Une porte qui se rouvre, et devant laquelle les industriels français se pressent déjà.
Le 23 septembre 2026, le Sénat italien a adopté, par 81 voix contre 51, le projet de loi du gouvernement de Giorgia Meloni ouvrant la voie à un retour du nucléaire dans la Péninsule.
La Chambre des députés avait déjà donné son feu vert en juin et c’est un tournant historique pour un pays qui avait solennellement abandonné cette énergie après la catastrophe de Tchernobyl.
Derrière cette décision italienne, on va le voir, se joue une belle opportunité pour la filière française.
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Quarante ans après avoir tourné le dos à l’atome, l’Italie vient de voter son grand retour au nucléaire
Un revirement à 180 degrés
L’Italie a exploité quatre centrales nucléaires à partir des années 1960 : Latina et Garigliano dès 1964, Enrico Fermi à Trino la même année, et enfin Caorso, la plus puissante, mise en service en 1978.
En 1987, un an après Tchernobyl, les Italiens rejettent l’atome par référendum, et les derniers réacteurs ferment en 1990. En 2011, juste après Fukushima, un nouveau vote est soumis : 94 % des votants disent non à toute relance. L’Italie devient l’un des rares pays au monde à avoir volontairement démantelé un parc nucléaire opérationnel.
Que le même pays vote aujourd’hui son retour à l’atome est donc un revirement spectaculaire.
Le ministre de l’Environnement et de la Sécurité énergétique, Gilberto Pichetto Fratin, l’a défendu : « Le nucléaire n’est pas un retour au passé, c’est une technologie gagnante. » Le gouvernement invoque la flambée des prix de l’énergie, les tensions géopolitiques, la nécessité de sortir des fossiles et l’objectif de neutralité carbone en 2050.
Autant de raisons qui ont, dit-il, « changé la donne » du débat.
Attention, une loi n’est pas une centrale
Le texte adopté est une loi de délégation : il ne lance aucun chantier et ne coule pas le moindre mètre cube de béton. Il habilite le gouvernement à construire, dans les mois qui viennent, tout l’échafaudage nécessaire : un programme national du nucléaire durable, une autorité de sûreté indépendante, des filières de recherche et de formation, et des campagnes d’information du public.
Les décrets d’application viendront ensuite, sur environ douze mois, et les premiers réacteurs ne sont pas attendus avant 2033-2035. Aucun financement n’est encore sur la table. Bref, l’Italie vient d’ouvrir la porte, pas d’allumer le réacteur. Le chemin réglementaire et industriel qui reste à parcourir se compte en années, et l’opposition, dans un pays deux fois marqué par le refus, reste bien présente.
Rome mise sur les petits réacteurs
La nouveauté c’est que cette fois-ci, si l’Italie relance le nucléaire, ce ne sera pas avec les mastodontes d’antan. Le pays vise avant tout les petits réacteurs modulaires (SMR ou Small Modular Reactor), d’une puissance limitée et fabriqués en série. Plus rapides à construire, moins coûteux à l’unité et plus faciles à financer, ils sont perçus comme la porte d’entrée idéale pour un pays qui repart d’une feuille quasi blanche, sans grande industrie nucléaire nationale à réactiver.
C’est précisément ce créneau qui aiguise les appétits, et notamment ceux des Français.
L’aubaine pour les industriels français ?
Hasard du calendrier ? Le jour même du vote au Sénat, un tour de table franco-italien a affiché ses ambitions : Nuward, la filiale dédiée aux petits réacteurs du groupe EDF, sa maison mère EDF, Edison (l’électricien italien contrôlé par EDF) et les industriels transalpins Ansaldo et Maire ont proclamé leur « vision commune » et leur objectif de déployer un premier réacteur en Italie d’ici 2035.
Nuward vise une flotte de dix réacteurs répartis dans cinq pays de l’Union européenne, dont l’Italie, avec des chantiers dès 2030 et un investissement supérieur à 10 milliards d’euros.
Quant à newcleo, cette pépite franco-italienne que nous avons récemment suivie lors de son entrée à la Bourse de New York, elle est déjà profondément implantée en Italie, où elle construit le prototype non nucléaire de son réacteur au plomb. Une technologie qui pourrait trouver un véritable mécène avec une Italie soucieuse de retrouver son rang dans le nucléaire.
Principaux acteurs à considérer pour le retour du nucléaire en Italie :
| Acteur | Technologie | Positionnement en Italie |
|---|---|---|
| Nuward (EDF), avec Edison | Petit réacteur à eau pressurisée | Premier réacteur visé d’ici 2035, avec Ansaldo et Maire |
| newcleo (franco-italien) | Réacteur rapide au plomb | Prototype non nucléaire en construction en Italie |
| Enel, Ansaldo, Leonardo | Petits réacteurs modulaires | Coentreprise italienne dédiée aux SMR |
| Ansaldo Energia | Ingénierie et fabrication | Champion industriel italien, sur tous les fronts |
Le tableau le montre, la France n’est pas seule en lice, et les Italiens n’entendent pas être de simples clients. Ansaldo, fleuron industriel de Gênes, se positionne sur tous les fronts, et le géant Enel a monté sa propre coentreprise avec Leonardo.
L’expertise française, elle, a cxependant une longueur d’avance technologique, et le maillage EDF-Edison-Nuward-newcleo place l’Hexagone en pole position sur ce futur marché.
Un marché à conquérir, prudemment
Pour la filière française, ce réveil nucléaire européen est une occasion de vendre son savoir-faire et de rentabiliser des technologies acquise dans la douleur (EPR, PER2) ou encore en développement (SMR de Nuward). L’Italie, avec son industrie puissante et son absence d’acteur nucléaire national dominant, est un terrain de jeu rêvé pour qui sait s’y implanter tôt.
Il faudra néanmoins transformer l’essai. Entre une loi votée et un réacteur qui produit des électrons, il y a les décrets à publier, une autorité de sûreté à créer de toutes pièces, un financement à boucler et une opinion à convaincre durablement.
Rien n’est joué, et les annonces industrielles d’aujourd’hui devront résister à l’épreuve du temps et des alternances politiques.
Sources principales :
- ISIN (Autorité italienne de sûreté nucléaire), Nuclear facilities and research centers
https://www.isinucleare.it/en/nuclear-safety/nuclear-facilities-and-research-centers
Fiche officielle des quatre centrales italiennes historiques (Latina, Garigliano, Enrico Fermi à Trino, Caorso), puissances, dates de mise en service et d’arrêt, production totale, référendums de 1987. - Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Country Nuclear Power Profiles – Italy
https://www-pub.iaea.org/mtcd/publications/pdf/cnpp2022/countryprofiles/Italy/Italy.htm
Panorama officiel du nucléaire italien : lancement du programme dans les années 1960, quatre centrales construites, décision d’arrêt post-Tchernobyl, activités actuelles limitées au démantèlement et à la gestion des déchets. - Associated Press, Italy’s parliament paves the way for a return to nuclear energy (23 septembre 2026)
https://apnews.com/article/italy-nuclear-energy-meloni
Approbation définitive par le Sénat quatre décennies après l’abandon post-Tchernobyl, propos du ministre Gilberto Pichetto Fratin, priorité aux petits réacteurs modulaires, contexte de la crise énergétique.
Centrale nucléaire de Caorso — Photo : Simone Ramella, « Centrale nucleare di Caorso », Flickr. Licence Creative Commons Attribution 2.0 (CC BY 2.0). Photo originale sur Flickr — Licence CC BY 2.0.




