WindRunner, l’avion cargo titanesque pensé pour les éoliennes… et bientôt pour la défense
Un avion plus long qu’un terrain de foot, capable d’atterrir sur une piste en terre battue avec un radar mobile ou un hélico Chinook à bord ? Bienvenue dans le monde du WindRunner, un projet hors norme venu du Colorado. D’abord conçu pour transporter les composants géants des éoliennes terrestres, il attire désormais l’œil des militaires américains pour sa capacité à répondre à des crises là où les infrastructures sont absentes.
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Le plus grand avion du monde aura un volume intérieur supérieur à 9 Boeing 747
Depuis la disparition du mythique Antonov An-225 Mriya, détruit à Hostomel en 2022, le fret de très gros volume est orphelin. Les An-124 d’Antonov assurent une partie de la relève depuis l’Allemagne, mais la flotte disponible est bien moindre qu’avant-guerre. Airbus, de son côté, a mis fin en janvier 2025 à son service Beluga Transport, limitant encore les solutions pour les charges dites “hors gabarit”.
Dans ce contexte, les armées, les ONG et les industries lourdes se retrouvent face à un goulet logistique : comment acheminer rapidement des charges colossales sans avoir besoin d’un aéroport international tout équipé ?
Un concept né dans l’industrie éolienne
C’est là que le WindRunner entre en scène. À l’origine, Radia,une entreprise américaine installée à Boulder, voulait simplement résoudre un problème très concret : transporter des pales et des nacelles d’éoliennes de nouvelle génération, longues de plus de 100 mètres, vers des sites reculés ou accidentés.
Résultat : un appareil 109 mètres de long, avec une envergure de 80 mètres et un volume intérieur équivalent à plus de 9 Boeing 747-8F. Une sorte de camion à ailes, prêt à livrer ce que personne d’autre ne peut transporter sans le démonter.
C’est cette architecture démesurée qui attire désormais l’attention du Pentagone, intéressé par la capacité du WindRunner à déposer en un temps record du matériel militaire imposant dans des zones sans piste asphaltée.
Un avion pensé pour atterrir là où les autres s’arrêtent
Contrairement aux avions de transport classiques, le WindRunner est conçu pour se poser sur des pistes en terre battue, courtes, non préparées, comme on en trouve dans les campagnes reculées, les zones sinistrées ou les bases avancées. L’objectif : livrer sans dépendre d’une grande infrastructure aéroportuaire.
Selon Mark Lundstrom, PDG de Radia, l’appareil pourra opérer depuis la plupart des petits aéroports communautaires, à condition d’avoir l’espace nécessaire pour sa gigantesque envergure. Une caractéristique rare, voire inédite à cette échelle.
Un projet encore sur le papier, mais très encadré
Attention toutefois : le WindRunner n’a pas encore volé. Il s’agit pour l’instant d’un projet en développement, dont la mise en service est prévue avant 2030. Radia a déjà sécurisé 70 à 80 % de sa chaîne d’approvisionnement, en grande partie européenne, et utilise un maximum de composants déjà produits en série, pour limiter les risques techniques.
Pas de prototype prévu : Radia prévoit de passer directement aux modèles de certification, avec un processus de validation en cours auprès de la FAA. L’entreprise a même recruté un ancien cadre de l’agence pour superviser cette étape critique.
WindRunner face aux géants actuels et à venir du fret aérien
Modèle | Radia WindRunner (projet) | Antonov An-124 | Boeing 747-8F | Airbus A350F |
Longueur | 109 m | 69,1 m | 76,3 m | 70,8 m |
Envergure | 80 m | 73,3 m | 68,4 m | 64,8 m |
Volume intérieur | ~7 702 m³ | ~1 050 m³ | ~850 m³ | ~725 m³ (estimation) |
Charge utile estimée | ~150 tonnes (objectif) | 150 tonnes | 140 tonnes | 109 tonnes |
Accès piste non préparée | Oui (objectif) | Non | Non | Non |
Roll-on/Roll-off | Oui (sans démontage) | Partiellement | Non | Non |
Vocation initiale | Éolien puis militaire & industriel | Militaire, civil | Civil, logistique lourde | Cargo civil moderne |
Matériau structure soute | Standard + options composites | Aluminium | Aluminium | Fuselage et porte en composite |
Mise en service prévue | Avant 2030 | En service | En service | 2026 |
Du vent dans les ailes… et des ambitions militaires
Radia ne vendra pas ses avions : elle compte les opérer elle-même, comme un service de transport XXL clé en main. Et les clients ne manquent pas : défense, énergies renouvelables, industrie lourde.
Le département américain de la Défense a déjà signé un accord CRADA avec Radia pour étudier comment intégrer le WindRunner dans ses opérations logistiques. Au-delà de la puissance symbolique, ce projet reflète une réalité : les missions militaires modernes ont besoin de solutions flexibles, mobiles et hors norme.
Alors que Boeing domine encore près de 90 % du marché du fret aérien lourd, et qu’Airbus tente de revenir dans la course avec l’A350F, de nouveaux acteurs comme Radia, ou demain COMAC en Chine, ou Embraer au Brésil, pourraient rebattre les cartes. Si le WindRunner prend son envol, il pourrait devenir l’emblème d’un nouveau chapitre logistique, à la croisée de l’industrie verte, de la projection militaire et du transport exceptionnel mondialisé.
Source : Radia
J’ étais resté au C5A super galaxie… énorme à l’époque que j’avais pu voir en mes années 68/69/70 passées chez Canadair ”boss du département métal bonding”’ .