La plus grande gare du monde fait 10 fois la superficie de la gare du Nord et a été construite en seulement 38 mois : Chongqing-Est

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Ouverte en juin 2025 après seulement 38 mois de travaux, la gare de Chongqing-Est est devenue la plus grande du monde.

Un colosse de 1,22 million de mètres carrés (plus de dix fois la surface de la gare du Nord, pourtant la plus grande d’Europe), bâti à une vitesse qui fait rêver en France, grâce à une armée de robots et à une montagne rasée.

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La gare de Chongqing-Est, une gare démesurée pour une ville démesurée

Comme tout bon Français (moi le premier), si on vous demande citer 3 ou quatre villes chinoises… passée Pékin et Shanghai, vous devriez normalement sêcher.

Pourtant, la Chine compte plus de 100 villes dont la population égale ou dépasse celle de Lyon ou Marseille !

Chongqing, dans le sud-ouest du pays, est l’une d’elle.

C’est une mégapole tentaculaire accrochée aux collines qui bordent le Yangtsé, et sa municipalité dépasse les 30 millions d’habitants (3 fois l’agglomération pariseinne). À cette échelle, une gare ordinaire ne fait pas le poids : il faut un hub capable d’absorber des marées humaines et de relier la ville à quatorze grandes métropoles, dont Pékin et Shanghai.

35 000 m², deux ans de chantier et 700 personnes mobilisées pour le nouveau bâtiment d’Airbus à Toulouse qui permettra d’accélérer les dernières étapes

C’est en ce sens qu’ été construit Chongqing-Est. Ce mastodonte, à presque 7 milliards d’euros, étale 1,22 million de mètres carrés sur huit niveaux, avec 29 voies et 15 quais de 400 mètres (destinées au mythique CR450, le « TGV chinois ») !

Pourtant, le plus impressionnant n’est presque pas sa taille mais la vitesse à laquelle cette méga-gare est sortie de terre.

Des robots plutôt que des bras

Trente-huit mois. Voilà le temps qu’il aura fallu, entre l’obtention des plans définitifs au printemps 2022 et l’inauguration de l’été 2025, pour ériger la plus grande gare de la planète.

Impossible à tenir avec les seuls bras des 40 000 ouvriers mobilisés. La Chine a donc appelé des renforts d’un genre nouveau : des robots pilotés par intelligence artificielle, chargés des besognes les plus lourdes et les plus risquées. Soudeurs automatisés, poseurs de panneaux de verre, niveleuses laser… D’après China Railway, ils ont triplé l’efficacité du chantier, divisé presque par deux les coûts de main-d’œuvre et fait chuter les accidents de 90 %.

Ces machines répondaient à un autre impératif : la chaleur. Chongqing porte le surnom peu enviable de « fournaise » de la Chine. Lors des étés 2022 et 2024, le thermomètre y a crevé les plafonds, dépassant les 40 degrés au point de clouer sur place les chantiers classiques en pleine journée. Un robot, lui, se moque de la canicule comme des heures supplémentaires.

Outre les 40 000 ouvriers déployés, le chantier de la gare de Chongqing-Est a nécessité une armée de robots.
Outre les 40 000 ouvriers déployés, le chantier de la gare de Chongqing-Est a nécessité une armée de robots.

Le trombinoscope d’un chantier automatisé

Chaque type de robot avait ainsi sa spécialité. Pour couler les immenses sols de la gare, des niveleuses laser, dopées au LiDAR (technologie de mesure à distance qui utilise des impulsions de lumière laser pour calculer des distances précises et créer des cartes en 3D de l’environnement) et connectées en 5G, ont étalé le béton trois fois plus vite que ne l’aurait fait une équipe humaine.

Pour habiller la façade, des bras robotisés ont manipulé et posé des panneaux de verre pesant jusqu’à 800 kilos chacun, d’ordinaire tâche à haut risque pour des ouvriers en hauteur.

