Naissance d’un nouveau géant européen de l’énergie sous contrôle français après ce rachat à 5,1 milliards d’euros par TotalEnergies

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TotalEnergies continue sa progression dans la production d’énergie européenne.

TotalEnergies, la première entreprise française en termes de chiffres d’affaires (205,99 milliards d’euros en 2024) vient s’ancrer encore un peu plus dans le paysage électrique européen en faisant l’acquisition de 50 % d’une plateforme de production d’électricité flexible tchèque, comprenant centrales à gaz, à biomasse et batteries et opérée par le groupe EPH (pour Energetický a průmyslový holding). Montant de la transaction : 5,1 milliards d’euros, payés en actions.

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Fondé en 2009, le groupe EPH (Energetický a průmyslový holding) s’est rapidement hissé parmi les principaux acteurs énergétiques européens grâce à une série d’acquisitions stratégiques. Initialement contrôlé par les fonds J&T et PPF, le groupe s’est illustré dès 2013 en rachetant Slovak Gas pour 2,6 milliards d’euros, puis en reprenant des actifs à EDF, E.ON, Enel, RWE et Vattenfall, principalement dans les secteurs du gaz et de la production thermique. Entre 2014 et 2016, il restructure son actionnariat autour de Daniel Křetínský et Patrik Tkáč, tout en renforçant son empreinte au Royaume-Uni, en Italie, en Allemagne, en Hongrie et en France. EPH détient aujourd’hui une part importante d’actifs énergétiques, notamment des infrastructures critiques de cogénération, de charbon, de gaz et de transport.

Sa montée en puissance repose sur un appétit prononcé pour les actifs thermiques sous-performants ou en transition, souvent vendus à bas prix, mais intégrés à une stratégie industrielle offensive.

Dates clés de l’expansion d’EPH :

Année Événement
2009 Création d’EPH, détenue à 67 % par J&T et PPF
janvier 2013 Acquisition de Slovak Gas (2,6 milliards €), incluant 49 % de SPP
mai 2013 Rachat des 49 % d’EDF dans SSE pour 400 millions €
juin 2014 PPF quitte EPH, Křetínský et Tkáč montent à 37 %, J&T à 26 %
novembre 2014 Achat de la centrale thermique d’Eggborough (Royaume-Uni)
janvier 2015 Reprise des actifs thermiques d’E.ON en Italie (4 500 MW)
juillet 2015 Acquisition de 95 % de Budapesti Erőmű auprès d’EDF
décembre 2015 Enel vend 66 % de Slovenske Elektrarne à EPH (750 millions €)
janvier 2016 Rachat de la centrale de Lynemouth (420 MW) à RWE
avril 2016 Vattenfall cède ses actifs fossiles allemands à EPH (avec compensation de 1,7 milliard $)
juillet 2019 Uniper vend ses actifs français à EPH, dont deux centrales à charbon
à ce jour Détention de 49 % du transporteur de gaz Eustream (Slovaquie)

Une transaction en actions de 5,1 milliards d’euros, immédiatement relutive pour les actionnaires de TotalEnergies

L’opération prend la forme d’un échange d’actions. Concrètement, 95,4 millions d’actions TotalEnergies vont être émises, au tarif moyen de 53,94 euros. En face, EPH apporte des actifs valorisés 10,6 milliards d’euros.

Résultat immédiat : EPH devient l’un des premiers actionnaires de TotalEnergies, avec environ 4,1 % du capital. Loin d’un simple échange de bons procédés, cette participation traduit une convergence stratégique forte entre les deux groupes, appelée à durer.

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Une coentreprise à 50/50 pour piloter 14 GW de puissance installée

Le cœur de l’accord repose sur la création d’une coentreprise détenue à parts égales, avec une gestion industrielle mutualisée des actifs. L’idée est simple : mutualiser le pilotage, tout en gardant une commercialisation séparée de l’électricité via des contrats de tolling (accord passé entre un acheteur et un producteur d’électricité, l’acheteur fournit le combustible et reçoit en contrepartie à un coût fixé à l’avance une quantité d’électricité déterminée en fonction du rendement de la centrale).

