L’Europe peut compter sur l’entreprise française Kalray qui lui permet d’exister sur le marché des semi-conducteurs avec ses puces IA

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Kalray, la puce française qui veut désengorger l’IA mondiale.

Si vous suivez l’actualité technologique, vous le savez : l’intelligence artificielle ne se résume plus à des modèles toujours plus puissants. Le vrai problème est ailleurs : les data centers étouffent sous les flux de données !

Aujourd’hui, même les GPU les plus avancés passent une partie de leur temps… à attendre. Attendre que les données arrivent depuis le stockage ou le réseau. Un goulot d’étranglement devenu critique à l’ère de l’IA générative.

Dans ce contexte, une entreprise française, Kalray, propose une approche différente. Moins visible que les géants du calcul, mais potentiellement déterminante : accélérer non pas le calcul, mais la circulation des données.

Lire aussi :

Et si le vrai problème de l’IA n’était pas le calcul ? Kalray a la réponse

Pour comprendre l’intérêt de Kalray, il faut introduire un troisième acteur dans l’architecture des data centers : la DPU (Data Processing Unit).

Jusqu’ici, tout reposait sur un duo classique :

  • le CPU, qui organise
  • le GPU, qui calcule

Mais entre les deux, un problème persiste : le transport et la gestion des données.

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La DPU vient précisément s’insérer à cet endroit. Elle prend en charge :

  • les flux réseau
  • les accès au stockage
  • la sécurité des données
  • la gestion des entrées/sorties

Grâce à la DPU, CPU et GPU sont libérés de tâches secondaires et peuvent se concentrer sur le calcul pur.

Kalray, fondée en 2008 comme « annexe » du CEA-Leti, fait partie des rares acteurs européens positionnés sur cette technologie. Un positionnement stratégique à l’heure où l’Europe cherche à exister dans la chaîne des semi-conducteurs.

MPPA : une architecture pensée pour le monde réel

Au cœur de la technologie Kalray, on trouve une architecture baptisée MPPA (Massively Parallel Processor Array).

Plutôt que quelques cœurs très puissants, Kalray utilise des centaines de petits cœurs capables de travailler en parallèle.

Ce choix technique répond à une réalité : dans les data centers, les tâches sont souvent fragmentées. Il faut traiter des milliers de flux simultanément, pas exécuter un seul calcul massif.

Concrètement, cela permet de réduire les latences, d’augmenter la bande passante et d’optimiser la consommation énergétique

Là où un GPU excelle dans le calcul brut et un FPGA dans des tâches spécifiques mais rigides, le MPPA propose un compromis : programmable, flexible et efficace.

Kalray met d’ailleurs en avant un argument clé dans un secteur sous pression énergétique :
un meilleur ratio performance / consommation, parfois multiplié par 3 à 5 selon les cas d’usage.

Architecture Mppa pour data centers

Des cartes prêtes à s’insérer dans les data centers

Contrairement à de nombreux acteurs deeptech, Kalray est passé « au réel » et propose déjà des cartes d’accélération directement intégrables dans les serveurs.

Trois produits structurent aujourd’hui son offre.

La carte d’accélération K200-LP™ de Kalray est une solution basée sur un processeur DPU MPPA® à 80 cœurs, conçue pour optimiser les performances des centres de données en déchargeant les charges de travail liées au stockage. Compatible avec les architectures NVMe et NVMe-oF, elle offre des débits élevés (jusqu’à 2×100 GbE) pour une consommation réduite (20 à 60 W), améliorant le rapport performance/énergie.Crédit : Kalray.
La carte d’accélération K200-LP™ de Kalray est une solution basée sur un processeur DPU MPPA® à 80 cœurs, conçue pour optimiser les performances des centres de données en déchargeant les charges de travail liées au stockage. Compatible avec les architectures NVMe et NVMe-oF, elle offre des débits élevés (jusqu’à 2×100 GbE) pour une consommation réduite (20 à 60 W), améliorant le rapport performance/énergie.
Crédit : Kalray.
  • La K200-LP cible le stockage haute performance. Elle permet de dépasser les 2 millions d’IOPS tout en optimisant les flux NVMe et NVMe-over-Fabric. Un point clé à l’heure où les bases de données explosent avec l’IA.
  • La K300 s’adresse aux réseaux télécoms et aux infrastructures cloud. Elle accélère le traitement des paquets et renforce la sécurité, deux enjeux majeurs dans les réseaux 5G.
  • Enfin, la TurboCard4 (TC4), fabriquée en France, concentre quatre DPU sur une seule carte. Elle vise des applications très concrètes : traitement vidéo, analyse d’images, drones ou encore indexation de données pour l’IA générative.

Dans tous les cas, l’objectif reste le même : mieux découper les tâches entre calcul, stockage et réseau, là où les architectures classiques montrent leurs limites.

Une technologie issue du monde militaire et industriel

L’ADN de Kalray vient des systèmes embarqués critiques.