Ailleurs, des robots soudeurs omnidirectionnels ont assemblé les canalisations d’acier avec une précision d’un dixième de millimètre, scellant un joint de gros tuyau en deux heures là où il en fallait trois fois plus manuellement.

À cela s’ajoutent des machines à ligaturer les armatures, des poseurs de carrelage et des drones qui inspectaient le chantier en continu. Le tout supervisé jour et nuit par un réseau de capteurs.

Trombinoscope du chantier automatisé de la gare de Chongqing-Est

Pendant ce temps, à l’Ouest…

Trente-huit mois pour la plus grande gare du monde… quand les grands projets ferroviaires occidentaux se comptent en décennies pour des sommes délirantes, la comparaison fait mal !

Au Royaume-Uni, la ligne à grande vitesse HS2 par exemple, a vu son coût gonfler au-delà de 100 milliards d’euros et son ouverture repoussée entre 2036 et 2039, pour un tracé amputé de ses branches nord. Aux États-Unis, le train à grande vitesse de Californie, approuvé en 2008, n’a toujours pas posé un seul rail commercial et pourrait manquer d’argent dès 2027.

Parfois, ce ne sont même pas les travaux qui traînent, mais la paperasse en amont. En Pologne, sur un tronçon du corridor Rail Baltica reliant Białystok à Ełk, il aura fallu plus de vingt mois rien que pour désigner l’entreprise chargée du chantier. Trois attributions, deux annulations par la chambre d’appel, et un feuilleton juridique déclenché par une amende environnementale de 3 500 euros oubliée dans un dossier : de quoi faire perdre plus d’un an avant même le premier coup de pelle. Pendant que Chongqing-Est sortait de terre, l’UE cherchait encore qui signerait le contrat d’une part importante de son plus grand chantier ferroviaire…

Le contraste est frappant, même s’il faut le nuancer : la Chine ne s’embarrasse ni des mêmes procédures d’expropriation, ni des mêmes recours juridiques, ni des mêmes contraintes démocratiques qui ralentissent, mais aussi encadrent, les chantiers occidentaux. Comparer les délais bruts, c’est comparer deux systèmes autant que deux savoir-faire.

Reste que sur le pur terrain de l’exécution, la démonstration est là. En misant sur l’automatisation, la Chine a prouvé qu’un bâtiment de la taille d’une petite ville pouvait sortir de terre en trois ans, canicule comprise.

La question que se posent désormais les ingénieurs du monde entier n’est plus de savoir si les robots ont leur place sur les chantiers, mais à quelle vitesse le reste de la planète saura les y installer.

Si vous voulez un rendu visuel du colosse, voilà une vidéo pour un avant-goût (désolé, elle est en anglais) :

Sources principales :

  • China Daily / Xinhua, A robot revolution in building the largest railway station in west China (4 juillet 2025)
    https://subsites.chinadaily.com.cn/Qiushi/2025-07/04/c_1105476.htm
    Types de robots employés, précision de soudure, gains d’efficacité et baisse des coûts et des accidents.
  • Matador Network, Chongqing East Railway Station Signals a New Future for Train Travel (mai 2026)
    https://matadornetwork.com/read/chongqing-east-rail-station/
    Panorama des robots de construction, dimensions de la gare et rôle dans le réseau à grande vitesse.
  • Convergence Now, Elon Musk Shares China’s Chongqing East Railway Station Built by Robots in Just 38 Months (mai 2026)

    China Built the World’s Largest Railway Station in 38 Months Using Robots


    Niveleuses laser, chaleur extrême du chantier, délai de 38 mois et écho médiatique international.

  • Railway Pro, HS2 costs and timelines sharply revised (20 mai 2026)
    https://www.railwaypro.com/wp/hs2-costs-and-timelines-sharply-revised/
    Éléments de comparaison sur la dérive des coûts et du calendrier du projet britannique HS2.

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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