La Moselle comme nouveau Dubaï de l’hydrogène ?
Sous les plaines de Moselle, loin des pipelines et des électrolyseurs, se cache peut-être l’une des plus grandes réserves d’hydrogène naturel jamais identifiées, avec des volumes évoqués qui pourraient atteindre plusieurs dizaines de millions de tonnes.
Une énergie déjà là, formée par le sous-sol lui-même, sans combustion fossile, sans électricité préalable, simplement dissoute dans l’eau profonde des aquifères.
À l’origine, les géologues ne cherchaient pas de l’hydrogène, mais du méthane issu de l’évolution thermique du charbon, dans le cadre du projet REGALOR lancé en 2018 avec La Française de l’Énergie. L’objectif était alors de confirmer une expertise menée en 2012 par l’IFP Énergies nouvelles, qui estimait à 370 milliards de mètres cubes le potentiel de méthane du bassin minier lorrain, soit l’équivalent de huit années de consommation nationale de gaz. En cherchant ce gaz fossile, les chercheurs ont mis au jour tout autre chose : de l’hydrogène !
Cette découverte, comme de juste, attire toutes les convoitises en France mais les scientifiques procède par méthode. Ils viennent de franchir un pallier en ce débit janvier avec un forage exploratoire de 4 000 mètres de profondeur : le forage de Pontpierre.
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REGALOR II, le passage d’une découverte fortuite à une méthode rigoureuse
Le forage de Pontpierre s’inscrit dans une trajectoire scientifique déjà longue. Entre 2018 et 2023, le programme REGALOR avait posé les premières bases. C’est dans ce cadre que l’hydrogène naturel a été identifié « un peu par hasard » en Lorraine.
REGALOR II prolonge cette histoire sans changer de cap, tout en resserrant fortement son objectif. Lancé en 2025 pour une durée de trois ans, jusqu’en 2028, ce nouveau programme abandonne toute dispersion thématique. Il se concentre exclusivement sur l’hydrogène naturel pour en savoir plus sur sa naissance, son comportement dans le sous-sol, son potentiel réel.
Comprendre comment naît l’hydrogène sous nos pieds
La première brique scientifique de REGALOR II concerne la genèse de l’hydrogène : comment l’hydrogène se forme-t-il ? À quelle profondeur ? À partir de quels minéraux ? Sous quelles températures et pressions ? Et enfin comment a-t-il migré jusque dans ses nappes aquifères (un sol ou une roche réservoir originellement poreuse ou fissurée, contenant une nappe d’eau souterraine et suffisamment perméable pour que l’eau puisse y circuler librement) ?
Les chercheurs parlent volontiers de « cuisine » souterraine. Les ingrédients sont en effet connus : eau, fer, charbon ancien, roches réactives. La difficulté réside dans les conditions : température, durée, circulation des fluides. REGALOR II vise précisément à mettre des chiffres, des modèles et des observations sur ces mécanismes encore mal décrits.
Ce travail est encadré scientifiquement par le laboratoire GeoRessources de l’Université de Lorraine, avec l’appui de chercheurs du CNRS. Sur le terrain, chaque carotte extraite, chaque mesure de fluide, chaque variation chimique devient une pièce du puzzle.

Mesurer la ressource avant de parler d’énergie
La deuxième étape visera à caractériser la ressource, donc le montant de réserve disponible sous la Moselle.
Descendre à 4 000 mètres pour le forage devrait permettre de se rapprocher des zones actives de formation. Les analyses menées sur site montrent déjà des concentrations jugées prometteuses. L’hydrogène n’est pas présent sous forme de grandes poches gazeuses. Il est dissous dans l’eau, ce qui impose une approche totalement différente de celle du gaz naturel.
Cette caractéristique change la manière de penser l’énergie. L’eau est bien plus uniformément répartie sous les continents que les hydrocarbures.
Explorer sans répéter les erreurs du passé
La troisième brique de REGALOR II touchera à une question sensible : les modalités d’exploitation. Pas dans une logique industrielle immédiate mais plutôt dans une logique d’anticipation avec des questions qui seront bientôt sur toutes les lèvres : comment extraire l’hydrogène dissous sans perturber les nappes phréatiques ? Comment éviter les impacts qui ont conduit à l’abandon du gaz de houille dans la région.
