Avec le Bird of Prey, Airbus propose une nouvelle catégorie d’engins intercepteurs pour lutter sur le même terrain que les drones kamikazes : leur coût

Date:

Partager:

Airbus veut proposer une contre-mesure face aux drones kamikazes.

Sur un terrain militaire du nord de l’Allemagne, Airbus a effectué en public le premier vol de démonstration du Bird of Prey, un drone intercepteur d’un nouveau genre, qui vient de réussir une mission complète contre un drone kamikaze.

Airbus veut ainsi proposer une réponse « Made in Europe » ) à cette menace devenue omniprésente sur les champs de bataille.

Lire aussi :

Airbus présente son drone intercepteur Bird of Prey lors d’un vol d’essai

Des attaques à saturation qui redéfinissent complètement la guerre aérienne

Pour comprendre pourquoi des systèmes comme le Bird of Prey deviennent aujourd’hui indispensables, il faut regarder ce qui s’est réellement passé sur le terrain en 2025, notamment en Ukraine.

Sur l’année, la Russie a lancé plus de 54 500 drones de type Shahed, dont environ 32 000 drones d’attaque réels, le reste étant constitué de drones leurres destinés à saturer les défenses. Concrètement, cela signifie qu’il n’y avait quasiment pas une seule nuit sans attaque, avec des vagues allant de quelques dizaines à plus de 800 drones lors des plus grosses frappes !

Ce n’est pas seulement le nombre. mais aussi la manière de les utiliser qui a évolué.  Les attaques sont désormais organisées en « essaims » ou en  « meutes », combinant drones d’attaque, drones leurres et missiles. L’objectif est de frapper, bien sûr, mais surtout épuiser les systèmes de défense aérienne, forcer les radars à saturer et obliger l’adversaire à tirer des munitions coûteuses sur des cibles parfois secondaires.

À partir du printemps 2025, l’efficacité des frappes augmente nettement, atteignant jusqu’à 18 % en moyenne sur l’ensemble des drones et plus de 30 % pour les drones d’attaque seuls, avec des pics bien plus élevés sur certaines opérations ciblées. Dans le même temps, la cadence reste élevée, autour de 170 à 180 drones lancés chaque jour en moyenne à l’automne, ce qui crée une pression constante.

Face à ce type de menace, les systèmes classiques montrent leurs limites. Tirer un missile sol-air sophistiqué pour chaque drone n’est tout simplement pas soutenable sur la durée. C’est exactement ce déséquilibre économique et opérationnel que cherchent à corriger des solutions comme le Bird of Prey : intercepter en nombre, rapidement, et à un coût bien inférieur à celui de la menace.

Le futur plus grand avion du monde intéresse l’Armée américaine pour sa capacité unique au monde à transporter six hélicoptères Chinook CH-47 prêts à emploi

Un drone qui chasse et tire tout seul

Lors de ce premier vol, le scénario était volontairement réaliste. Le drone intercepteur devait :

  • rechercher une cible dans son environnement
  • la détecter
  • l’identifier comme une menace
  • puis engager la cible automatiquement

Le tout sans intervention directe d’un opérateur humain.

Une fois le drone kamikaze repéré, le Bird of Prey a lancé un missile Mark I, développé par la start-up Frankenburg Technologies.

Le principe est celui du fire and forget (« tire et oublie » en français, qu’on traduira plutôt par « missile autonome après lancement »). Le missile est tiré, puis il se charge lui-même d’atteindre sa cible.

Ce type d’autonomie change profondément la manière dont on envisage la défense aérienne à courte portée.

Un intercepteur compact mais pensé pour la production de masse

Le prototype utilisé pour cette démonstration repose sur un drone modifié de type Do-DT25. Ses dimensions restent relativement modestes :

  • 2,5 mètres d’envergure
  • 3,1 mètres de long
  • 160 kg au décollage

Le Bird of Prey est en outre pensé comme un système réutilisable, mobile et surtout produit en nombre. L’objectif n’est pas de créer un drone ultra-sophistiqué et rare, mais une solution capable d’être déployée en volume face à des menaces elles-mêmes massives.

Le Bird of Prey tiré depuis une rampe de lancement terrestre.
Le Bird of Prey tiré depuis une rampe de lancement terrestre.

