Helion franchit un cap que le privé n’avait jamais atteint.
150 millions de degrés Celsius… ça n’a l’air de rien mais c’est tout de même dix fois la température au cœur du Soleil !
L’entreprise américaine Helion a annoncé avoir atteint ce seuil, indispensable à une réaction deutérium-tritium réellement exploitable, en février avec son prototype Polaris.
Il s’agit d’une première mondiale pour une machine de fusion financée exclusivement par des capitaux privés.
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Helion parvient à réaliser la première réaction de fusion deutérium-tritium jamais faite par le secteur privé
La réaction deutérium-tritium, dite D-T, est la plus « facile » (avec des grands guillemets) des réactions de fusion du point de vue physique. Elle nécessite tout de même des températures supérieures à 100 millions de degrés Celsius pour que les noyaux franchissent la barrière coulombienne.
La réaction D-T est la réaction la plus recherchée actuellement parce qu’elle offre la section efficace la plus élevée parmi les combustibles connus. Autrement dit, à température donnée, elle donne le plus de chances d’obtenir une fusion. C’est la réaction choisie par ITER et la National Ignition Facility.
Helion affirme aujourd’hui être la première machine privée à fonctionner avec ce mélange D-T et à produire un signal mesurable.
Polaris : sept générations d’apprentissage accéléré
Polaris est le septième prototype développé par Helion. L’entreprise revendique une philosophie simple : construire vite, tester, corriger, reconstruire.
Ce cycle itératif contraste avec les grands programmes publics qui s’étalent sur plusieurs décennies. Helion explique avoir déjà construit et exploité sept machines successives, chacune plus puissante et plus performante que la précédente.

Polaris a commencé à fonctionner fin 2024. En janvier 2026, la machine a basculé vers des essais en deutérium-tritium, atteignant donc ces fameux 150 millions de degrés Celsius, un record revendiqué pour le secteur privé.
Une technologie différente des tokamaks
Helion ne développe ni tokamak géant ni laser inertiel. L’entreprise mise sur une architecture dite FRC (Field-Reversed Configuration).
Le principe est différent des grands anneaux magnétiques d’ITER. Deux plasmas sont accélérés l’un vers l’autre, fusionnés, puis comprimés pour atteindre les conditions thermonucléaires.
L’objectif n’est pas seulement de produire de l’énergie de fusion, mais de la récupérer directement sous forme d’électricité grâce à un système de conversion électromagnétique, sans passer par une turbine à vapeur classique.
Si cela fonctionne à grande échelle, cela simplifiera considérablement l’architecture d’une centrale.
Le tritium : un verrou réglementaire franchi
Helion a en outre été la première entreprise privée à obtenir l’autorisation réglementaire de posséder et d’utiliser du tritium aux États-Unis pour démontrer la production d’énergie de fusion.
Le tritium est un isotope radioactif très rare (peut-être 20 kilos actuellement exploitable sur Terre) et strictement contrôlé. Son usage place un projet de fusion dans une catégorie beaucoup plus exigeante sur le plan réglementaire.
Cela signifie que Polaris ne se limite plus à des démonstrations expérimentales légères et entre dans un cadre proche des contraintes industrielles futures.

Vers l’hélium-3 et la machine commerciale Orion
Le deutérium-tritium n’est cependant pas la cible commerciale finale d’Helion. L’entreprise prévoit d’utiliser à terme une réaction deutérium-hélium-3, qui produit moins de neutrons et simplifie la gestion des matériaux et des déchets activés.
Atteindre 150 millions de degrés avec le D-T constitue donc une étape intermédiaire. La prochaine consiste à optimiser les températures et la récupération d’énergie pour le combustible final.
En juillet 2025, Helion a commencé la construction du site d’Orion, sa première machine commerciale, à Malaga dans l’État de Washington. Cette installation est destinée à fournir de l’électricité issue de la fusion au réseau, avec un contrat annoncé pour alimenter Microsoft.
Un contexte de compétition accélérée
La course mondiale à la fusion ne se joue plus seulement dans les grands laboratoires publics : elle est désormais portée par une nouvelle génération d’entreprises privées, qui lèvent des milliards pour tenter d’atteindre le réseau électrique dès les années 2030.
Certaines misent sur des tokamaks compacts à aimants supraconducteurs, d’autres sur des concepts plus audacieux comme le Z-pinch sans aimants, les stellarators optimisés par intelligence artificielle ou encore la compression par projectiles hypervéloces. En tête du peloton figure Commonwealth Fusion Systems, spin-off du MIT, avec environ 3 milliards de dollars levés, suivie par Helion Energy qui vise une livraison d’électricité à Microsoft avant 2030. Plus loin dans le classement, on retrouve TAE Technologies, General Fusion ou encore Tokamak Energy.
L’Europe continentale n’est pas absente avec Marvel Fusion, Proxima Fusion et la française Renaissance Fusion. Toutes affichent le même horizon : une démonstration industrielle crédible dans la décennie 2030, avec des modèles radicalement différents mais une promesse identique, produire une énergie abondante, pilotable et sans carbone.
