Un troisième cœur prend place au centre du plus grand réacteur de fusion du monde : ITER
25 novembre 2025, 11h32. À Cadarache, dans le sud de la France, un colosse métallique de plusieurs centaines de tonnes descend lentement dans une fosse de béton armé, surveillé au millimètre près par des équipes concentrées. Il s’agit du module n°5 de la chambre à vide du réacteur ITER, et il vient tout juste de rejoindre ses deux voisins, les modules 6 et 7, déjà en place.
Le plus grand projet énergétique de l’histoire de l’Humanité continue ainsi sa lente mais inexorable avancée !
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ITER, le puzzle géant de 30 mètres de haut
Le tokamak ITER, c’est 30 mètres de diamètre, près de 30 mètres de haut, et un rêve vieux de plusieurs décennies : reproduire sur Terre l’énergie du Soleil. Pour y parvenir, tout doit être parfaitement aligné, soudé, refroidi, blindé… et surtout, assemblé dans un ordre précis, du bas vers le haut.
Au centre de l’engin : une chambre à vide toroïdale (en forme de beignet), divisée en neuf modules massifs, à assembler comme les pièces d’un anneau géant. Chaque module est une prouesse d’ingénierie : il intègre deux bobines supraconductrices, un écran thermique, et une portion de l’enceinte où sera confiné le plasma à 150 millions de degrés.
Et le mardi 25 novembre, ce puzzle à l’échelle atomique a franchi une étape décisive : le troisième secteur, baptisé module n°5, a rejoint ses compères n°7 (posé en avril) et n°6 (installé en juin) dans la fosse du tokamak.
Une chorégraphie millimétrée, menée par des géants
Ces modules, il ne suffit pas de les déposer : il faut les faire glisser en douceur à l’aide de ponts roulants, dans un espace à peine plus large qu’eux, sans jamais dépasser quelques dixièmes de millimètre de tolérance.
Leur arrivée dans le Hall d’assemblage commence par un passage obligatoire dans le bâtiment de nettoyage, sorte de sas géant où ils sont dépoussiérés avant d’entrer dans l’atmosphère contrôlée.
Puis vient la danse des grues, où les opérateurs positionnent les modules en trois dimensions, avec un soin proche de la chirurgie.

Une symphonie d’industries internationales
Derrière cette opération se cachent une coopération d’acteurs venus du monde entier et mobilisés depuis des années.
Le consortium CNPE, réunissant la Chine (CNPE, CNIC, ASIPP, SWIP) et la France via Framatome, est chargé de l’assemblage du cryostat, de l’alimentation des aimants, du solénoïde central et de l’intégration des modules dans le puits.
L’italien SIMIC S.p.A. est co-responsable du positionnement et de l’interconnexion des modules dans la chambre à vide, pendant que Larsen & Toubro, entreprise indienne, veille au soudage ultra-précis des fenêtres de l’enceinte. Enfin, le géant Westinghouse est chargé du soudage final des neuf modules, une fois tous en place.
Chaque pièce est unique, fabriquée au micron près. Chaque levage est un événement. Chaque étape réussie est une victoire d’équipe.
Trois sur neuf : le cœur du tokamak prend forme
Avec l’arrivée du module n°5, le tiers de la chambre à vide est désormais en place. Et au vu de la complexité de l’opération, c’est une avancée majeure. Il ne s’agit pas seulement d’empiler des blocs : chaque secteur doit être aligné spatialement, préparé pour le soudage, connecté à ses bobines et vérifié dans ses moindres dimensions.
Les six autres modules seront installés progressivement d’ici 2026, à raison d’un tous les deux à trois mois, dans un calendrier aussi ambitieux que millimétré.
Une course contre l’ingénierie, et contre le temps
L’assemblage du tokamak est l’un des chantiers scientifiques les plus complexes jamais entrepris. Et chaque module installé rapproche ITER de son objectif : démontrer la faisabilité d’une énergie propre, abondante et sans carbone, en répliquant la fusion des atomes d’hydrogène.
À terme, le plasma sera confiné dans cette chambre à vide, suspendu dans un champ magnétique, chauffé à 150 millions de degrés. Et tout devra tenir, sans se déformer, sans fuir, sans flancher.
Alors oui, poser un troisième module, ce n’est pas spectaculaire à l’œil nu… mais dans le monde de la fusion, c’est une brique essentielle dans la cathédrale du futur.

Repères : état d’avancement de la chambre à vide ITER
| Module | Date d’installation | État |
|---|---|---|
| Module n°7 | Avril 2025 | Installé |
| Module n°6 | Juin 2025 | Installé |
| Module n°5 | 25 novembre 2025 | Installé |
| Modules n°1 à 4 et 8 à 9 | 2026 (prévu) | En attente |
Et maintenant ? Six modules à poser, puis l’heure des grands essais
Avec trois modules sur neuf déjà en place, ITER entre dans une phase d’assemblage de plus en plus critique. Chaque nouveau secteur devra être positionné, aligné, soudé, connecté… sans jamais perturber les éléments déjà installés. Une fois la chambre à vide complètement refermée, viendra le temps des soudures définitives, des tests d’étanchéité, puis de l’intégration des systèmes internes : divertor, blocs blindés, diagnostics, chauffage à haute fréquence, etc.
Si tout se passe comme prévu, ITER pourra entamer sa longue phase de tests à vide vers 2028–2029, avant de produire son tout premier plasma, une boucle d’hydrogène chauffée à 100 millions de degrés, autour de 2030.
L’objectif final reste fixé à plus long terme : produire un plasma de deutérium‑tritium pleinement confiné et stable d’ici 2035–2039, et ainsi démontrer la faisabilité industrielle de la fusion nucléaire.
Une machine titanesque… et un calendrier sous pression
Depuis le lancement du chantier en 2010, ITER a connu plusieurs retards successifs, liés à la complexité extrême du projet, à la coordination entre les partenaires internationaux… et à quelques réalités bien terrestres : ajustements de conception, difficultés d’approvisionnement, ou encore pandémie mondiale. Initialement prévue pour un premier plasma en 2025, la machine n’entrera probablement en phase d’essai qu’en 2030. Et le premier « vrai » fonctionnement à pleine puissance, lui, est désormais repoussé à l’horizon 2035.
Côté budget, les estimations ont aussi grimpé en orbite : le coût total du projet dépasse désormais les 22 milliards d’euros, en grande partie pris en charge par l’Europe, la Chine, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud, la Russie et les États-Unis.
Une somme colossale, certes… mais pour tenter de maîtriser l’énergie des étoiles, il faut parfois miser gros.
Source : ITER




C’est bien même très bien mais n’aurais -t-il été pas mieux que tout les pays de la planète s’unissent pour essayer de trouver le graal plutôt que chacun de son côté au risque de voir son projet dépassé par une autre puissance et de se retrouver comme un idiot avec tous ces milliards dépensés !…
Il y a déjà 36 pays de réunis, sur ce projet qui travaille depuis des décennies ensemble