Framatome et EDF UK ont annoncé le mercredi 7 octobre 2026 le renouvellement de leur accord de services à long terme (LTSA) pour la maintenance de la centrale nucléaire de Sizewell B, dans le comté de Suffolk, à 180 kilomètres au nord-est de Londres.
La filiale d’EDF restera donc en poste jusqu’en 2040. Un bail de 15 ans qui portera la présence continue de Framatome au cœur du seul réacteur à eau pressurisée britannique à 32 années ininterrompues, depuis sa première intervention en 2008.
Le contrat couvre l’intégralité des opérations lourdes d’un arrêt de tranche : interventions sur la cuve du réacteur et les générateurs de vapeur, entretien des groupes motopompes primaires et de la robinetterie, contrôles non destructifs, coordination de la chaîne d’approvisionnement, gestion des équipes mobilisées pendant chaque arrêt.
L’ensemble des missions critiques qui conditionnent, saison après saison, la disponibilité d’un réacteur commercial.
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Framatome prolonge son partenariat de 15 ans avec Sizewell B
« Cet accord renouvelé consolide notre vision à long terme pour l’excellence nucléaire au Royaume-Uni », a déclaré Guirec Maugat, Senior Executive Vice President de la Business Unit Base installée de Framatome, lors de la signature avec John Munro, directeur général des opérations nucléaires d’EDF UK.
Côté britannique, le ton est à l’avenant : « Sizewell B est capital pour les opérations nucléaires du Royaume-Uni et pour nos ambitions zéro émission nette, alors que nous préparons les futurs EPR en construction à Hinkley Point C et Sizewell C. »
Un seul réacteur mais un rôle hors norme
Mise en service en 1995, la centrale est le seul réacteur à eau pressurisée (REP) jamais construit outre-Manche. Tous les autres réacteurs commerciaux britanniques, les Advanced Gas-cooled Reactors (AGR), reposent sur une technologie refroidie au gaz carbonique mise au point dans les années 1960 et désormais en fin de course. Trois sites ont déjà basculé en démantèlement (Hunterston B, Hinkley Point B, Dungeness B), et les quatre encore en activité (Torness, Heysham 1, Heysham 2, Hartlepool) ferment leurs réacteurs à un rythme soutenu.
Dans ce contexte, Sizewell B fait figure de pivot. Avec ses 1 198 mégawatts de puissance installée, le réacteur fournit à lui seul environ 3 % de l’électricité consommée au Royaume-Uni, soit l’équivalent de 2,5 millions de foyers. Depuis 1995, il a produit plus de 270 térawattheures de courant bas-carbone, de quoi couvrir les besoins de tous les foyers des comtés de Suffolk et de Norfolk pendant plus d’un siècle. La centrale emploie directement environ 900 personnes.
Autre particularité : sa structure de propriété. EDF en détient 80 % via sa filiale britannique, et le groupe britannique Centrica les 20 % restants, une participation inchangée depuis des années malgré les secousses successives de la politique énergétique britannique.
De 2008 à 2040, la longue marche française à Sizewell
Framatome n’est pas un nouveau venu à Sizewell B. L’industriel français, détenu à 75,5 % par EDF, à 19,5 % par le japonais Mitsubishi Heavy Industries et à 5 % par Assystem, a signé son premier contrat de maintenance sur le site en 2008, treize ans après le démarrage commercial du réacteur. Depuis, les équipes de Framatome accompagnent chaque grand arrêt de tranche de la centrale, s’occupent de la robinetterie primaire, des pompes de circulation, des contrôles non destructifs sur la cuve.
Un travail de l’ombre qui ne fait pas la une mais sans lequel aucun réacteur commercial ne tient dans la durée.
Avec ce nouveau LTSA, l’industriel français passera donc du statut de prestataire récurrent à celui d’opérateur de confiance quasi-institutionnel. Trente-deux années sous le capot du même réacteur, de 2008 à 2040, dans une industrie où la stabilité des équipes et la continuité du retour d’expérience valent de l’or. Le contrat prévoit explicitement la constitution et la formation d’équipes locales britanniques, adossées aux moyens de Framatome en France, en Allemagne et aux États-Unis.
L’enjeu derrière est bien entendu de transférer durablement au sol britannique le savoir-faire nucléaire que la filière anglaise avait largement laissé s’étioler avant la décision politique du retour au nucléaire des années 2010.
