Cette « grue des mers » vient de réussir l’exploit de planter un pieu de 1 670 tonnes qui en appellera de nombreux autres sur le champ d’éoliennes offshore Hornsea 3

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En mer du Nord, le chantier du plus grand parc éolien du monde vient de planter son premier pieu.

Le chantier du jour se trouve au milieu de la Mer du Nord et s’appelle Hornsea 3. Quand il entrera en service en 2027, ses 197 éoliennes alimenteront 3,3 millions de foyers britanniques.

Mais avant cela, il aura fallu planter un par un chacun des monopieux de 90 mètres de haut et le chantier vient de franchir un cap en plantant le premier grâce à un navire « pas tout à fait » comme les autres : le Wind Ally !

Lire aussi :

Le Royaume-Uni installe la première fondation monopieu complète du parc éolien offshore Hornsea 3 d’Ørsted

Le Wind Ally, la « grue des mers »

Un monopieu, c’est un cylindre d’acier creux que l’on plante dans le sédiment marin pour servir de fondation à une éolienne.

Sur Hornsea 3, on parle de monopieux « XXL », avec une taille de 90 mètres de haut pour 1 670 tonnes. Ces nouveaux modèles sont prévus pour soutenir les turbines nouvelle génération dont les pales peuvent dépasser 110 mètres de long pour une puissance de 15 mégawatts !

Avec ces deux nouveautés brevetées sur son réacteur à fusion nucléaire, le français Renaissance Fusion vise une mise en service d’ici 2035

Pour les poser, Cadeler, l’entreprise basée à Copenhague qui pilote l’opération, a fait construire un navire sur mesure baptisé Wind Ally. Livré le 25 septembre 2025, c’est le premier d’une nouvelle série baptisée A-class, dont deux sœurs jumelles, Wind Ace et Wind Apex, sont attendues d’ici 2027. Avec ces trois navires, Cadeler portera sa flotte à douze unités spécialisées, la plus capable au monde aujourd’hui pour transporter et installer des fondations et des turbines offshore.

 Chaque monopieu pèse 1 670 tonnes et mesure 90 mètres de long, soit l'équivalent du tonnage brut de 250 éléphants.
Chaque monopieu pèse 1 670 tonnes et mesure 90 mètres de long, soit l’équivalent du poids de 250 éléphants.

Le Wind Ally ne ressemble à rien d’autre. Sa coque, conçue spécifiquement pour les monopieux géants, peut embarquer jusqu’à six sets de fondations XXL par rotation. Il faut imaginer un mastodonte de plus de 5 600 m² de pont, capable de soulever plus de 3 300 tonnes en une seule fois, et qui peut héberger 130 personnes à bord. Sa conception hybride lui permet en plus de basculer rapidement entre installation de fondations et installation de turbines, ce qui en fait un outil polyvalent pour l’ensemble du cycle d’un parc éolien offshore.

Fiche technique du Wind Ally

Caractéristique Valeur
Classe A-class (jack-up de nouvelle génération)
Date de livraison 25 septembre 2025
Surface de pont 5 600 m²
Charge utile Plus de 18 000 tonnes
Capacité de levage Plus de 3 300 tonnes à 39 mètres
Capacité de transport Jusqu’à 6 sets de monopieux XXL par rotation
Équipage et techniciens Jusqu’à 130 personnes à bord
Polyvalence Conception hybride : conversion rapide entre installation de fondations et de turbines
Sœurs jumelles Wind Ace (second semestre 2026), Wind Apex (2027)

 

Ce que veulent dire 2,9 gigawatts

2,9 GW, c’est presque l’équivalent de deux réacteurs nucléaires de type EPR mis bout à bout (1,6 GW chacun) et c’est près du double de tout l’éolien offshore français actuellement en service. Saint-Nazaire, Saint-Brieuc, Fécamp réunis pèsent 1,5 GW. Hornsea 3, tout seul, jouera dans une autre catégorie.

Évidemment, une éolienne ne tourne pas à pleine puissance vingt-quatre heures sur vingt-quatre. C’est tout l’enjeu du facteur de charge, cette mesure qui dit quelle part de sa capacité maximale une installation produit réellement sur une année.

En 2024, le parc français de Saint-Nazaire affichait un facteur de charge de 31,6 %. C’est correct. C’est même très bon comparé aux 21,8 % de l’éolien terrestre français la même année, qui a beaucoup souffert d’un manque de vent dans le Nord et l’Ouest. La leçon est simple : en mer, ça souffle plus, ça souffle mieux, et ça souffle plus longtemps. C’est pour ça que les Britanniques foncent.

La mer du Nord, nouvelle centrale géante de l’Europe ?

Hornsea Zone (font fait partie Hornsea 3), s’étend sur 4 700 km² au large des côtes anglaises, ce qui correspond à peu près à la moitié de la Corse, transformée en parc éolien. Hornsea 1 et 2 tournent déjà depuis plusieurs années. Hornsea 3 est prévu en 2027 tandis que Hornsea 4 est à l’étude.

 

Crédit : hornseaproject3.co.uk
Crédit : hornseaproject3.co.uk

Si le Royaume-Uni se donne autant de mal, c’est qu’il flaire le filon, en plus d’être en ligne avec ses objectifs de neutralité carbone pour 2050 qui demande d’électrifier à peu près tout, du chauffage à la voiture.

