Le projet Nisk continue de susciter les convoitises au Canada.
Le 5 octobre 2026, la société canadienne Power Metallic Mines a confié au cabinet d’ingénierie québécois BBA l’étude économique préliminaire de son projet Nisk, situé sur le territoire d’Eeyou Istchee Baie-James, dans le nord du Québec.
Attendue au premier semestre 2027, cette étude doit permettre de déterminer si une mine est envisageable, de quelle taille, à quel coût, et s’il faudra creuser à ciel ouvert, sous terre, ou les deux.
Études environnementales et dialogue avec les communautés avancent en parallèle pour un gisement qui pourrait être beaucoup plus précieux qu’initialement attendu.
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Lion, une pépite sortie de nulle part au milieu d’un gisement « banal » de nickel
Rien ne prédestinait ce coin de forêt boréale à faire parler de lui. La société y cherchait du nickel, dans un gisement connu depuis les années 1960 et baptisé Nisk Main. En mai 2023, à cinq kilomètres de là, un forage dit « sauvage » (un sondage tenté sur une cible sans certitude, ce que les géologues appellent un wildcat) a traversé un amas de sulfures métalliques bien plus riche que prévu, et d’une composition inhabituelle : du cuivre, mais aussi du palladium, du platine, de l’argent et même de l’or. Le gisement a été baptisé Lion.
Trois ans plus tard, le 8 septembre 2026, la première estimation officielle de ces ressources a donné la mesure de la trouvaille. Elle a été réalisée par le cabinet SGS selon la norme canadienne NI 43-101, la plus exigeante du secteur et semble voir dans le gisement :
- environ 4,75 millions de tonnes de roche minéralisée,
- une teneur moyenne de 3,9 % d’« équivalent cuivre »,
- plus de 85 % du tonnage classé « indiqué », la deuxième des trois catégories de confiance utilisées dans la profession,
- en métal, environ 80 500 tonnes de cuivre, 528 000 onces de platinoïdes et 72 000 onces d’or,
- près de 59 % du gisement situé assez près de la surface pour envisager une exploitation à ciel ouvert,
- en laboratoire, plus de 98 % du cuivre récupéré lors des essais de traitement du minerai.
Ces chiffres n’ont de sens qu’à l’échelle du secteur. Une grande mine de cuivre classique, en Amérique latine par exemple, exploite couramment des centaines de millions de tonnes de roche qui ne contiennent même pas 1 % de cuivre. Lion joue dans la catégorie exactement inverse : un petit volume, mais des teneurs exceptionnelles. Les géologues parlent de gisement « à haute teneur ».
Malgré son étiquette de projet cuivre, les métaux précieux pèsent, aux cours actuels, au moins autant que le métal rouge dans la valeur du contenu.
Ressources, réserves, équivalent cuivre : le lexique de la mine pour tout comprendre
Trois mots du communiqué méritent d’être traduits pour les néophytes.
Le premier est « ressource ». Il désigne une quantité de métal dont on estime raisonnablement qu’elle existe dans le sol, avec trois degrés de confiance : « inférée » quand les forages sont espacés et laissent place à l’interpolation, « indiquée » quand ils se resserrent assez pour donner confiance aux estimations, « mesurée » quand ils sont serrés au point que les chiffres deviennent précis.
Le deuxième mot est « réserve ». Il ne désigne, lui, que la part des ressources dont on a démontré qu’elle peut être extraite avec profit. Au Canada, il faut au moins une étude de préfaisabilité pour en déclarer. À ce stade, Lion ne compte donc aucune réserve, et sa rentabilité n’est pas démontrée.
Le troisième mot est l’« équivalent cuivre ». Un gisement polymétallique mélange plusieurs métaux, chacun avec son cours. Pour en donner une mesure unique, on convertit tous les autres métaux en kilos de cuivre « équivalents », à partir d’hypothèses de prix. C’est pratique pour comparer deux projets, mais cela écrase une information importante : la part de chaque métal dans la valeur totale. À Lion, l’exercice réserve une surprise. Sur les 3,86 % d’équivalent cuivre de la partie indiquée, le cuivre réel ne pèse que 1,68 %. Autrement dit, plus de la moitié de la valeur estimée vient du palladium, du platine, de l’or et de l’argent qu’il contient. Lion est présenté comme un projet cuivre, c’est en pratique un projet de métaux précieux adossé à du cuivre.
