Ce test de propulsion cryogénique de 145 secondes valide le nouveau statut acquis par l’Inde de puissance aérospatiale émergente avec le moteur Dhawan-III

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Une petite flamme bleue et une combustion stable pendant 145 secondes pour ce moteur indien.

Ce moteur fusée a brûlé pendant 145 secondes sans interruption… et alors me direz-vous ? En réalité pour l’Inde et les ingénieurs de Skyroot Aerospace, ce test marque un cap important : la start-up vient de démontrer qu’elle maîtrise désormais l’un des domaines les plus complexes de l’ingénierie spatiale : la propulsion cryogénique.

Le moteur testé s’appelle Dhawan-III et est destiné à équiper l’étage supérieur de la future fusée Vikram-II. Il concentre à lui seul plusieurs tendances majeures du NewSpace : impression 3D, carburant méthane et architecture pensée pour la réutilisation.

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Skyroot Aerospace franchit une étape clé avec le test réussi de son moteur-fusée Dhawan-III

Lors du test statique, le Dhawan-III a fonctionné pendant 145 secondes avec une combustion stable. La poussée atteint environ 2,3 kilonewtons au niveau de la mer et 2,8 kilonewtons dans le vide. Ce n’est pas un moteur conçu pour décoller du sol mais pour fournir la poussée finale qui permet de placer les satellites sur leur orbite.

La flamme observée pendant l’essai était bleu électrique avec ce que les ingénieurs appellent des « diamants de Mach », ces motifs lumineux apparaissent lorsque la pression des gaz s’équilibre parfaitement avec l’atmosphère. C’est donc un test « on-ne-peut-plus » réussi pour Skyroot Aerospace.

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Un moteur imprimé en 3D pour simplifier la fabrication

Le Dhawan-III est entièrement fabriqué en Inconel, un superalliage capable de résister à des températures extrêmement élevées tout en supportant des contraintes mécaniques importantes.

La particularité du moteur réside dans sa fabrication : une grande partie des composants est imprimée en 3D.

Dans une fusée classique, un injecteur peut contenir des centaines de petites pièces assemblées avec une précision extrême. L’impression 3D permet de produire un bloc unique beaucoup plus simple. Moins de pièces signifie moins d’assemblage, moins de risques de fuite, et des délais de production beaucoup plus courts.

C’est une évolution que plusieurs acteurs du spatial suivent de près, notamment en France avec des entreprises comme Latitude (voire plus bas).

Le choix du méthane change la donne

Autre particularité du Dhawan-III : il fonctionne avec un mélange méthane-oxygène liquide appelé methalox.

Pendant des décennies, les fusées ont utilisé principalement deux types de carburant : le kérosène ou l’hydrogène liquide. Le méthane représente une sorte de compromis.

Il brûle plus proprement que le kérosène et laisse moins de dépôts de carbone dans le moteur, cela facilite l’entretien et favorise la réutilisation des étages.

Pour les entreprises du NewSpace, cette caractéristique est essentielle : une fusée qui peut être réutilisée plusieurs fois réduit considérablement le coût des lancements !

Des anciens de l’ISRO à l’origine du projet

Skyroot Aerospace est une entreprise encore jeune. Elle a été fondée en 2018 par deux anciens ingénieurs de l’Indian Space Research Organisation (ISRO) : Pawan Kumar Chandana et Naga Bharath Daka.

Comme pour beaucoup d’entreprise du NewSpace, l’entreprise vise la capacité de lancer des satellites plus rapidement et à moindre coût que les programmes publics traditionnels.

La startup a franchi un cap important en novembre 2022 avec le lancement de Vikram-S, devenu la première fusée privée indienne à atteindre l’espace (le nom de la fusée rend hommage à Vikram Sarabhai, considéré comme le père du programme spatial indien).

Depuis, l’entreprise développe une famille de moteurs baptisée Dhawan, en référence au scientifique Satish Dhawan :

  • Dhawan-I a été testé en 2021,
  • Dhawan-II en 2023 avec une combustion de 200 secondes,
  • Dhawan-III représente aujourd’hui une version plus avancée, optimisée pour le méthane liquide.
Infinity Campus, une usine d’environ 18 500 m² destinée à produire des fusées en série pour  Skyroot Aerospace.
Infinity Campus, une usine d’environ 18 500 m² destinée à produire des fusées en série pour Skyroot Aerospace.

Une usine capable de produire une fusée par mois

Skyroot ne se contente pas de développer des moteurs. L’entreprise a également investi dans ses capacités industrielles.

Fin 2025, elle a inauguré son Infinity Campus, une usine d’environ 18 500 m² destinée à produire des fusées en série. Le site a été inauguré par le Premier ministre Narendra Modi.

L’installation complète un autre centre baptisé Max-Q Campus, dédié à la conception et au développement des véhicules.

Dans ces bâtiments, on trouve des machines de bobinage pour les structures composites, des centres d’usinage de haute précision et des salles blanches pour les composants sensibles.

Le site veut atteindre à terme une cadence d’une fusée par mois.

Le marché des petits satellites explose

Le marché des petits satellites connaît une croissance très rapide. En 2024, ce marché mondial était évalué à environ 6,4 milliards d’euros et les projections indiquent qu’il pourrait atteindre près de 28 milliards d’euros d’ici 2034.