Un réacteur devenu trop précieux pour s’arrêter
La raison pour laquelle le contrat Framatome fait date, c’est aussi qu’il s’inscrit dans une décision politique majeure prise trois mois plus tôt. Le 8 juillet 2026, le gouvernement britannique et EDF ont signé un accord étendant de 20 ans l’exploitation de Sizewell B, repoussant sa fermeture programmée de 2035 à 2055. Le réacteur, qui aurait dû tirer sa révérence au bout de ses 40 ans réglementaires d’exploitation, en fera désormais 60.
Un contrat pour différence (CfD) garantit à l’exploitant un prix de vente de 70,50 livres par mégawattheure (environ 81 euros), en prix 2025, d’avril 2035 à mars 2055. Un chiffre à comparer aux 91,20 livres accordés quelques mois plus tôt pour les futurs parcs éoliens offshore britanniques, et aux presque 110 livres indexés sur l’inflation du contrat Hinkley Point C. Autrement dit : Londres paie son électricité nucléaire prolongée bien moins cher que l’éolien neuf, et beaucoup moins cher que les nouveaux EPR en construction (à souligner).
Pour obtenir ce prix, EDF et Centrica s’engagent à investir environ 800 millions de livres (920 millions d’euros) de travaux de rénovation lourde pendant les quinze prochaines années, précisément la période couverte par le LTSA de Framatome. Au programme : remplacement de pans entiers de tuyauteries, vannes et pompes, nouveau système de surveillance environnementale, systèmes automatisés de monitoring de l’ensemble du site. Un chantier permanent qui ferait de Sizewell B l’un des réacteurs les plus modernisés d’Europe à l’horizon 2040.
L’ombre portée sur Hinkley Point C et Sizewell C
Le contrat Framatome prend un relief particulier à la lumière des deux autres grands chantiers nucléaires britanniques en cours, tous deux portés par EDF. Hinkley Point C, dans le Somerset, voit se dresser depuis plusieurs années ses deux EPR de 1 630 MW chacun, avec un démarrage commercial espéré entre 2029 et 2031. Sizewell C, voisin direct du site qui nous occupe, a reçu la décision finale d’investissement du gouvernement britannique en juillet 2025 pour construire à son tour deux EPR, d’une puissance cumulée de 3,2 GW et destinés à alimenter environ six millions de foyers pendant soixante ans. Framatome y livrera les deux systèmes nucléaires de production de chaleur, le combustible pour la durée de vie des réacteurs, et assurera la maintenance long terme.

Les équipes britanniques de Framatome qui travailleront sur Sizewell B entre 2026 et 2040 seront, pour une partie d’entre elles, les mêmes qui prendront en main les arrêts de tranche d’Hinkley Point C puis de Sizewell C dans la décennie suivante. L’industriel français construit, à travers ses contrats de maintenance, une base industrielle britannique qui lui servira pour les quarante ou cinquante années à venir. Le LTSA Sizewell B n’est donc pas qu’un simple contrat de service, c’est le socle technique et humain d’une présence française longue durée.
Dans un pays qui, après avoir démantelé une bonne partie de son industrie nucléaire nationale dans les années 1990 et 2000, mise désormais sur le retour à grande échelle de l’atome pour tenir ses objectifs climatiques, le savoir-faire français est en train de prendre une place structurante. Et il la prendra pour longtemps !
Sources principales :
- Framatome, Framatome et EDF UK renouvellent l’accord de services à long terme pour la centrale nucléaire de Sizewell B (7 octobre 2026)
https://www.framatome.com/medias/framatome-et-edf-uk-renouvellent-l-accord-de-services-a-long-terme-pour-sizewell-b
Communiqué officiel du groupe français sur le renouvellement du LTSA jusqu’en 2040, scope des interventions, équipes locales et perspectives UK. - Department for Energy Security and Net Zero (gouvernement britannique), Sizewell B power plant given lifetime extension to 2055 (8 juillet 2026)
https://www.gov.uk/government/news/sizewell-b-power-plant-given-lifetime-extension-to-2055
Communiqué officiel du gouvernement britannique sur l’extension de 20 ans : accord avec EDF, mécanisme financier, place dans la stratégie nucléaire nationale. - Nuclear Industry Association, NIA responds to Sizewell B life extension agreement (8 juillet 2026)
https://www.niauk.org/nia-responds-to-sizewell-b-life-extension-agreement
Déclaration officielle de la fédération britannique de l’industrie nucléaire sur l’importance de l’extension pour la stabilité du réseau et la filière nationale.