Des missiles minuscules mais adaptés à la mission

Les missiles Mark I embarqués à bord du drone sont presque déroutants par leur taille :

  • 65 centimètres de long
  • moins de 2 kg
  • portée d’environ 1,5 km

Ce sont aujourd’hui les intercepteurs guidés les plus légers de leur catégorie.

Ils utilisent une charge à fragmentation, conçue pour neutraliser la cible sans nécessiter un impact direct parfait. À courte distance, cela augmente les chances d’interception.

Le prototype embarquait quatre missiles, mais la version opérationnelle pourra en transporter jusqu’à huit.

Cela signifie qu’un seul drone pourrait engager plusieurs cibles lors d’une même mission.

Une réponse au problème du coût dans la guerre moderne

C’est sans doute là que se situe le point le plus intéressant.

Dans les systèmes classiques, le coût de l’interception est souvent supérieur au coût de la menace. Avec le Bird of Prey et ses missiles légers, Airbus et Frankenburg cherchent à inverser cette logique.

L’idée est de réduire drastiquement le coût par interception, ce qui permettrait de répondre à des attaques massives sans être limité par le prix de chaque tir.

Le Bird of Prey est conçu pour s’intégrer dans le système IBMS d'Airbus.
Le Bird of Prey est conçu pour s’intégrer dans le système IBMS d’Airbus.

Une intégration dans les systèmes de défense de l’OTAN

Le Bird of Prey est conçu pour s’intégrer dans le système IBMS (Integrated Battle Management System) développé par Airbus. Ce système permet de connecter différents capteurs, radars e t moyens d’interception dans une défense aérienne multicouche.

Concrètement, cela signifie que le drone peut :

  • recevoir des informations de détection externes
  • être dirigé vers une cible
  • s’intégrer dans une stratégie globale de défense

Dans les doctrines actuelles de l’OTAN, cette capacité d’intégration est essentielle. Aucun système ne fonctionne isolément.

Un développement accéléré en moins d’un an

Airbus a surpris par la vitesse du programme.

Le premier vol de démonstration a eu lieu seulement neuf mois après le lancement du projet. Dans l’industrie de défense, où les cycles de développement durent souvent plusieurs années, c’est particulièrement rapide.

Airbus et Frankenburg prévoient désormais de nouvelles campagnes d’essais en 2026, avec des tirs en conditions réelles et des charges actives.

L’objectif est désormais de passer rapidement du démonstrateur à une capacité opérationnelle, et convaincre des clients potentiels.

Sources :

  • Airbus, Successful first demo flight for Airbus uncrewed “Bird of Prey” interceptor (mars 2026),
    https://www.airbus.com/en/newsroom/press-releases/2026-03-successful-first-demo-flight-for-airbus-uncrewed-bird-of-prey-interceptor
    communiqué officiel annonçant le premier vol de démonstration du drone intercepteur Bird of Prey.
  • Frankenburg Technologies, Site officiel de l’entreprise (date non précisée),

    Home


    site institutionnel présentant les activités de Frankenburg Technologies, spécialisée dans le développement de technologies de défense, notamment le missile Mark I.

 

 

Notre site est un média approuvé par Google Actualité.

Ajoutez Media24.fr dans votre liste de favoris pour ne manquer aucune news !

Nous rejoindre en un clic
Suivre-Media24.fr

Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Articles connexes

Ceci n’est pas une plateforme pétrolière mais le dernier projet chinois d’île flottante mobile pour explorer les milieux maritimes extrêmes comme l’Arctique

Une île flottante pour explorer les abysses sans rentrer au port. Les Chinois rêvent grand (comme à leur habitude)...

Le français Alstom décroche un contrat de 380 millions d’euros dans l’un des plus importants aéroports du prochain mondial de football aux États-Unis

Allô Houston ? Alstom décroche un nouveau contrat avec l'aéroport intercontinental George-Bush. Vous avez déjà transité par Houston ?...

Le géant français Valeo part à l’assaut du marché automobile américain avec une usine à 225 millions de dollars au Texas

Valeo pose la première pierre de son usine texane. Le 24 mars 2026, Valeo a officiellement lancé la construction...

Un phénomène qui n’a lieu que tous les 139 ans vient de se produire sur la Lune avec un impact si puissant qu’il a...

Une cicatrice fraîche sur la Lune repérée depuis l’orbite. Si vous pensez que la Lune est un monde figé,...