Le Français Framatome présente une technologie innovante qui touche au cœur des réacteurs.
Framatome se prépare à faire valider sa dernière trouvaille technologie par l’organisme EPRI (Electric Power Research Institute) aux États-Unis.
Il s’git d’un nouvel outil d’inspection par ultrasons destinée aux réacteurs nucléaires à eau pressurisée (REP) qui pourrait permettre d’inspecter les soudures de l’enveloppe du cœur du réacteur, une zone directement exposée aux contraintes thermiques, mécaniques et neutroniques.
Et c’est une véritable opportunité commerciale qui s’ouvre au géant du nucléaire français puisqu’environ 73% du parc mondial de réacteurs nucléaires est constitué de REP en 2026.
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Framatome fait passer la première étape de validation américaine de son nouvel outil d’inspection par ultrasons destinée aux réacteurs nucléaires à eau pressurisée
Dans une centrale nucléaire, tout ne peut pas être démonté ou remplacé facilement. Certaines zones doivent être inspectées sans être ouvertes, parfois à travers plusieurs couches de matériaux.
C’est à cela que sert la dernière création de Framatome en utilisant les ultrasons.
Le principe est d’envoyer des ondes acoustiques dans les matériaux pour détecter d’éventuelles anomalies.
La moindre fissure non détectée peut, à terme, poser un problème de sûreté. D’où l’importance de disposer d’outils capables de voir ce que l’œil humain ne peut pas percevoir.
Une qualification américaine exigeante et réussie à 100 %
La technologie développée par Framatome a été soumise à l’un des processus de validation les plus exigeants du secteur nucléaire mondial : celui de l’EPRI (Electric Power Research Institute) des États-Unis, via son programme PDI (Performance Demonstration Initiative).
Aux États-Unis, le gendarme du nucléaire (la NRC) délègue souvent à l’EPRI le soin de définir les protocoles techniques. En clair :
-
Si l’EPRI dit que la machine de Framatome est bonne, la NRC accepte les résultats d’inspection de Framatome dans les centrales.
-
Sans le tampon de l’EPRI, la technologie de Framatome resterait un simple gadget de laboratoire, inutilisable commercialement.
Le 100 % de réussite obtenu lors des tests par Framatome va rendre sa solution applicable à l’ensemble des réacteurs REP en exploitation aux États-Unis, donc un marché colossal (environ 21% du total mondial).

Une technologie appelée à devenir un nouveau standard
Dès 2026, Framatome prévoit de déployer cette technologie sur plusieurs réacteurs américains, avec au moins sept inspections programmées lors des arrêts de tranche.
Ces opérations concerneront différents types de configurations, y compris des réacteurs équipés ou non de boucliers thermiques à neutrons.
En parallèle, la technologie va continuer à évoluer pour répondre aux nouvelles exigences réglementaires, notamment celles issues de la mise à jour du guide MRP-227 Rev. 2-A, qui encadre la surveillance des matériaux dans les réacteurs.
Autrement dit, cette innovation s’inscrit dans un mouvement plus large : élever encore le niveau de sûreté des centrales existantes.
Un marché stratégique des contrôles non destructifs
Aujourd’hui, une grande partie du nucléaire mondial repose sur des centrales fonctionnant avec des REP (environ 60 à 70%).
Cela crée un marché en pleine expansion : celui de la maintenance avancée et des inspections de haute précision, qu’on appelle plutôt dans le milieu « contrôles non destructifs »(non-destructive testing ou NDT en anglais) et qui pourrait dépasser 500 millions d’euros d’ici 2033.
Cette progression est directement liée à deux facteurs : le vieillissement des centrales existantes et le durcissement des exigences réglementaires.
Concrètement, plus les réacteurs vieillissent, plus les inspections doivent être précises, fréquentes et documentées. Les technologies comme les ultrasons avancés, les courants de Foucault ou les systèmes à réseau phasé deviennent indispensables pour détecter des défauts invisibles à l’œil nu.
Le marché reste dominé par quelques grands acteurs industriels, avec une forte concentration en Amérique du Nord et en Europe, mais l’Asie accélère rapidement avec ses nouveaux programmes nucléaires.
