Les Chinois prennent la place des États-Unis dans un club très fermé : celui des pays capables de prélever de la roche solide dans un bassin océanique profond

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La Chine vient de rejoindre le club ultra-fermé des pays capables d’arracher de la roche dure au fond des océans. 

Le 28 septembre 2026, le Mengxiang est rentré à Guangzhou après trente jours passés à forer le plancher de la mer de Chine méridionale.

Son butin était maigre puisqu’il n’a ramené qu’une carotte de basalte de 4,27 mètres… mais qu’on ne s’y trompe pas, cette carotte valait probablement autant qu’une tonne d’or aux yeux de la Chine puisqu’elle a été remontée par près de 5 000 mètres de fond !

Avec cet essai, Pékin devient ainsi le troisième pays au monde, après les États-Unis et le Japon, à savoir prélever de la roche solide dans un bassin océanique profond.

Hasard du calendrier, il le fait au moment précis où l’Amérique, pionnière de la discipline, range de son côté son navire au port.

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Forer par plusieurs kilomètres de profondeur pour aller mordre le socle rocheux du plancher océanique, et en remonter une carotte intacte, c’est un tout autre métier !

Sous le navire, il y a d’abord la colonne d’eau, immense. Puis les sédiments mous. Et tout en dessous, la croûte océanique, dure comme du béton armé. Il faut y descendre un train de tiges de plusieurs kilomètres, le maintenir stable malgré la houle et les courants, puis carotter proprement une roche que personne n’a jamais touchée.

Jusqu’ici, deux nations seulement maîtrisaient ce geste : les États-Unis, avec leur vénérable JOIDES Resolution, et le Japon, avec le géant Chikyu.

Le Chikyu - crédit : JAMSTEC
Le Chikyu – crédit : JAMSTEC

. En ramenant son basalte de la mer de Chine méridionale, la Chine s’invite à la même table. Cerise sur le gâteau, ses équipes affirment avoir dépassé, sur plusieurs opérations, un taux de récupération de 100 % (comprendre qu’elles ont remonté des carottes plus longues que la profondeur forée), en récupérant des morceaux tombés lors de passages précédents. De quoi hisser leur travail au niveau des standards du programme international IODP, la référence mondiale du forage scientifique.

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Trente jours d’essai en chiffres

Cette campagne n’était officiellement qu’un galop d’essai, destiné à tester le navire et ses systèmes en eaux ultra-profondes. Le Mengxiang a atteint une profondeur d’eau maximale de 4 929 mètres et s’est enfoncé de 864 mètres dans le fond, un record national pour un forage chinois mené en toute autonomie. Pendant l’opération, deux robots sous-marins téléguidés ont cumulé plus de 358 heures de travail par 4 000 mètres de fond, dont une plongée continue de 103 heures.

Une photo aérienne du Meng Xiang le 17 novembre 2024 - crédit : Xinhua
Une photo aérienne du Meng Xiang le 17 novembre 2024 – crédit : Xinhua
Caractéristique Mengxiang (« Rêve »)
Exploitant China Geological Survey (Guangzhou, Chine)
Mise en service 2024, premier navire de forage océanique entièrement conçu et construit en Chine
Capacité de forage maximale 11 000 m sous le plancher océanique (le plus puissant au monde)
Profondeur d’eau atteinte (essai) 4 929 m
Pénétration dans le fond (essai) 864,77 m
Échantillon phare Carotte de basalte de 4,27 m
Robots sous-marins 2 ROV, 358 h de travail à 4 000 m, dont une session continue de 103 h
Durée de la campagne 30 jours, mer de Chine méridionale
Objectif à terme Être le premier navire à atteindre le manteau terrestre

Que valent ces cailloux ? Beaucoup, pour qui étudie la Terre. Le basalte remonté vient directement de la croûte océanique, cette peau volcanique qui se fabrique en permanence le long des dorsales sous-marines. En analysant sa composition, les géologues remontent le fil de l’histoire de la mer de Chine méridionale : comment le bassin s’est ouvert, comment le plancher s’est écarté, à quel rythme. Autant d’archives minérales invisibles depuis la surface, et impossibles à lire autrement qu’en allant les chercher à la source.