Cette expansion s’explique par l’explosion du nombre de satellites en orbite. Selon les bases de données du secteur spatial, plus de 11 800 satellites étaient actifs dans l’espace en mars 2025, et environ 61,5 % d’entre eux appartiennent déjà à la catégorie des petits satellites, c’est-à-dire des engins pesant moins de 500 kilogrammes.

Dans ce contexte, les fusées légères trouvent naturellement leur place. La future Vikram-I pourra placer environ 550 kilogrammes en orbite basse, une capacité parfaitement adaptée à ces missions. Vikram-II et Vikram-III viseront ensuite des charges plus importantes grâce à des moteurs comme le Dhawan-III.

Skyroot se positionne ainsi sur un marché spatial en pleine expansion, où la demande de lancements rapides et dédiés pour petits satellites augmente chaque année.

Une nouvelle génération d’entreprises spatiales indiennes

Depuis quelques années, l’Inde encourage l’émergence d’un secteur spatial privé.

L’agence gouvernementale IN-SPACe coordonne cette ouverture et supervise les partenariats avec l’industrie.

Aujourd’hui, plus d’une centaine de startups spatiales sont enregistrées dans le pays.

L’agence publique ISRO continue de mener les grands programmes scientifiques et d’exploration tandis que les entreprises privées se concentrent sur les services commerciaux, notamment les lancements de satellites.

Dans ce contexte, le test réussi du Dhawan-III ne représente pas seulement une réussite technique pour une startup.

Il illustre l’émergence d’un véritable écosystème spatial privé en Inde, capable de concevoir des moteurs, des fusées et des infrastructures industrielles en moins d’une décennie.

Les prochains mois diront si cette dynamique se confirme lors des essais en vol de Vikram-II.

Avec ce nouveau « monstre » de 62 mètres de haut, le prochain vol d’Ariane le 12 février va marquer un vrai pas en avant du constructeur européen

Le NewSpace français s’agite lui aussi

Pendant que des entreprises comme Skyroot émergent en Inde, la France connaît elle aussi une vraie effervescence dans le spatial privé. Le secteur du NewSpace français compte désormais plus de 300 startups en 2026, soutenues par environ 1,2 milliard d’euros d’investissements cumulés depuis 2020, notamment via le programme France 2030 et les financements de Bpifrance.

Plusieurs entreprises commencent à structurer ce nouvel écosystème. Latitude, installée à Reims, développe la fusée Zephyr dont le premier vol orbital est visé autour de 2026. À Bordeaux, HyPrSpace mise sur un moteur hybride pour son lanceur Baguette One, avec 35 millions d’euros levés en 2025.
De son côté, The Exploration Company travaille sur des systèmes de propulsion au méthane pour le transport orbital, tandis qu’Orbital Factory prépare des usines robotisées en orbite destinées à fabriquer certains matériaux directement dans l’espace.

L’objectif affiché est ambitieux : capturer environ 10 % du marché mondial des lancements de petits satellites d’ici 2030, un segment estimé autour de 10 milliards d’euros. Derrière ces projets, le CNES et ArianeGroup jouent souvent un rôle d’accélérateur industriel. Cette nouvelle vague spatiale commence aussi à produire des effets concrets sur l’emploi avec près de 5 000 postes créés dans la filière ces dernières années.

Tableau récapitulatif des principaux acteurs du NewSpace français :

Entreprise Siège Domaine principal Financement récent Objectif / étape clé
Latitude Reims Lanceur orbital Zephyr 10 millions € (2023) Premier vol orbital prévu vers 2026
HyPrSpace Bordeaux Lanceur hybride Baguette One 35 millions € (2025) Test suborbital du moteur hybride
The Exploration Company Munich / France Propulsion méthane et transport orbital 95 millions € (2024) Mission Pioneer pour démonstration orbitale
Orbital Factory Toulouse Usines robotisées en orbite 12 millions € (2025) Démonstrateur industriel orbital
MaiaSpace Vernon Micro-lanceur réutilisable Filiale ArianeGroup Premier vol attendu fin décennie

 

Sources :

  • India Today, Skyroot Aerospace Tests Dhawan III Cryogenic Engine, Boosting India’s Private Space Ambitions (1er mars 2026),
    article d’actualité présentant les essais du moteur cryogénique Dhawan III.
  • Global Market Insights, Small Satellite Market Size, Share & Forecast (consulté en 2026),
    rapport de marché analysant la croissance rapide du secteur des petits satellites, portée par l’essor des constellations en orbite basse, la miniaturisation des technologies spatiales et l’augmentation des besoins en observation et connectivité.
  • European Spaceflight, French Rocket Builder HyPrSpace Secures €21 Million in New Funding (2026),
    article spécialisé annonçant une nouvelle levée de fonds pour la start-up française HyPrSpace, dédiée au développement de lanceurs hybrides destinés aux petits satellites, avec des précisions sur les investisseurs et les objectifs technologiques du programme.

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Eric GARLETTI
Eric GARLETTIhttps://www.eric-garletti.fr/
Je suis curieux, défenseur de l'environnement et assez geek au quotidien. De formation scientifique, j'ai complété ma formation par un master en marketing digital qui me permet d'aborder de très nombreux sujets. Depuis 2025 Ambassadeur du Spatial pour le CNES

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