Dans ce contexte, l’innovation devient un levier clé : automatisation des inspections, analyse par intelligence artificielle, robots capables d’intervenir en milieu irradié… Autant d’évolutions qui transforment un secteur longtemps discret en véritable pilier stratégique de la sûreté nucléaire mondiale.
Parc mondial de réacteurs nucléaires par type :
| Type / Acronyme | Exemples de pays | Unités (approx.) | Part mondiale | Caractéristiques | Principal risque associé |
|---|---|---|---|---|---|
| PWR / REP | États-Unis, France, Chine, Russie, Corée | ~305 | ~73% | Eau pressurisée, combustible enrichi. | Perte de caloporteur / refroidissement du cœur. |
| BWR / REB | États-Unis, Japon, Suède | ~43 | ~10% | Eau bouillante, vapeur directe vers turbine. | Corrosion des gaines, rejets de tritium. |
| PHWR (CANDU) | Canada, Inde | ~46 | ~11% | Eau lourde, uranium naturel. | Rupture de canaux de combustible. |
| GCR (Graphite-Gaz) | Royaume-Uni | ~8 | ~2% | Graphite modérateur, gaz refroidissant (CO₂). | Combustion du graphite, défaut circulation gaz. |
| LWGR (RBMK) | Russie | ~10 | ~2% | Graphite modérateur, eau légère, sans enceinte d’origine. | Instabilité à basse puissance, perte de maîtrise. |
| FBR (RNR) | Russie, Inde (Pilotes) | 2 | <1% | Neutrons rapides, sodium ou gaz. | Réaction exothermique (sodium), corrosion. |
Une expertise française qui s’exporte
Ce succès illustre une réalité souvent sous-estimée : la France ne se contente pas de construire des réacteurs. Elle excelle aussi dans leur maintenance et leur exploitation.
Framatome, en particulier, est présent sur l’ensemble du cycle nucléaire :
- conception
- combustible
- contrôle-commande
- services et maintenance
Cette capacité à couvrir toute la chaîne permet à l’entreprise de proposer des solutions intégrées, adaptées aux besoins des exploitants.
Aux États-Unis, cette expertise est particulièrement recherchée, dans un contexte où les autorités exigent des standards de sûreté toujours plus élevés.
Sources :
- Archive Market Research, Non-Destructive Testing Service for Nuclear Industry (06 janvier 2026),
https://www.archivemarketresearch.com/reports/non-destructive-testing-service-for-nuclear-industry-37538
rapport d’analyse présentant le marché des services de contrôle non destructif dans l’industrie nucléaire, incluant les technologies utilisées, les segments d’application et les perspectives de croissance. - ReactorMap, Nuclear reactor statistics (consulté en avril 2026),
https://reactormap.com/statistics
plateforme fournissant des données statistiques sur les réacteurs nucléaires dans le monde, incluant leur répartition géographique, leur état opérationnel et les tendances du parc nucléaire global. - Framatome, Qualification aux États-Unis de la technologie pour l’inspection par ultrasons (26 mars 2026),
https://www.framatome.com/medias/qualification-aux-etats-unis-de-la-technologie-pour-linspection-par-ultrasons
communiqué annonçant la qualification d’une technologie d’inspection par ultrasons de Framatome aux États-Unis, mettant en avant les avancées dans le contrôle non destructif appliqué aux installations nucléaires.
Image de mise en avant :
La Centrale nucléaire de Davis-Besse est située sur la rive du lac Érié, dans l’État de l’Ohio, aux États-Unis.
Mise en service en 1978, c’est une des plus anciennes du pays encore en activité. Elle repose sur un unique réacteur à eau pressurisée (REP) d’une puissance d’environ 889 MW, construit par Babcock & Wilcox et exploité par FirstEnergy.
La centrale est surtout connue dans l’industrie nucléaire américaine pour plusieurs incidents majeurs. Selon la Nuclear Regulatory Commission, elle a été impliquée dans certains des événements de sûreté les plus sérieux aux États-Unis depuis l’accident de Three Mile Island accident.




