Quand le drone devient un outil de territoire.
Pendant longtemps, surveiller un littoral, une frontière ou une ligne de pipeline relevait presque du casse-tête logistique. Trop vaste pour des patrouilles au sol, trop coûteux pour des hélicoptères, trop intermittent pour des satellites. L’arrivée des drones à longue élongation pourrait bien être la panacée tant recherchée ! Non pas en « remplaçant » tous les moyens existants, mais en venant combler un vide opérationnel très précis. C’est exactement là que se positionne l’UAS100 de Thales.
On pourrait le comparer à un éclaireur infatigable. Pas spectaculaire, pas bruyant, mais capable de parcourir des centaines de kilomètres en gardant les yeux ouverts là où, jusqu’ici, il fallait multiplier les moyens humains et techniques.
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Thales veut pénétrer le marché des drones à longue élongation avec son UAS100
Les drones à longue élongation (en anglais Beyond visuel line of sight ou BVLOS) ne jouent pas dans la même cour que les petits multirotors que l’on voit au-dessus des chantiers ou des événements sportifs. Leur terrain, c’est la durée, la distance et la répétabilité. Ils sont pensés pour observer, inspecter et surveiller, parfois pendant des heures, sur des zones étendues.
Ce type de drone s’adresse à des missions très concrètes : cartographie, surveillance d’infrastructures critiques, contrôle de frontières, observation environnementale, recherche et sauvetage. Des missions où l’on a besoin d’images régulières, cohérentes, exploitables, et pas seulement d’un coup d’œil ponctuel.
L’autonomie, le vrai défi des drones à longue élongation
Quand on parle de drones longue portée, l’autonomie ne se résume pas à la batterie ou au carburant. Il s’agit surtout de décider qui fait quoi entre la machine et l’opérateur. Plus le drone va loin, plus il doit être capable de gérer seul des situations prévues à l’avance, sans intervention permanente depuis le sol.
Les autorités de certification ne laissent rien au hasard. Le comportement automatisé doit être prévisible, traçable, explicable. Il faut aussi anticiper les pertes de liaison radio, temporaires ou durables. Le drone doit alors continuer à voler en sécurité, suivre un plan clair, éviter les zones interdites et revenir ou se poser sans surprise.
Cela impose une avionique de très haut niveau, une navigation extrêmement précise et une robustesse logicielle que peu d’acteurs savent réellement maîtriser. C’est en ce sens que l’héritage aéronautique ancien de Thales entre en jeu.

Un cadre réglementaire désormais structuré en Europe
Le temps du Far West réglementaire est terminé. Depuis 2019, l’Europe a mis en place un cadre clair, piloté par l’AESA, l’Agence européenne de la sécurité aérienne. Certification des systèmes, exigences opérationnelles, formation des opérateurs, maintenance, gestion des risques : tout est encadré.
Le niveau d’exigence dépend du risque de la mission, évalué via la méthodologie SORA, une approche d’évaluation des risques qui permet de déterminer le niveau de sécurité requis pour l’exploitation d’un drone en analysant le risque au sol et le risque en vol, afin de définir les mesures techniques et opérationnelles nécessaires avant autorisation. Plus le drone vole loin, plus il s’approche d’espaces sensibles, plus les exigences montent. Pour un industriel, cela signifie concevoir un système complet, pas seulement un aéronef.
L’UAS100, un drone pensé comme un système complet
Chez Thales, la réponse s’appelle UAS100. Une famille de drones à voilure fixe, à propulsion hybride, capables de couvrir 200 à 600 kilomètres linéaires selon les versions. Plusieurs exemplaires de 3,3 mètres d’envergure sont déjà en essais en vol, tandis que la version 6,7 mètres s’apprête à décoller. La certification complète est prévue avant la fin 2025.
L’UAS100 embarque une avionique issue du monde aéronautique certifié, allégée et adaptée aux contraintes d’un drone. Il peut décoller depuis des zones restreintes, opérer avec une grande autonomie décisionnelle et résister aux brouillages, y compris dans des environnements électromagnétiques complexes.
La station sol associée est conçue pour fonctionner avec un seul superviseur, ce qui réduit fortement la charge humaine. Les contrôles de sécurité sont automatisés avant le vol, météo, obstacles, zones interdites, et les données collectées sont stockées dans un cloud privé sécurisé, garantissant intégrité et confidentialité.

