La France va doter le Rafale d’une capacité d’attaque qui lui faisait défaut depuis 30 ans : frapper les radars à 140 km de distance avec le Hammer 250 XLR de Safran

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Prenez une bombe américaine, collez-y un kit français, ajoutez un petit turboréacteur, et vous obtenez une arme capable de frapper des radars adverses à 140 kilomètres de distance. C’est le pari de Safran, et c’est aussi celui de l’armée de l’air française, qui s’apprête à combler avec ce bricolage spectaculaire une lacune dans ses capacités d’attaque.

Le 14 octobre 2026, le général Jérôme Bellanger, chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace, s’est présenté devant les députés de l’Assemblée nationale pour défendre son budget. Il y a admis, avec une franchise rare, que la France ne dispose plus depuis les années 1990 d’un seul missile capable de détruire les radars de défense anti-aérienne ennemis.

Un trou béant dans la panoplie, que le nouveau missile Hammer 250 XLR de Safran, attendu en 2028, viendra combler en attendant mieux.

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Le Hammer n’est pas une bombe ni un missile mais un kit, un ensemble d’ailettes et d’ordinateurs qui vient s’accrocher sur une bombe de série américaine, en l’occurrence la vieille Mk82 de 227 kilos ou la BLU-109 de 907 kilos. Une fois le kit monté, la bombe devient guidée et planante. Au lieu de tomber bêtement à la verticale sous l’avion, elle vole, elle corrige sa trajectoire et vise.

Safran avait présenté une famille entière de ces kits au Salon du Bourget 2025, sous ce nouveau nom qui signifie : Highly Agile Modular Munition Extended Range (Munitions modulaires hautement agiles à portée étendue dans la langue de Molière). Le hameçon marketing, c’est l’extension de portée. Jusqu’ici, le Hammer standard portait à 70 kilomètres, propulsé par un petit propergol solide pour atteindre cette distance. La nouvelle version XLR va deux fois plus loin, soit 140 kilomètres, grâce à un ingrédient inattendu dans une bombe : un turboréacteur miniature, le même type de moteur que celui qui équipe les missiles de croisière, en version compacte.

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À 140 kilomètres, hors de portée des défenses

Doubler la portée d’une arme air-sol change radicalement les conditions dans lesquelles le pilote doit faire son travail. Un Rafale équipé d’un Hammer 250 standard doit s’approcher à 70 kilomètres du radar qu’il veut détruire. À cette distance, il est déjà dans la bulle d’engagement de la plupart des systèmes anti-aériens modernes russes et chinois, les S-400 ou HQ-9, qui tirent largement au-delà de 200 kilomètres. En clair, l’avion risque d’être abattu avant même d’avoir largué sa bombe.

Avec 140 kilomètres, le pilote reste en lisière de la bulle, ou carrément à l’extérieur. Il peut tirer sans entrer sous le feu. C’est tout l’intérêt de la mission appelée SEAD, pour Suppression of Enemy Air Defences (Suppression des défenses aériennes ennemies), et son extension létale DEAD, pour Destruction. Il s’agit, avant toute autre opération aérienne, d’aveugler l’adversaire en détruisant ses radars, pour que les avions suivants puissent passer. Sans SEAD, pas de bombardement moderne. Les Américains l’ont appris à leurs dépens au Vietnam dans les années 1960, et ils en ont fait depuis une spécialité majeure, incarnée aujourd’hui par le missile antiradar AGM-88 HARM et sa nouvelle version AARGM-ER.

Trente ans sans arme pour casser les radars

Le trou que la France essaie de boucher date de la fin de la Guerre froide. Dans les années 1970 et 1980, l’armée de l’Air française disposait du missile antiradar AS.37 MARTEL, puis de sa version améliorée ARMAT, emportés par les Jaguar de l’escadrille basée à Saint-Dizier. Avec la dissolution de l’URSS, Paris a jugé la menace moindre, et a progressivement retiré ces missiles sans leur donner de successeur. Les Jaguar eux-mêmes ont été mis à la retraite en 2005. Depuis, l’armée de l’Air peut détecter les radars adverses, pas les détruire.