Le portefeuille comprend plus de 14 GW de capacité brute déjà en service ou en construction, pour une production nette estimée à 15 TWh par an, visant 20 TWh à l’horizon 2030. À cela s’ajoutent 5 GW de projets en développement, bien répartis sur l’Europe de l’Ouest.

L’électricité flexible, un chaînon manquant devenu stratégique

Pourquoi miser autant sur la flexibilité ? Parce que les renouvelables sont par nature intermittents. Le solaire ne produit que lorsqu’il fait jour. L’éolien, quand il y a du vent. Pour garantir une électricité stable et disponible 24h/24, il faut des relais rapides. C’est là qu’interviennent les centrales à gaz, les batteries, et les unités biomasse, capables d’ajuster leur production à la minute.

TotalEnergies ne joue pas à saute-mouton sur les modes de production. Elle cherche à bâtir une architecture énergétique complète, où les renouvelables apportent le fond, et les actifs flexibles assurent le tempo. L’objectif est clair : proposer une électricité bas carbone mais pilotable, capable de répondre aux pics de demande… et aux caprices du climat.

Une stratégie qui renforce la chaîne gaz-électricité

L’autre grand intérêt de cette opération, c’est le lien naturel qu’elle crée avec les activités GNL (gaz naturel liquéfié) de TotalEnergies. L’entreprise est déjà leader européen de l’approvisionnement en gaz et numéro 3 dans le monde). Elle peut désormais valoriser environ 2 millions de tonnes par an de GNL en les destinant à la production électrique sur ces nouvelles centrales.

Ce n’est pas un hasard si les centrales sont implantées aux Pays-Bas, en Italie ou en France : ce sont des points de connexion stratégique entre terminaux méthaniers, réseaux électriques et marchés frontaliers comme l’Allemagne.

On parle ici d’un vrai jeu de domino énergétique, où chaque pièce alimente la suivante dans une logique intégrée : GNL > Centrale > Electricité > Trading > Client final. Une chaîne de valeur complète, optimisée pour mieux capter les marges à chaque maillon.

Un message clair envoyé aux marchés et aux partenaires

Cette opération confirme l’ambition de TotalEnergies de devenir un acteur électrique intégré, du gaz aux électrons. Surtout, elle crédibilise cette ambition par des chiffres, des installations physiques, des gigawatts concrets.

Derrière les chiffres, c’est aussi une alliance stratégique forte qui se dessine. Daniel Křetínský, patron d’EPH, ne s’en cache pas : il veut être un actionnaire de long terme de TotalEnergies. Il voit dans ce partenariat un levier pour s’implanter plus largement hors Union européenne, notamment grâce à l’envergure mondiale du groupe français.

Si le calendrier est respecté, la transaction sera finalisée d’ici mi-2026, après feu vert des autorités et consultation des représentants du personnel.

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Aperçu des implantations d’EPH

 

Carte des principaux actifs acquis en capacités brutes.
Carte des principaux actifs acquis en capacités brutes.
Pays Capacité totale Types d’actifs Statut
Italie 7,5 GW Centrales à gaz nouvelle génération 3,7 GW en opération, 2,4 GW en construction, 1,4 GW en développement
Royaume-Uni et Irlande 7,1 GW Gaz, biomasse, batteries 5 GW opérationnels, 0,4 GW en construction, 1,7 GW en développement
Pays-Bas 3,6 GW Gaz, batteries 2,6 GW opérationnels, 0,2 GW en construction, 0,8 GW en développement
France 1,1 GW Batteries 100 MW en construction, 1 GW en développement

 

Source : TotalEnergies

Image de mise en avant : Centrale électrique de Lynemouth (possession d’EPH) vue depuis Cresswell

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
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