Le système de drone Thales UAS100
| Caractéristique | Description |
|---|---|
| Type de drone | Voilure fixe à propulsion hybride |
| Envergure | 3,3 m (essais en vol) / 6,7 m (premier vol imminent) |
| Portée opérationnelle | 200 à 600 kilomètres linéaires selon version |
| Autonomie | Élevée, avec automatisation prédéterminée et supervision sol unique |
| Navigation | Résistante au brouillage, adaptée aux environnements complexes |
| Station sol | Un seul superviseur, supervision temps réel |
| Stockage des données | Cloud privé sécurisé |
| Applications principales | Surveillance littorale et frontalière, forces de l’ordre, inspection d’infrastructures linéaires |
| Statut | Essais en vol en cours, certification prévue fin 2025 |
Des applications très concrètes sur le terrain
L’UAS100 ne vise pas des démonstrations technologiques. Il cible des usages précis : surveillance du littoral, contrôle de frontières, sécurité des forces de l’ordre sur de vastes zones, inspection de pipelines, lignes électriques ou infrastructures linéaires.
Dans ces missions, il peut se montrer plus efficace qu’un hélicoptère, bien moins coûteux, plus persistant qu’un satellite, et beaucoup plus endurant qu’un drone de courte portée. Il devient un outil de continuité, capable de repérer une anomalie, de la suivre dans le temps, et de fournir des données exploitables rapidement.
Un marché qui grossit, parce que le terrain en demande
Le marché des drones civils longue portée est tiré par des besoins très concrets : inspection d’infrastructures (lignes électriques, pipelines, voies ferrées), surveillance maritime et littorale, sécurité civile, cartographie à grande échelle, et même recherche et sauvetage.
Même si la catégorie « longue portée » n’est qu’un sous-ensemble. Le marché mondial de l’inspection et du monitoring par drones est ainsi projeté de 15,2 milliards de dollars en 2025 à 61,5 milliards de dollars en 2035, soit environ 14,0 milliards d’euros à 56,6 milliards d’euros.
En parallèle, la pression réglementaire et opérationnelle monte en Europe, avec un cadre réglementaire spécifique nouvellement érigé par l’AESA (Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne) qui pousse l’industrie à livrer des systèmes plus prévisibles, mieux documentés, et plus proches des standards aéronautiques.
Il devrait donc y avoir moins de « jeunes pousses » dans les années à venir et le marché devrait devenir de plus en plus mature avec de grands acteurs comme Thales aux commandes.
Principaux concurrents civils et duals sur le marché des drones civils longue portée en 2025
| Acteur / système | Type | Segment visé | Portée / endurance mise en avant | Usages typiques |
|---|---|---|---|---|
| Thales – UAS100 | Voilure fixe, propulsion hybride | Longue élongation, inspection et surveillance à distance | 200 à 600 km linéaires selon version | Surveillance littorale et frontalière, forces de l’ordre, inspection d’infrastructures linéaires |
| TEKEVER – AR5 | Voilure fixe (MALE “léger”) | Surveillance maritime et missions longues | Endurance et capacité “maritime patrol” mises en avant, chiffres variables selon configurations | Recherche et sauvetage, surveillance maritime, patrouille |
| Schiebel – CAMCOPTER S-100 | VTOL (hélicoptère sans pilote) | Surveillance maritime et terrestre, opérations depuis zones réduites | Portée jusqu’à 200 km annoncée | Surveillance côtière, sécurité civile, missions en mer, observation jour/nuit |
| Quantum Systems – Trinity (Pro / F90+) | eVTOL à voilure fixe | Cartographie et collecte de données à grande échelle | Temps de vol jusqu’à 90 min annoncé selon versions | Cartographie, inspection, topographie, missions de relevés sur grandes surfaces |
| Wingtra – WingtraOne (Gen II) | VTOL à voilure fixe | Cartographie professionnelle, grands chantiers | Temps de vol max testé 59 min | Topographie, construction, mines, relevés d’infrastructures étendues |
| Delair – UX11 | Voilure fixe | Mapping et acquisition de données | Plateforme “mapping” plus que longue portée, performances selon versions | Cartographie, inspection, relevés sur zones étendues |
Sources :
Site de Thales, « L’UAS100 est idéal pour la surveillance du littoral, l’application de la loi et l’inspection des infrastructures linéaires », 04/11/2025
Future Market Insights, « Drone Inspection and Monitoring Market Size and Share Forecast Outlook 2025 to 2035 », 2025



