La plus grande mine de terres rares du monde avait encore une belle surprise pour la Chine en réserve

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Bayan Obo, la mine qui alimente le monde en aimants.

Publiée le 28 juillet 2026 dans la revue Science Advances, une étude signée par une équipe de géologues de l’Université de Pékin annonce qu’entre 500 et 1 000 mètres de profondeur, les ressources en terres rares de la mine de Bayan Obo pourraient être bien bien plus importantes que les 100 millions de tonnes précédemment estimées.

Une annonce qui est scruté par tous les pays industrialisés de la planète à un moment où Pékin serre la vis sur ses exportations depuis avril 2025 et met la pression sur toutes les industries occidentales.

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Les gisements profonds de Bayan Obo, la plus grosse mine du monde, pourraient contenir plusieurs fois les réserves déjà connues

C’est dans le nord de la Chine, dans la région autonome de Mongolie-Intérieure que se trouve Bayan Obo, la plus grande mine de terres rares au monde.

Un nom qui vient du mongol et qui veut dire « la Riche Sainte Montagne ». Rien que ça. Il faut dire que Bayan Obo contiendrait à elle seule environ 40 % des ressources mondiales en terres rares, et fournit un tiers de la production annuelle de la planète !

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Tout a commencé en 1927. Un géologue chinois, Ding Daoheng, tombe cette année-là sur d’énormes gisements de fer dans cette région oubliée de tous. Il faudra encore attendre huit ans, jusqu’en 1935, pour qu’un autre chercheur, He Zuolin, remarque dans ces roches deux minéraux bizarres qu’il ne connaît pas.

Aujourd’hui, on les appelle bastnäsite et monazite et ce sont les deux principaux porteurs de terres rares. L’exploitation commerciale ne démarre pour de bon qu’en 1957, quatre ans après la fondation du complexe sidérurgique de Baotou Steel (devenu depuis Baogang Group), qui pilote la mine depuis lors.

Le site s’étale aujourd’hui sur 48 kilomètres carrés répartis en trois zones distinctes, avec des veines qui plongent jusqu’à 1 750 mètres sous la surface.

Fiche technique de la mine de Bayan Obo

Ce que la nouvelle étude change vraiment

Yang Li et son équipe travaillent dans un domaine assez pointu qu’on appelle la géochimie isotopique.

En résumé, ils analysent la composition atomique des roches pour reconstituer leur histoire géologique, un peu comme un archéologue qui daterait un os au carbone 14. Plusieurs années passées sur les échantillons de Bayan Obo, à croiser datation radiométrique et modèles pétrographiques, pour arriver à une conclusion qui bouscule quatre-vingts ans de théories admises.

Contrairement à ce qu’on pensait, Bayan Obo ne s’est pas formé en une seule fois. Il y a en réalité eu deux vagues volcaniques, séparées par presque un milliard d’années. La première remonte à 1,32 milliard d’années, la seconde, de 430 millions d’années.

C’est la deuxième vague, la plus jeune, qui a fait toute la richesse de Bayan Obo. Elle a libéré d’énormes volumes de saumures et de fluides alcalins chargés en terres rares, qui se sont infiltrés dans les fractures des roches déjà en place pour y concentrer progressivement les précieux éléments sur des dizaines de millions d’années. Le tout à des profondeurs bien plus grandes que ce qu’on exploite aujourd’hui à ciel ouvert.

Dans les couches peu profondes, les ressources potentielles pourraient atteindre déjà 333 millions de tonnes, soit plus de trois fois les réserves prouvées jusqu’ici et ce n’est encore rien puisque entre 500 et 1 000 mètres de profondeur, les chercheurs estiment que les gisements pourraient contenir plusieurs fois cette quantité encore !

Autrement dit, on a exploité Bayan Obo pendant soixante-dix ans en ne grattant que la surface.

Les 17 terres rares

Petit passage pédagogique. Personne ou presque n’a jamais tenu une terre rare entre ses mains. Pourtant, on est tous entourés de ces éléments à chaque instant. Elles sont dans nos smartphones, nos écouteurs, nos voitures, nos ampoules à LED, nos scanners IRM, les moteurs des éoliennes, les missiles de croisière et les radars des avions de chasse. Bref, à peu près partout où la haute technologie moderne fait sa loi.