L’entrée du ministère des Armées à son capital en 2020 illustre cette dimension. Les applications concernent notamment :

  • le traitement du signal en temps réel
  • les systèmes de guidage
  • les environnements nécessitant une fiabilité extrême

Ces contraintes ont façonné une technologie robuste, capable de fonctionner avec une latence minimale.

Par la suite, Kalray a étendu ses marchés à l’industrie 4.0, avec des usages dans l’analyse d’images industrielles ou contrôle de processus.

Aujourd’hui, ces mêmes briques technologiques trouvent naturellement leur place dans les data centers et l’IA.

Une restructuration pour se recentrer sur l’essentiel

Comme beaucoup de deeptech, Kalray a connu des phases financières plus complexes.

Jusqu’en 2024, l’entreprise évolue entre promesses technologiques et tensions économiques. Début 2025, un choix stratégique est acté : se recentrer sur le cœur de métier.

Kalray cède ainsi son activité Data Acceleration Platform à DataCore Software, pour un montant non communiqué mais qui pourrait avoisiner les 20 millions d’euros.

Le chiffre d’affaires global recule, passant de 24,8 millions d’euros à 16,5 millions d’euros mais le cœur d’activité autour des semi-conducteur progresse fortement, passant de 3,6 à 14,3 millions d’euros.

Une transformation nette : moins de diversification, plus de focalisation sur les DPU.

Une ambition européenne face aux géants américains

Dans un marché dominé par les États-Unis et l’Asie, Kalray joue une carte différente : celle de la souveraineté technologique.

Avec plus de 100 millions d’euros investis en R&D et plus de 30 familles de brevets, l’entreprise dispose d’une base technologique solide.

Ses investisseurs comme Safran, NXP ou encore Alliance Venture renforcent sa crédibilité industrielle.

Kalray se positionne aujourd’hui sur plusieurs marchés en forte croissance :

  • data centers IA
  • stockage haute performance
  • réseaux 5G
  • edge computing

Et bénéficie déjà d’une reconnaissance externe, notamment avec le statut de Leader and Fast Mover attribué par GigaOm.

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Nvidia parie sur une autre pépite française : la bataille des données s’intensifie

Dans cette course à la fluidité des données, Kalray n’est pas seule. Un autre acteur français attire désormais l’attention… et pas des moindres.

Nvidia, aujourd’hui l’entreprise la plus valorisée au monde, a récemment investi dans la startup grenobloise Scintil Photonics, lors d’une levée de fonds de 58 millions de dollars (environ 50 millions d’euros) en septembre 2025. Un signal très clair : le problème de l’IA moderne ne se limite plus à la puissance de calcul, mais à la circulation des données entre les puces. Là où Kalray optimise les flux à l’intérieur des serveurs avec ses DPU, Scintil s’attaque à un autre goulot d’étranglement : les interconnexions elles-mêmes. Sa technologie, basée sur la photonique sur silicium, remplace les connexions électriques par des flux lumineux capables de transporter plusieurs canaux de données simultanément. Résultat : des débits bien plus élevés, une latence réduite et une consommation énergétique en baisse.

Avec sa solution LEAF Light, déjà en phase de test chez plusieurs industriels, Scintil vise un marché estimé à 25 milliards d’euros d’ici 2034. En misant sur cette deeptech française, Nvidia ne fait pas un pari anecdotique : il anticipe une transformation profonde des architectures de data centers, où la lumière pourrait devenir aussi essentielle que le silicium lui-même.

Sources :

  • VIPress, Kalray cède son activité Data Acceleration Platform et étudie d’autres opportunités (12 mars 2026),
    https://vipress.net/kalray-cede-son-activite-data-acceleration-platform-et-etudie-dautres-opportunites /
    article d’actualité revenant sur la stratégie de recentrage de Kalray, marquée par la cession de son activité Data Acceleration Platform afin de se concentrer sur ses technologies clés et explorer de nouvelles opportunités de croissance.
  • Business Wire, Kalray Announces Strategic Developments Around Its Data Acceleration Platform (27 juin 2022),
    https://www.businesswire.com/news/home/20220627005585/fr
    communiqué officiel détaillant les orientations stratégiques de Kalray autour de sa plateforme d’accélération de données, incluant ses solutions matérielles et logicielles destinées aux infrastructures de calcul intensif.
  • Kalray, K200™ LP Card (consulté en 2026),
    https://www.kalrayinc.com/products/k200-lptm-card /
    page produit présentant la carte K200, une solution d’accélération basée sur les processeurs MPPA de Kalray, conçue pour optimiser le traitement et la circulation des données dans les data centers et les applications d’intelligence artificielle.

Image : La plateforme de développement MPPA®-DEV4 de Kalray est un environnement complet conçu pour créer et tester des applications sur le processeur MPPA®3-80 DPU Coolidge™. Elle combine un poste x86 sous Linux Ubuntu, une carte PCIe avec 80 cœurs de calcul et des interfaces 100 GbE, permettant de développer des solutions en IA, vision par ordinateur ou calcul intensif.

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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