L’Amérique quitte la partie, la Chine entre en scène

Le JOIDES Resolution, navire-atelier du forage scientifique américain pendant près de quarante ans, a effectué sa dernière campagne en 2024 avant d’être désarmé, faute de financement de la National Science Foundation. Avec lui, c’est tout le programme de forage océanique piloté par les États-Unis qui s’est éteint. La communauté scientifique américaine, orpheline, cherche encore comment poursuivre ses recherches sans navire dédié.

Résultat, la carte du forage des grands fonds s’est redessinée en quelques années. Le Japon garde son Chikyū, mastodonte capable de forer jusqu’à 7 000 mètres sous le fond et longtemps considéré comme le plus performant de la planète et la Chine débarque avec un navire flambant neuf, plus puissant encore sur le papier. Pendant que Washington remise son outil, Pékin en inaugure un, dans une mer qu’elle revendique presque intégralement. La science des océans profonds a discrètement changé de centre de gravité.

Un navire pensé et bâti de A à Z en Chine

Le Mengxiang, mis en service en 2024, est le premier bâtiment de forage océanique entièrement conçu et construit en CHine. Pour aller chercher son basalte, les équipes n’ont pas acheté de matériel étranger : elles ont employé des carottiers rotatifs développés maison, taillés pour la roche dure.

Dans un domaine longtemps dominé par les technologies américaines et japonaises, cette autonomie a une valeur politique évidente. Elle signifie qu’aucun embargo, aucune restriction à l’exportation ne peut clouer le Mengxiang à quai. Pour un pays qui a fait de la souveraineté technologique une obsession, du semi-conducteur à l’avion de ligne, savoir forer les grands fonds sans dépendre de personne compte au moins autant que la carotte elle-même.

Un chercheur de l’université de Pékin résume l’engin comme une pièce maîtresse de l’ambition chinoise de devenir une grande puissance maritime et scientifique.

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Cap sur le manteau, la dernière frontière

Reste le « vrai » rêve, celui qui a donné son nom au navire. Sous la croûte terrestre, à quelques kilomètres seulement sous les océans, commence le manteau, une couche de roche brûlante qui représente l’essentiel du volume de la planète. Personne n’y a jamais touché. Les Américains ont abandonné le projet Mohole dans les années 1960, faute d’argent et de technologie. Le Chikyū japonais a longtemps caressé le même objectif sans jamais l’atteindre. Le Mengxiang entend franchir la discontinuité de Mohorovičić pour remonter le premier échantillon de manteau jamais prélevé en forant.

Trente jours d’essai en mer de Chine, une carotte de basalte, quelques records nationaux : à l’échelle d’un tel projet, on n’en est qu’aux gammes. Le navire a démontré qu’il tenait la mer et savait carotter la roche dure. Le plus dur reste devant lui, le Mengxiang percera-t-il un jour la dernière membrane qui nous sépare des entrailles de la planète alors que deux générations d’ingénieurs américains et japonais s’y sont cassé les dents ? Suite au prochain épisode !

Sources principales : 

  • Xinhua, China’s deep-sea drilling capacity reaches 5,000-meter level (28 septembre 2026)
    https://english.news.cn/20260928/e90a1e3ff22d4f218704dc505854fa39/c.html
    Retour à Guangzhou, profondeur record, carotte de basalte et bilan officiel de la campagne.
  • South China Morning Post — Chinese deep-ocean drilling ship brings home ‘precious’ South China Sea samples (29 septembre 2026)
    https://www.scmp.com/news/china/science/article/3369137/chinese-deep-ocean-drilling-ship-brings-home-precious-south-china-sea-samples
    Présentation du Mengxiang, comparaison avec le Chikyū et le JOIDES Resolution, ambition d’atteindre le manteau.
  • Science (AAAS), With venerable ship’s retirement, U.S.-led ocean-drilling program ends (2024)
    https://www.science.org/content/article/venerable-ship-s-retirement-u-s-led-ocean-drilling-program-ends
    Désarmement du JOIDES Resolution et fin du programme de forage océanique piloté par les États-Unis.
  • Marine Insight, China’s Deep-Sea Drilling Ship Mengxiang Reaches Record Depth In South China Sea (septembre 2026)

    China’s Deep-Sea Drilling Ship Mengxiang Reaches Record Depth In South China Sea


    Détail des chiffres de la campagne et des systèmes de carottage du navire.

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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