Depuis l’invasion de l’Ukraine, qui a rappelé à toute l’Europe ce qu’il en coûte de dépendre du gaz russe, le « vieux continent » cherche à accroitre sa souveraineté dans l’énergie et des parcs comme Hornsea 3 auront clairement une place de choix dans ce nouveau dispositif (Brexit ou pas).

Ajoutons que Hornsea 3 doit créer jusqu’à 5 000 postes pendant le chantier, 1 200 postes pérennes ensuite, et le tout depuis Grimsby, sur la côte est anglaise. Une ville qui se rêve aujourd’hui en capitale européenne de l’éolien offshore, rien que ça !

La France, à la traîne mais c’est assez logique

Côté français, où on a clairement fait le choix du nucléaire depuis quelques années (sur lequel nous ne crachons pas chez Media24), le premier parc offshore tricolore, Saint-Nazaire, n’a été inauguré qu’en 2022. Cinq ans après les premiers parcs allemands, dix ans après les Britanniques. Saint-Brieuc et Fécamp ont suivi en 2024. Total : 1,5 GW, soit ce que le Royaume-Uni installait il y a quinze ans déjà (actuellement à 14 GW).

Si notre pays est historiquement plus à l’aise avec l’atome qu’avec le vent, cela n’empêche toutefois pas le gouvernement de viser 40 GW d’éolien offshore en 2050, dans un souci évident de diversification du mix énergétique de l’Hexagone.

Une crise de gigantisme dans l’éolien offshore

La Chine, qui installe désormais l’essentiel des nouvelles capacités éoliennes de la planète, développe déjà des turbines de 18 mégawatts unitaires, avec des rotors de 260 mètres de diamètre. CSSC a même présenté en 2024 un prototype de 22 MW à rotor de 284 mètres (en France, elles tournent autour de 3 à 5 MW) !

Les éoliennes en offshore en en proie à une crise de gigantisme et c’est finalement assez logique dans le sens où le marché se rationalise de plus en plus et cherche à faire baisser les coûts. Plus une turbine est puissante, moins on en a besoin par gigawatt installé, donc moins de fondations, moins de câbles, moins de maintenance. Hornsea 3 illustre parfaitement la logique : 197 monopieux pour 2,9 GW, soit des turbines d’environ 15 MW chacune. Avec des modèles de 5 MW, il aurait fallu près de 600 fondations pour le même résultat. À plusieurs dizaines de millions d’euros la fondation tout compris, on comprend dès lors l’enjeu.

Le revers de la médaille, c’est que les chaînes d’approvisionnement sont désormais sous tension. Les navires installateurs spécialisés se comptent sur les doigts d’une main dans le monde, les usines de production de monopieux tournent à plein régime, et les délais s’allongent partout.

Pour Cadeler, dont la flotte est l’une des rares capables d’enchaîner ce type d’opérations, Hornsea 3 est autant un test qu’une vitrine pour prouver au monde de quoi sont capables ces nouvelles « grues des mers » !

Avec ce contrat d’un milliard d’euros, la France vient remettre de l’ordre sur le plus grand fiasco de l’histoire du Royaume-Uni : le HS2

Top 10 mondial des parcs éoliens offshore

Classement par capacité installée ou en cours de construction (en mégawatts).

Rang Parc éolien offshore Pays Capacité Statut
1 Dogger Bank Royaume-Uni 3 600 MW En construction (mise en service complète prévue en 2026)
2 Hornsea 2 Royaume-Uni 1 300 MW En service
3 Hornsea 1 Royaume-Uni 1 200 MW En service
4 Hai Long Taïwan 1 022 MW En construction (mise en service 2026-2027)
5 Moray East Royaume-Uni 950 MW En service
6 Greater Changhua Taïwan 900 MW En construction (mise en service progressive)
7 Walney Extension / Walney Royaume-Uni 659 MW En service
8 London Array Royaume-Uni 630 MW En service
9 Gwynt y Môr Royaume-Uni 576 MW En service
10 Gode Wind Allemagne 574 MW En service

 

Sources :

  • Cadeler, Cadeler installs first complete monopile foundation at Ørsted’s Hornsea 3 offshore wind farm (14 mai 2026)
    https://www.cadeler.com/news/
    Communiqué officiel de l’entreprise danoise sur la pose de la première fondation et les navires spécialisés déployés.
  • TGS, Ørsted receives first Hornsea 3 monopiles (11 février 2026)
    https://www.tgs4c.com/news/%C3%B8rsted-receives-first-hornsea-3-monopiles-nid32492.html
    Article détaillant la réception des premiers monopieux du parc éolien offshore Hornsea 3 par Ørsted, une étape clé dans le développement du plus grand projet éolien en mer au monde.
  • EDF, « L’éolien en chiffres » (consulté en mai 2026)
    https://www.edf.fr/groupe-edf/comprendre/production/eolien/eolien-en-chiffres
    Présentation des principales données sur l’énergie éolienne, incluant capacités installées, production électrique et rôle de l’éolien dans le mix énergétique.

 

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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