Des déchets qui brillent : newcleo lance l’usine du futur dans l’Aube
Imaginez un site industriel flambant neuf, au cœur de la campagne de l’Aube, capable de transformer nos déchets nucléaires en nouveau carburant. C’est le projet très concret que la jeune entreprise franco-italienne newcleo vient de faire entrer dans la réalité avec l’achat d’un terrain dans l’Aube qui, dans quelques années, pourrait devenir l’un des sites nucléaires les plus innovants d’Europe.
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Un projet à 1,8 milliard d’euros dans l’Aube pour donner une nouvelle dynamique à l’atome
Pour décrire le projet en quelques mots, il s’agit ici d’une usine à MOX (“Mixed Oxide Fuel” dans la langue de Shakespeare et “mélange d’oxydes” chez nous) un carburant nucléaire un peu particulier, fabriqué à partir d’environ 8,5 % de plutonium récupéré dans les combustibles usés des centrales classiques et 91,5 % d’uranium appauvri.
Ce qu’on considérait hier comme un déchet embarrassant redevient donc, grâce à newcleo, une ressource stratégique. L’usine prévue dans l’Aube serait la première en Europe à fonctionner sur ce modèle modulaire. Trois lignes de production prévues d’ici 2040, 1 700 emplois directs à la clé, et une première phase de travaux lancée dès 2030.
Coût de l’opération : 1,8 milliard d’euros pour commencer, et jusqu’à 5 milliards si tout se déroule comme prévu. Ce n’est pas une paille, mais on parle ici de souveraineté énergétique, de recyclage nucléaire, et d’emplois locaux qualifiés. Ça se défend.
Le réacteur qui va avec : bienvenue à Chinon
Ce carburant MOX est destiné à alimenter un autre projet tout aussi ambitieux : le petit réacteur modulaire LFR-AS-30, développé par newcleo et prévu dans le secteur de Chinon, en Indre-et-Loire.
Ce réacteur de 30 MWe, pas plus gros qu’un gymnase, aurait plusieurs missions : produire de l’électricité, fournir des isotopes médicaux, et servir de plateforme de recherche. Un outil multifonctions, refroidi au plomb liquide, et conçu pour fonctionner avec des déchets nucléaires recyclés.
La boucle est bouclée. D’un côté l’usine à MOX, de l’autre le réacteur qui en a besoin. Une vraie économie circulaire du nucléaire !
Débat public, CNDP, terrain, emplois : tout se joue maintenant
Bien sûr, on ne construit pas une usine nucléaire entre deux vignes sans consulter les riverains. newcleo a donc saisi la Commission nationale du débat public (CNDP), en partenariat avec RTE, le gestionnaire du réseau électrique français.
L’idée étant d’organiser une grande concertation nationale, dans les communes concernées. Le président de la commission spéciale, Laurent Pavard, a été nommé début juillet. À lui de coordonner le débat sur l’implantation du réacteur de Chinon et de l’usine de Pont-sur-Seine.
Au programme : environnement, sécurité, logement, mobilité, emploi… Les habitants seront associés à chaque étape, dans un dialogue transparent qui n’est plus optionnel.
Des élus enthousiastes (et un brin fiers)
C’est rare dans le nucléaire, alors autant le souligner : les élus locaux soutiennent le projet à fond.
À commencer par Philippe Pichery, président du Département de l’Aube : “C’est une excellente nouvelle. Notre territoire attire les projets industriels d’avenir.” Même son de cloche du côté de François Baroin, président de Troyes Champagne Métropole, qui parle de “projet historique”. Et de Raphaële Lanthiez, présidente de la communauté de communes du Nogentais, qui y voit une “opportunité audacieuse”.
Tout ce petit monde croit en l’idée que le nucléaire nouvelle génération peut créer des emplois durables, développer des compétences locales, et redorer le blason d’un secteur qui ne demande qu’à se réinventer.
Un pari industriel, énergétique… et politique
Pour Stefano Buono, le patron de newcleo, le message est limpide : “La France a tout pour bâtir une vraie économie circulaire du nucléaire.” Autrement dit : plutôt que de dépendre de l’uranium kazakh ou canadien, pourquoi ne pas utiliser ce qu’on a déjà chez nous ?
Son entreprise veut démontrer que le nucléaire du futur peut être propre, modulaire, sûr, et capable de transformer l’héritage du passé en énergie utile.
Une manière très pragmatique de répondre aux défis du climat, de l’indépendance énergétique et… des montagnes de déchets qu’on accumule depuis 50 ans.
Source : Communiqué de presse de newcleo
L urbanisation et destruction des paysages naturels
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