Les terres rares forment un groupe de 17 éléments chimiques : les 15 lanthanides (du lanthane au lutétium) plus le scandium et l’yttrium. Contrairement à ce que leur nom suggère, elles ne sont pas particulièrement rares dans la croûte terrestre (le cérium est même aussi abondant que le cuivre).

Le problème, c’est qu’elles se trouvent partout en très faible concentration. Ce qui les rend précieuses, ce sont les gisements exploitables économiquement, et surtout la capacité à les séparer les unes des autres et à les raffiner. Voici leurs principaux usages.

Les 17 terres rares

Le vrai enjeu n’est pas uniquement la géologie, mais le raffinage

Sur le plan géologique, l’étude confirme donc que la Chine dispose d’un avantage naturel qui est déjà considérable et qui ne se rattrapera probablement jamais (sauf découverte impromptue). Les gisements de Bayan Obo sont uniques au monde par leur concentration, et les nouvelles couches profondes, quoique plus difficile à exploiter et à raffiner, garantissent une  « rente » pour plusieurs générations encore.

La Chine possédait déjà environ 37 % à 48 % des réserves mondiales de terres rares avant la découverte et ce total devrait donc encore augmenter si les réserves de Bayan Obo sont confirmées.

Là où la Chine fait très fort, c’est qu’au de là des réserves potentielles, qui ferait déjà d’elle l’une des mégapuissances des terres rares sur la planète, le pays a pris une avance ENCORE plus considérable dans un autre domaine connexe : le raffinage.

C’est l’étape qui permet de séparer les 17 terres rares les unes des autres et à les purifier jusqu’à 99,9 % voire 99,99 % de pureté et 90 % des capacités mondiales de raffinage sont installées sur son territoire.

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Les pays occidentaux ont pris la mesure du problème depuis des années et tentent de réagir, comme l’UE le fait avec le Critical Raw Materials Act (qui va notamment appuyer le projet d’usine de Caremag dans le sud-ouest de la France) ou les Etats-Unis qui tentent de rapatrier une partie de ce savoir-faire sur leur territoire sous l’impulsion du Defense Production Act mais il faudra beaucoup de temps avant d’obtenir des résultats tangibles.

Période pendant laquelle la Chine continuera de dominer le monde des terres rares ans réel adversaire, avec des réserves qui semblent augmenter avec le temps et les découvertes.

Sources :

  • South China Morning Post, Bayan Obo deposit could hold vast rare earth reserves at depth, Peking University study finds
    https://www.scmp.com/news/china/science/article/3316815/bayan-obo-deep-reserves-rare-earths
    Reportage sur l’étude Peking University, chiffres 333 Mt zones peu profondes, méthodologie carbonatites et métasomatisme.
  • Baogang Group (China Northern Rare Earth), About Bayan Obo Deposit
    https://www.baogang.cn/en/about-baiyunebo
    Fiche technique officielle de la mine, historique 1927-1957, réserves 100 Mt terres rares, production annuelle 69 400 t d’oxydes.
  • CSIS (Center for Strategic and International Studies), Rare Earth Export Restrictions One Year Later (mai 2026)
    https://www.csis.org/analysis/rare-earth-export-restrictions-one-year-later
    Analyse détaillée des restrictions chinoises 2025-2026, dynamique occidentale, projet Lynas Texas 258 M$, contrats US-Australie octobre 2025.
  • AIE (Agence Internationale de l’Énergie), With new export controls on critical minerals, supply concentration risks become reality (octobre 2025)
    https://www.iea.org/commentaries/with-new-export-controls-on-critical-minerals-supply-concentration-risks-become-reality
    Analyse macroéconomique des restrictions du 9 octobre 2025, prix européens 6 fois supérieurs aux prix chinois.

Image de mise en avant : Image en fausses couleurs d’une mine de terres rares à Bayan Obo (Baiyunebo), dans la région autonome de Mongolie-Intérieure, en Chine, obtenue à partir de la combinaison d’images satellites capturées par ASTER – Crédit : NASA

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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