Principales entreprises privées de fusion :
| Entreprise | Pays / Base | Financement cumulé (approx.) | Approche technologique clé | Jalons / projets phares | Objectif commercial annoncé |
| Commonwealth Fusion Systems (CFS) | États-Unis (MIT) | ~3 Md$ | Tokamak compact à aimants supraconducteurs haute température (HTS) | SPARC (démonstrateur), ARC (centrale) | Années 2030 |
| Helion Energy | États-Unis | ~2 Md$ | Fusion par champs magnétiques pulsés (FRC) | Polaris ; contrat électricité Microsoft | 2028–2030 |
| TAE Technologies | États-Unis | ~1,3 Md$ | Configuration FRC avancée non-tokamak | Machine “Norman” ; IPO prévue 2026 ; partenariat Google | Années 2030 |
| General Fusion | Canada | ~460 M$ | Magnetized Target Fusion (MTF) avec métal liquide | Démonstrateur LM26 | Années 2030 |
| Tokamak Energy | Royaume-Uni | ~336 M$ | Tokamak sphérique compact HTS | ST40 (>100 M°C) | Années 2030 |
| Zap Energy | États-Unis | ~327 M$ | Sheared-flow Z-pinch (sans aimants supraconducteurs) | Réacteurs modulaires simples | Années 2030 |
| Marvel Fusion | Allemagne | ~256 M€ | Confinement inertiel laser + nanostructures | Installation pilote Colorado | Années 2030 |
| Proxima Fusion | Allemagne | ~185–211 M€ | Stellarator optimisé par IA | Nouvelle levée 2025, design avancé | Années 2030 |
| First Light Fusion | Royaume-Uni | ~180 M$ | Compression par projectiles hypervéloces | Tests à haute vélocité | Années 2030 |
| Renaissance Fusion | France (Grenoble) | ~32–50 M€ | Stellarator compact à paroi liquide | Prototype en développement | Années 2030 |
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Des records comme s’il en pleuvait dans la fusion nucléaire
Les records récents montrent que la fusion ne progresse plus seulement en puissance instantanée, mais aussi en durée et en stabilité, deux paramètres absolument décisifs pour une centrale électrique réelle.
En février 2025, le tokamak français CEA à Cadarache, via son installation WEST, a maintenu un plasma d’hydrogène pendant 1 337 secondes, soit un peu plus de 22 minutes, avec environ 2,6 gigajoules d’énergie injectée et extraite. C’est environ 25 % de mieux que le précédent record du tokamak chinois EAST, et un bond spectaculaire par rapport aux 824 secondes atteintes fin 2024 sur WEST lui-même. Certes, il ne s’agissait pas encore d’un plasma deutérium-tritium à fort gain énergétique, mais ce type de performance valide la capacité à tenir un plasma en régime quasi stationnaire, condition indispensable pour des machines comme ITER.
En parallèle, le tokamak européen JET a établi en 2024 le record d’énergie totale produite en D-T avec 69 MJ libérés en environ 6 secondes, tandis que la National Ignition Facility aux États-Unis avait déjà franchi dès 2022 le seuil emblématique d’un gain de cible supérieur à 1, avec 3,15 MJ produits pour 2,05 MJ déposés.
Tokamaks longue durée, tirs laser à ignition, scénarios hybrides, toutes ces approches convergent vers le même objectif : démontrer une fusion contrôlée, stable et capable, un jour, de délivrer plus d’énergie qu’elle n’en consomme sur la durée.
Principaux records récents dans la fusion nucléaire :
| Installation | Pays | Type d’installation | Record récent mis en avant | Date du record | Signification principale |
| WEST | France | Tokamak, régime stationnaire avec parois tungstène | Plasma d’hydrogène maintenu 1 337 s (~22 min), énergie ~2,6 GJ | 12 février 2025 | Record mondial de durée dans un tokamak, jalon clé pour le fonctionnement continu type ITER |
| EAST | Chine | Tokamak supraconducteur | Plasma > 1 000 s (record précédent avant WEST) | Début 2025 | Référence pour scénarios longue durée en régime stationnaire |
| JET | Royaume-Uni (EUROfusion) | Tokamak D–T | 69,26 MJ libérés en ~6 s | Fin 2023 (annoncé 2024) | Plus grande énergie totale de fusion produite dans un tokamak |
| National Ignition Facility | États-Unis | Fusion par confinement inertiel (laser) | 3,15 MJ produits pour 2,05 MJ déposés (Q≈1,54) | 5 décembre 2022 | Premier dépassement du seuil Q≥1 au niveau de la cible |
| WEST (campagne 2024) | France | Tokamak | Plasma 824 s, ~1,93 GJ injectés | Décembre 2024 | Étape préparatoire au record de 2025, amélioration progressive des scénarios longue durée |
Sources :
- Helion Energy, « Helion achieves new fusion energy milestones », février 2026,
- TechCrunch, « Every fusion startup that has raised over $100M », publié le 31 décembre 2025,
analyse sectorielle recensant les principales start-up de la fusion ayant levé plus de 100 millions de dollars - CEA – IRFM, « WEST sets a new plasma duration record », publié en février 2025,
communiqué scientifique présentant un nouveau record de durée de plasma obtenu sur le tokamak WEST à Cadarache.