Le souvenir est encore récent. En décembre 2025, le Conseil d’État a annulé un permis d’exploitation de gaz de couche, jugeant le risque trop élevé pour la ressource en eau. REGALOR II avance avec cette contrainte en toile de fond. Ici, la science est un garde-fou.
Les outils développés par les équipes françaises, notamment des sondes capables de mesurer puis d’extraire les gaz dissous à grande profondeur, jouent un rôle central. Au départ pensées pour la recherche, elles évoluent vers des dispositifs compatibles avec une extraction contrôlée à l’échelle industrielle.
Un projet inscrit dans une priorité nationale et européenne
Le projet REGALOR II est bien entendu en ligne avec les objectifs de neutralité carbone que l’Europe et la France compte bien atteindre en 2050 via sa Stratégie nationale bas-carbone (SNBC).
L’Europe a également un oeil sur le projet via son programme Fit for 55, un ensemble de textes législatifs conçu pour abaisser de 55 % les émissions de gaz à effet de serre de l’Union par rapport à leur niveau de 1990.
Ces deux positionnements expliquent le montage financier du projet. REGALOR II dispose d’un budget total de 13 331 398 €, financé par l’Europe via le Fonds pour la transition juste et par la Région Grand Est. La subvention globale atteint 8 702 959 €, dont 1 518 800 € dédiés à l’Université de Lorraine pour les travaux de GeoRessources et du consortium en sciences humaines et sociales.
Un consortium resserré autour de la science et du terrain
Le pilotage du projet est assuré par La Française de l’Énergie, qui porte la coordination industrielle et opérationnelle. L’encadrement scientifique revient à GeoRessources, avec des partenaires ciblés. BRGM pour l’expertise géologique. SOLEXPERTS France pour les aspects techniques liés aux sols et aux forages.
L’équipe de recherche GRéSTOCK travaille au croisement de ces compétences : géologie, physico-chimie, hydrologie, modélisation. Une approche transversale, imposée par la nature même de la ressource étudiée.
Les contacts scientifiques du projet, Philippe de Donato, Raymond Michels et Jacques Pironon, incarnent cette continuité entre recherche fondamentale et application concrète.
La plus grande réserve naturelle d’hydrogène au monde ?
Les données accumulées par les équipes de CNRS montrent que le potentiel en hydrogène naturel (en français « hydrogène natif ») du bassin lorrain change clairement d’échelle à mesure que l’on descend en profondeur.
À 200 mètres, les concentrations restent anecdotiques, autour de 0,1 %, un niveau classique. Entre 600 et 800 mètres, elles grimpent rapidement, de 1 % à 6 %, avant de dépasser 15 % à 1 100 mètres, un seuil jamais observé auparavant dans un contexte continental.
Cette progression suggère un système de production actif, alimenté par des réactions d’oxydoréduction entre l’eau chaude et des minéraux riches en fer. Les simulations indiquent qu’à 3 000 mètres, les teneurs pourraient atteindre plus de 90 %, ce qui placerait le bassin lorrain dans une catégorie à part. À l’échelle régionale, le volume total est estimé autour de 46 millions de tonnes d’hydrogène, soit plus de la moitié de la production annuelle mondiale d’hydrogène gris (en 2023), avec un avantage déterminant : une ressource déjà formée, disponible sans chaîne industrielle lourde, et potentiellement compatible avec des infrastructures européennes existantes comme mosaHYc.
Quand on sait que la valeur de ce marché pourrait dépasser 192 milliards d’euros par an en 2037, il y a de quoi saliver !
