La Finlande prend une longueur d’avance sur les réacteurs modulaires à sels fondus pour la chaleur.
À Helsinki, le premier béton vient d’être coulé pour un pilote grandeur nature du LDR-50.
Ce nom ne vous dira rien et vous avez tort puisqu’il cache un projet tout à fait singulier en Europe et dans le monde : un petit réacteur nucléaire modulaire (SMR) qui ne produira pas un seul watt d’électricité puisque destiné à la production de chaleur !
Ce projet est porté par Steady Energy, une entreprise issue en 2023 du centre de recherche public VTT Technical Research Centre of Finland.
Ce n’est pas encore à proprement parlé le LDR-50 qui va voir le jour mais son « clone » non nucléaire destiné aux tests à échelle réelle.
La démonstration se déroulera dans l’ancienne centrale à charbon de Salmisaari B, fermée récemment par le groupe Helen.
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Le LDR-50, un réacteur nucléaire finlandais de 50 MW thermiques pensé pour les villes
Le LDR-50 n’est donc pas conçu pour produire de l’électricité mais pour la chaleur. Sa puissance thermique atteint 50 MW, dimensionnée pour alimenter des réseaux de chauffage urbain.
Le pilote en construction, financé à hauteur de 15 à 20 millions d’euros, utilisera une résistance électrique pour chauffer le fluide au lieu de combustible nucléaire. Il produira environ 6 MW de chaleur pour le réseau d’Helsinki. L’idée est de valider les équipements, les systèmes de contrôle et la chaîne d’approvisionnement avant d’introduire le nucléaire.
Le module est compact, comparable au volume d’un conteneur maritime et les futures installations commerciales seront enterrées.
Des conditions d’exploitation plus simples que le nucléaire classique
Le LDR-50 fonctionne à environ 150 degrés Celsius et à une pression inférieure à 10 bar. À titre de comparaison, un réacteur nucléaire classique fonctionne à des températures et des pressions nettement supérieures.

À titre de comparaison, un réacteur à eau pressurisée traditionnel, comme un EPR, fonctionne avec une eau primaire à environ 320 degrés Celsius sous une pression d’environ 155 bar. Cela signifie que le fluide est maintenu liquide à une pression quinze fois supérieure à celle du LDR-50, avec des sollicitations mécaniques bien plus importantes sur les tuyauteries, la cuve et les systèmes de sûreté.
La différence est majeure d’un point de vue ingénierie puisque dans le cas présent on travaille dans un domaine thermodynamique beaucoup plus modéré, ce qui simplifie la conception des équipements, réduit les contraintes sur les matériaux et facilite l’intégration dans un environnement urbain.
La Finlande mise sur ce modèle pour rendre le nucléaire accessible aux utilities municipales, sans dépendre exclusivement des grands opérateurs nationaux.
Helsinki tourne définitivement la page du charbon
La fermeture de Salmisaari a déjà permis de réduire les émissions de la capitale d’environ 30 %. Helen vise la neutralité carbone en 2030 et une production énergétique totalement sans combustion d’ici 2040.
Le chauffage représente une part majeure des émissions en Europe du Nord. Le remplacer par une source stable et non carbonée peut aider à changer l’équation climatique.
Une stratégie d’avance réglementaire et industrielle
Le pilote sera exploité jusqu’en 2028. Pendant ce temps, Steady Energy travaille sur plusieurs projets en Finlande et explore des développements en Pologne, en Suède et en Corée du Sud. Un protocole d’accord a également été signé avec Fermi Energia pour étudier des déploiements en Allemagne.

La France en embuscade
Comme on pourrait s’en douter, la Finlande n’est pas la seule à se positionner sur ce marché des SMR « générateurs de chaleur » et son plus grand concurrent actuel n’est autre que notre pays : la France.
Calogena développe par exemple le CAL30, un module de 30 MW thermiques à basse pression et basse température, dont le dossier d’option de sûreté a été déposé auprès de l’ASN en 2024. Il devrait à terme chauffer environ 12 000 foyers par module via des réseaux urbains.
Plus ambitieux sur le plan industriel, Jimmy Energy mise sur un générateur thermique nucléaire compact inspiré des réacteurs à haute température (HTR), capable de fournir 10 à 60 MW thermiques et de produire de la chaleur jusqu’à 450 degrés Celsius pour l’industrie chimique, agroalimentaire ou papetière.
D’autres projets existent à travers le monde mais pour l’heure sur ce secteur des SMRs « générateurs de chaleur », on semble s’acheminer vers un affrontement France / Finlande inédit.
SMR exclusivement orientés chaleur (sans production d’électricité)
| Projet | Pays | Puissance thermique | Stade (février 2026) | Technologie | Marché cible |
| LDR-50 – Steady Energy | Finlande | 50 MW thermiques | Pilote en construction (6 MWth test) | Eau basse température / basse pression | Réseau de chaleur Helsinki |
| CAL30 – Calogena | France | 30 MW thermiques | Dossier d’option de sûreté déposé | Réacteur piscine basse pression | Réseaux urbains européens |
| Jimmy | France | 10 à 60 MW thermiques | Instruction réglementaire + base industrielle en construction | Réacteur haute température à hélium | Industrie lourde et réseaux de chaleur |
Sources :
- Calogena, « Révolution énergétique : un mini-réacteur nucléaire français pour chauffer le CEA de Cadarache », 31/03/2025
- Steady Energy, « Construction of Steady Energy’s small nuclear heating pilot plant begins in Helsinki », 16/02/2026
communiqué annonçant le lancement de la construction d’une centrale pilote de chauffage nucléaire en Finlande, avec un éclairage sur la technologie développée et les perspectives de déploiement urbain. - Jimmy Energy, site officiel



