Les professionnels de la destruction de nids rapportent tous le même constat : cet automne, les frelons asiatiques ont fait moins de colonies qu’en 2025, mais celles qui ont tenu sont devenues des monstres.
Octobre est le mois des grandes révélations entomologiques du jardin. Les feuilles tombent, et la boule de papier mâché que personne n’avait vue depuis juillet apparaît soudain au bout d’une branche, parfois à quinze mètres du sol.
Chaque année, le Muséum national d’histoire naturelle rappelle la mécanique : une seule reine fondatrice en avril, un nid gros comme une orange, puis une croissance explosive jusqu’au pic d’automne. Jusque-là, rien de neuf.
Ce qui change en 2026, c’est le volume de ces nids d’octobre qui sont colossaux !
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L’été 2026 a trié les colonies et poussé la sélection naturelle à choisir les « monstres »
Météo-France l’a confirmé dans son bilan du 3 septembre : l’été 2026 est le plus chaud jamais enregistré dans l’Hexagone. 24 °C de moyenne nationale sur juin-juillet-août, soit 3,6 °C au-dessus de la normale, et cinquante-trois jours cumulés de vague de chaleur, répartis en trois épisodes successifs.
Pour une jeune colonie de frelons asiatiques, ce genre de bilan climatique vire au test de survie. Au printemps, chaque fondatrice part seule : elle construit son nid primaire, pond les premiers œufs, et doit tout faire sans ouvrières pour la relayer. Quand la canicule s’installe fin juin sur un nid qui ne compte encore qu’une poignée d’adultes, le ventilateur biologique ne suit pas. Les larves cuisent, le nid se vide.
J’estime de mon côté qu’une part significative des petites colonies lancées en 2026 n’a tout simplement pas franchi juillet.
Les survivantes ont eu le buffet pour elles seules
Celles qui ont tenu se sont réveillées, à la fin de l’été, dans un paysage inhabituel : beaucoup moins de nids rivaux dans un rayon de butinage de plusieurs kilomètres. Or un nid de frelon asiatique n’est pas végétarien. Les travaux du Muséum, repris dans une étude parue en 2021, chiffrent à un peu plus de 11 kilos la masse d’insectes qu’une colonie moyenne consomme en une saison, mouches et guêpes en tête, abeilles en bonne place.
Divisez la pression de prédation par deux dans un bocage, et chaque nid survivant trouve soudain deux fois plus de proies à portée. Plus de nourriture rapportée, c’est plus de larves nourries. Plus de larves, c’est plus d’ouvrières adultes trois semaines plus tard. Plus d’ouvrières, c’est encore plus de proies capturées. Le nid grossit de l’intérieur, dans un cercle vertueux pour la colonie et nettement moins pour les ruchers du coin.
Un isolant multicouche
Le second mécanisme est moins documenté mais je vais prendre mon expérience du terrain pour formuler une hypothèse.

L’enveloppe d’un nid de frelons est un isolant multicouche : les ouvrières prémâchent des fibres de bois, les étalent en feuilles de cellulose superposées, et piègent entre chaque couche une lame d’air. C’est cette enveloppe qui maintient le couvain à température constante, même quand la ruche se transforme en sauna.
Face à des semaines de chaleur continue, les ouvrières auraient tout bonnement rajouté des couches.
J’insiste cependant : il s’agit de ma propre vision avec le retour terrain depuis 21 ans que je fais ce métier, pas d’un résultat publié dans une revue. La coïncidence avec les étés les plus chauds, et avec des nids souvent plus volumineux que la moyenne, est cependant trop belle pour être laissée de côté.
Ce sera bien sûr à affiner encore l’été prochain.
L’effet accordéon : 2026 creux, 2027 pleine ?
À l’automne, un nid n’élève plus seulement des ouvrières : il bascule sur la production de sexués, mâles et futures fondatrices. Dans un gros nid, le Muséum documente jusqu’à 2 000 ouvrières présentes à ce moment-là et au moins 500 futures reines produites, probablement plus d’un millier dans les cas extrêmes. Ces fondatrices quittent le nid en octobre-novembre, s’accouplent, puis partent hiverner seules dans un abri. Au printemps, celles qui ont tenu lancent une nouvelle colonie.
Plus de fondatrices au départ peut donner plus de nids au printemps. À l’inverse, plus de nids, c’est le retour de la concurrence pour les emplacements, puis pour les proies. Chaque colonie finit la saison plus petite, avec moins de fondatrices et l’année d’après, le mouvement s’inverse.
J’appelle cela l’effet accordéon : la population ne grimpe pas en ligne droite, elle se comprime et se détend d’une année sur l’autre.
| Paramètre | Année « creuse » (2026) | Année « pleine » (2027 ?) |
|---|---|---|
| Nombre de nids | Moins nombreux | Plus nombreux |
| Nourriture disponible par nid | Abondante | Disputée |
| Taille des nids en octobre | Plus gros | Plus petits |
| Fondatrices produites par nid | Plus nombreuses | Moins nombreuses |
| Effet sur l’année suivante | Plus de nids possibles | Moins de nids possibles |
Deux réserves de taille, cependant. L’hiver trie très durement les fondatrices : sur les milliers qui quittent les nids d’un département en novembre, une infime partie survivra jusqu’au printemps pour lancer une colonie viable.
En outre, la météo de 2027 pèsera lourd. Un printemps froid et humide freinera les démarrages ; un nouvel été caniculaire répétera le scénario de 2026, avec une sélection brutale des petites colonies.

Ce que vous pouvez faire ces semaines-ci
Pour le jardinier qui découvre un nid dans son tilleul ou son chêne, la saison compte. Première règle, celle du Muséum : à moins de cinq mètres d’un nid actif, plus la colonie est grosse, plus le risque d’attaque collective grimpe. Pas de taille de haie, pas d’élagage, pas d’approche pour « voir de plus près ».
Deuxième règle : ne jamais tenter la destruction soi-même. Perche télescopique, jet d’eau, feu, insecticide ménager, tout cela a surtout permis de remplir des services d’urgence ces dix dernières années. Un intervenant certifié Certibiocide reste la seule option raisonnable.
Troisième règle, moins intuitive : faire traiter maintenant, et pas en janvier. En plein hiver, le nid est vide et ne sera jamais réoccupé… un traitement à ce moment-là ne sert à rien. En octobre et début novembre, en revanche, les futures reines sont encore à l’intérieur.
C’est la fenêtre à ne pas rater pour essayer de peser sur la population de l’an prochain.
Sources principales :
Météo-France, Bilan climatique de l’été 2026 (3 septembre 2026)
https://meteofrance.com/actualites-et-dossiers/actualites/climat/bilan-climatique-de-lete-2026
Chiffres officiels de l’été le plus chaud mesuré en France : 24 °C de moyenne, +3,6 °C d’anomalie, 53 jours de vague de chaleur.
Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), Frelon asiatique — Vespa velutina nigrithorax (fiche espèce et travaux de Q. Rome, C. Villemant et al., 2015 et 2021)
https://inpn.mnhn.fr/espece/cd_nom/433589
Référence française sur la biologie, le cycle annuel, la taille des colonies et la biomasse d’insectes prélevée par nid.