Les différents types d’hydrogène pour y voir plus clair
| Type d’hydrogène | Origine / procédé | Émissions de CO₂ | Statut actuel | Remarque clé |
| Hydrogène blanc | Formation naturelle dans le sous-sol, souvent dissous dans l’eau des aquifères profonds | Aucune lors de la formation | Exploration | Ressource primaire, déjà formée, sans procédé industriel préalable |
| Hydrogène vert | Électrolyse de l’eau avec électricité renouvelable (éolien, solaire, hydraulique) | Très faibles, liées aux équipements | Déploiement progressif | Dépend fortement de la disponibilité d’électricité renouvelable |
| Hydrogène gris | Vaporeformage du gaz naturel (méthane) | Élevées | Majoritaire aujourd’hui | Environ 95 % de la production mondiale actuelle |
| Hydrogène bleu | Hydrogène gris avec captage et stockage du CO₂ | Réduites, pas nulles | Pilotes industriels | L’efficacité dépend du taux réel de captage du CO₂ |
| Hydrogène noir | Gazéification du charbon | Très élevées | Déclin | Procédé le plus émetteur en carbone |
| Hydrogène brun | Gazéification de lignite | Très élevées | Marginal | Variante encore plus carbonée que le charbon |
| Hydrogène turquoise | Pyrolyse du méthane produisant du carbone solide | Faibles à modérées | Recherche / démonstrateurs | Technologie émergente, dépend de la source d’énergie |
| Hydrogène rose | Électrolyse alimentée par électricité nucléaire | Très faibles | Concept / projets | Dépend du mix électrique et des choix politiques |
Sources :
Sources utilisées :
- Le Journal du CNRS, Un gisement géant d’hydrogène en Lorraine, article de vulgarisation scientifique présentant la découverte, son contexte géologique et ses implications énergétiques potentielles.
- Université de Lorraine, Projet REGALOR 2 – GeoRessources, documentation scientifique détaillant le programme de recherche sur l’hydrogène naturel en Lorraine, les méthodes de forage et les objectifs de caractérisation du gisement.
- France 3 Grand Est, Transition énergétique : un forage unique au monde, l’hydrogène naturel peut jouer un rôle important dans la décarbonation de notre énergie, reportage de terrain sur le site de forage en Moselle, avec témoignages de chercheurs et mise en perspective industrielle et territoriale.
- Research Nester, Grey Hydrogen Market – Global Demand Analysis & Opportunity Outlook, rapport de marché analysant la taille, la croissance et les usages de l’hydrogène gris à l’échelle mondiale, utile pour comparer les dynamiques économiques entre hydrogène fossile et alternatives bas carbone.





Intéressant mais vraiment beaucoup de fautes d’orthographes qui cassent le rythme de lecture. Au moins on sait que c’est pas de l’IA 😉
Cool mais… Inutile à souhait sans modèle économique. Navré, mais aucun constructeur de véhicules ne s’est lancé pour développer le tout hydrogène, et encore moins de société du type Total ne vend des recharges hydrogène. Pourquoi ? Et bien, n’oubliez pas que c’est le carburant des fusées. Donc, au moindre boom, ce n’est pas avec un simple camion de pompier que vous éteindrez le feu, mais avec toute une flotte. Voilà la première raison : le danger. Encore plus instable que le lithium, du moins pas dans son risque d’échauffement, mais dans le risque de feu et d’explosion. Donc c’est super de savoir qu’on a du carburant. Mais qu’on n’exploitera jamais car aucun constructeur ne développera de véhicule pour 1 pays. Et les aides de la BPI sont 100 % inutile ou non crédible car là où il faudrait le faire à l’américaine et injecter des, et je dis bien des, milliards €, au mieux on aligne sur quelques millions et on se glorifie 😂 allo plus risible on meurt. Aucune vision business long terme. En soit normal. On recrute des fils de ou a papa et on en fait des pseudo élite mais en rien des investisseurs, businessman ou mieux des visionnaires. Juste de mauvais fonctionaire car contrairement au catégories en dessous il ne produise aucune bonne décision et nous coûte un bras.
C est tout faux car il y a déjà a paris une compagnie de taxi dont les voitures fonctionne à ce gaz de plus dacia fabriqué déjà des véhicules au gaz ………. et Renault à déjà fabriqué des moteurs au gaz ……
Ok l’expert, quels sont les sources qui justifient tes affirmations?.
L’hydrogène n’est pas seulement pour circuler il est utilisé dans des entreprises qui en consomme beaucoup et pollution de l’hydrogène fait avec du gaz pourrait être remplacé par de l’hygiène blanc
Et une fois qu’on aura investi dans toutes ces recherches, …. les allemands, proches de la frontière, exploiteront le gisement.