Le général Bellanger a employé le mot « stupidement abandonné » devant les députés. Dans le vocabulaire policé d’un chef d’état-major, c’est une charge frontale. Elle n’est pas injuste. La France dispose aujourd’hui de la nacelle d’écoute électronique ASTAC, portée par les Mirage 2000D RMV, et de la flotte spécialisée Archange. Ces moyens repèrent les signatures des radars adverses et dressent une cartographie de la défense ennemie, qui peut être partagée en liaison 16 avec les alliés.

Malheureusement, au moment de tirer, c’est aux alliés de le faire, en l’occurrence aux Américains, aux Britanniques ou aux Allemands, qui tous disposent du HARM ou de ses successeurs.

Fiche technique système HAMMER de Safran

L’Ukraine en banc d’essai, les voisins à armer

Le Hammer a déjà été utilisé en opération par l’armée française en Mauritanie, au Mali, en Syrie et en Libye, et surtout depuis 2024 par l’armée ukrainienne sur ses MiG-29 et Soukhoï Su-27 adaptés par les Français. L’intensité des tirs ukrainiens a conduit Safran à multiplier sa cadence par six en deux ans, pour tenir à la fois les commandes françaises, les livraisons à Kiev et les exportations récentes vers l’Égypte, le Maroc et l’Inde. Les enseignements de ces tirs réels, notamment face à des brouillages russes de plus en plus efficaces, nourrissent directement la nouvelle version XLR.

Dans le reste de l’Europe, chacun bricole sa propre solution. L’Allemagne a reçu en 2024 ses premiers missiles antiradar AGM-88E AARGM américains pour ses Eurofighter, en attendant un hypothétique projet européen. Le Royaume-Uni développe le Spear-EW, un petit missile à turboréacteur spécialisé dans le brouillage et la saturation. L’Italie emploie également le HARM. Autrement dit, aucun grand pays européen n’a aujourd’hui de solution SEAD vraiment souveraine en service, à l’exception des Américains et, dans une moindre mesure, des Russes. Le Hammer XLR fait de la France l’une des rares nations européennes à aligner une arme nationale, même imparfaite, pour cette mission critique.

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En attendant Stratus RS, l’arme de 2033

Le Hammer 250 XLR n’est pas la solution définitive, et le général Bellanger ne s’en est pas caché. Le vrai successeur du MARTEL s’appellera Stratus RS, pour Radar Suppression, un missile antiradar nouvelle génération développé par MBDA, filiale commune d’Airbus, BAE Systems et Leonardo. Prévu pour entrer en service avec le Rafale F5 à l’horizon 2033-2035, le Stratus RS sera un vrai missile de croisière spécialisé, dépassant les 300 kilomètres de portée et conçu pour résister aux brouillages et aux radars qui s’éteignent dès qu’ils sont menacés.

Les deux missiles du programme européen STRATUS, développés par MBDA : STRATUS LO, conçu pour privilégier la furtivité, et STRATUS RS, axé sur la vitesse et la manœuvrabilité. Crédit : MBDA.
Les deux missiles du programme européen STRATUS, développés par MBDA : STRATUS LO, conçu pour privilégier la furtivité, et STRATUS RS, axé sur la vitesse et la manœuvrabilité. Crédit : MBDA.

En attendant, les armes du Hammer feront le travail. Elles arriveront probablement d’abord par petites séries, le temps d’adapter les plateformes et de former les équipages, avant une montée en puissance progressive. Les chiffres de commande ne sont pas publics, le ministère des Armées n’ayant pas encore passé contrat avec Safran. Mais le discours politique est désormais aligné : il faut cette capacité, il la faut vite, et il faut qu’elle soit française.

La vraie leçon de 2026, c’est peut-être qu’une armée européenne ne peut plus se permettre de laisser des trous capacitaires s’ouvrir au nom d’économies budgétaires. L’Ukraine est là pour le rappeler, pile de l’autre côté de la frontière de l’OTAN.

Sources principales :

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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