C’est à ce stade qu’intervient l’étude confiée à BBA. Elle comparera les méthodes d’extraction et de traitement du minerai, les infrastructures nécessaires, les coûts de construction et d’exploitation, avant d’esquisser une première estimation de rentabilité. Lion en sera la pièce maîtresse. Le rôle de Nisk Main sera tranché au vu de nouveaux tests métallurgiques attendus d’ici la fin de l’année. Aucune configuration n’est encore arrêtée, et l’entreprise dit viser un premier projet « de taille appropriée », sobre en capital comme en emprise au sol, quitte à grandir ensuite. Elle finance l’étude sur sa trésorerie.
| Étape | Ce qu’elle doit prouver | Où en est Lion |
|---|---|---|
| Découverte | Qu’il y a du métal là où on le cherche | Franchie en 2023 |
| Estimation des ressources | Combien de tonnes, à quelle teneur, avec quel degré de confiance | Première estimation publiée le 8 septembre 2026 |
| Étude économique préliminaire | Qu’une mine pourrait être rentable, à grands traits | Lancée en octobre 2026, attendue au premier semestre 2027 |
| Étude de préfaisabilité | Une méthode d’exploitation crédible, qui permet de déclarer des réserves | À venir |
| Étude de faisabilité | Des coûts et une rentabilité assez précis pour convaincre banques et investisseurs | À venir |
| Évaluation environnementale et permis | Que le projet est acceptable pour le milieu naturel et les communautés | Études de terrain lancées en 2026, deuxième saison à l’été 2027 |
| Construction et production | Que la mine tient ses promesses | Horizon non communiqué |
Des muons pour voir à travers la roche
Pour la suite de l’exploration, la société mise sur une technique venue de la physique des particules. Depuis le printemps, elle fait « radiographier » son sous-sol par le canadien Ideon Technologies, à l’aide de muons. Ces particules traversent la matière, mais une roche dense, comme un amas de sulfures métalliques, en arrête davantage. En plaçant des détecteurs au fond de forages et en comptant les muons qui arrivent de chaque direction, on reconstitue une carte en trois dimensions de la densité du sous-sol. C’est ce même principe qui a permis, en 2017, de repérer un grand vide inconnu dans la pyramide de Khéops.
À Lion, l’exercice sert d’abord de test à l’aveugle. Pendant six à huit mois, les détecteurs doivent retrouver un gisement que plus de cent forages ont déjà cartographié. Si la « signature » de Lion se confirme, Power Metallic compte s’en servir pour chercher d’autres amas en profondeur, sous 200 mètres, là où les méthodes de surface ne voient plus rien. La zone Tiger, à 700 mètres à l’est, et le couloir de 5,5 kilomètres qui sépare Lion de Nisk Main sont en ligne de mire. Les résultats ne sont pas encore publiés.
Le vrai compte à rebours
Le plus long commence maintenant. Selon une étude de S&P Global publiée en juillet 2026 sur 232 projets, il s’écoule en moyenne seize ans entre la découverte d’un gisement et sa mise en production. Pour les projets qui ont bouclé leurs études de faisabilité sans encore produire, ce délai approche désormais trente ans, en grande partie à cause des permis.
En Baie-James, l’autorisation passe par un régime particulier, issu de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois signée en 1975 avec les Cris et les Inuits. Son chapitre 22 impose une évaluation des impacts environnementaux et sociaux, examinée par des comités où siègent des représentants cris. Le projet se trouve non loin de la communauté crie de Nemaska, et le dialogue avec la Nation crie y pèsera autant que la géologie. Power Metallic a recruté pour cela un cabinet de Rouyn-Noranda, ethos, chargé de l’accompagner auprès des communautés, des entreprises locales et des élus.
Le cuivre est l’un des métaux que l’électrification réclame le plus, et les découvertes riches dans des pays occidentaux se font rares. Lion coche ces deux cases sur le papier. Sa découverte a pris quelques mois, sa première estimation trois ans. L’étude de 2027 dira s’il a l’étoffe d’une mine, mais la réponse définitive se comptera plus sûrement en décennie qu’en saisons de forage.
Sources :
- Power Metallic Mines (communiqué, via PR Newswire), Power Metallic Commences Preliminary Economic Assessment of the Nisk Project (5 octobre 2026)
https://www.prnewswire.com/news-releases/power-metallic-commences-preliminary-economic-assessment-of-the-nisk-project-302897840.html
Nomination de BBA, périmètre et calendrier de l’étude économique préliminaire, rôle de Nisk Main, études environnementales et recrutement d’ethos. - Mining.com.au, Power Metallic teams up to unlock Nisk’s discovery potential (mai 2026)
https://mining.com.au/power-metallic-teams-up-to-unlock-nisks-discovery-potential/
Déroulé du programme en deux temps, durée de six mois extensible à huit, calibration sur plus de cent forages. - S&P Global Market Intelligence, From Discovery to Delay: Mine Permitting Stretches Project Timelines (juillet 2026)
https://www.spglobal.com/market-intelligence/en/news-insights/research/2026/07/mine-permitting-delays-discovery-to-production-timeline
Délai moyen de seize ans entre découverte et production sur 232 projets, près de trente ans pour les projets non encore en production, rôle des permis. - Agence d’évaluation d’impact du Canada, Mine de lithium Baie-James – Étude d’impact sur l’environnement
https://iaac-aeic.gc.ca/050/documents/p80141/140960F.pdf
Régime du chapitre 22 de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois, comités d’évaluation et d’examen avec représentants cris (exemple d’un projet minier voisin).




