, il doit accélérer la conception des réacteurs, la simulation des plasmas et l’optimisation des opérations.

Autre axe stratégique : l’international. Un partenariat est en cours de structuration entre l’UKAEA et le groupe énergétique Eni pour créer une entité dédiée au développement de technologies de fusion. Une annonce plus détaillée est attendue en mai 2026, mais le signal est déjà clair : le Royaume-Uni veut attirer des acteurs mondiaux !

Enfin, le gouvernement mise aussi sur les compétences. Un plan de 50 millions de livres (58 millions d’euros) vise à former plus de 2 000 spécialistes de la fusion, avec l’objectif de faire du pays un centre de référence en matière de talents et d’innovation.

Autrement dit, STEP n’est pas un projet isolé. C’est le cœur d’une stratégie industrielle complète.

Un chantier hors norme piloté par VINCI et ses partenaires

Derrière le consortium ILIOS, on retrouve des acteurs majeurs de l’ingénierie et de la construction, à commencer par VINCI via sa filiale Nuvia. Autour d’elle, des partenaires comme Kier, AECOM, AL_A et Turner & Townsend complètent un dispositif taillé pour les projets les plus complexes.

Il ne s’agit pas simplement de bâtir des structures puisqu’il faudra créer un environnement capable d’accueillir une machine où un plasma atteindra plus de 150 millions de degrés, confiné par des champs magnétiques d’une précision extrême.

Chaque élément du site doit donc être pensé pour :

  • absorber des contraintes thermiques et mécaniques inédites
  • intégrer des systèmes nucléaires avancés
  • garantir un niveau de sûreté exceptionnel

On est ici à la frontière entre chantier nucléaire, laboratoire scientifique et future centrale électrique.

Le calendrier, fixé à quatre ans et demi, donne une idée de l’ampleur du défi !

Une technologie plus compacte mais plus exigeante

L’un des points clés du projet STEP, c’est son choix technologique.

Contrairement à ITER, qui repose sur un tokamak classique, STEP utilise une géométrie sphérique. Le plasma y est plus compact, ce qui permet théoriquement :

  • une meilleure efficacité des champs magnétiques
  • une densité de courant plus élevée
  • une réduction de la taille et donc des coûts

Mais ce gain de compacité a un prix. Les contraintes mécaniques sur les aimants sont plus fortes, et la gestion des flux de chaleur vers les parois devient encore plus critique.

Autrement dit, STEP est à la fois une optimisation… et un pari technologique.

Produire de l’électricité, et surtout fermer le cycle du tritium

STEP doit en outre démontrer un point clé pour l’avenir de la fusion : l’autosuffisance en tritium, dont les réserves sur Terre sont très limités (peut-être 20 kilos de réserve actuellement dans le monde)

Le principe repose sur un manteau de lithium entourant le plasma. Sous l’effet des neutrons produits par la fusion, ce lithium génère du tritium, permettant d’alimenter en continu la réaction (appelé breeding du tritium).

La centrale utiliserait ensuite un cycle thermique classique (échangeurs, turbine vapeur) pour convertir la chaleur en électricité injectée sur le réseau.

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Un levier industriel et économique majeur

Enfin, pour terminer cet article, il faut ajouter que le chantier de West Burton est aussi un projet économique structurant pour la région qui l’accueille.

Des milliers d’emplois sont attendus, directs et indirects. Surtout, c’est toute une chaîne industrielle qui est en train de se mettre en place. Fabrication de composants avancés, ingénierie spécialisée, services techniques… la fusion commence à générer son propre écosystème.

Pour le Royaume-Uni, l’enjeu est évident : sécuriser une position dominante dans une technologie qui pourrait redéfinir l’équilibre énergétique mondial.

Ce positionnement a aussi des implications européennes. Les entreprises impliquées dans STEP, souvent déjà engagées sur ITER, accumulent une expertise précieuse. Une avance qui pourrait peser lourd lorsque la fusion entrera réellement en phase commerciale.

Résumé sur STEP en un coup d’oeil :

Résumé sur STEP en un coup d'oeil

Sources :

  • Step Fusion, ILIOS accelerates STEP fusion programme (consulté en 2026),

    Appointment of ILIOS accelerates delivery of STEP Fusion at West Burton 


    article présentant le projet ILIOS et son rôle dans l’accélération du programme britannique STEP, visant à développer une centrale de fusion nucléaire commerciale.

  • VINCI, VINCI remporte la conception-construction du dernier né des projets de fusion (10 mars 2026),
    https://www.vinci.com/newsroom/communiques-presse/vinci-remporte-la-conception-construction-du-dernier-ne-des-projets
    communiqué officiel annonçant l’attribution à VINCI d’un contrat de conception-construction pour une infrastructure liée à la fusion nucléaire, illustrant l’implication du groupe dans les grands projets énergétiques innovants.
  • UK Atomic Energy Authority (UKAEA), Britain to lead global race for fusion energy (20 janvier 2020),
    https://www.ukaea.org/news/britain-to-lead-global-race-for-fusion-energy/
    article institutionnel présentant la stratégie britannique pour devenir un leader mondial de la fusion nucléaire, notamment à travers le programme STEP et les investissements associés.

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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