Ce pays va prendre la tête de la course énergétique la plus importante du siècle devant la France et devenir le premier d’Europe à construire un SMR

Date:

Et si l’avenir de l’Europe de l’énergie se jouait à Włocławek ?

Dans une région où le charbon noircit encore les fenêtres, un petit réacteur va bientôt éclairer tout un continent (enfin, façon de parler). À Włocławek, la Pologne construit le tout premier mini-réacteur nucléaire d’Europe (ou SMR pour Small Modular Reactor chez nos amis anglo-saxons). Il fera 300 mégawatts, le tout dans un mouchoir de poche.

Lire aussi :

La Pologne va créer le premier mini-réacteur nucléaire modulaire d’Europe

C’est une ville polonaise comme tant d’autres. Des cheminées, des briques rouges, un peu de brouillard l’hiver et une rivière qui passe. Mais depuis quelques jours, Włocławek est en train d’entrer dans les livres d’histoire.

C’est ici que l’Europe attend sa première centrale nucléaire “de poche” sous le nom de BWRX-300.

La France l’avait imaginé il y a des années mais c’est bien la Chine qui est en train de construire le premier réacteur nucléaire rapide refroidi au sodium

Le nucléaire nouvelle génération, en kit

À l’origine de ce chantier un peu fou, on trouve deux géants : l’énergéticien polonais Orlen et le chimiste Synthos, un industriel du pays. Ensemble, ils ont créé une coentreprise, baptisée OSGE avec leur but d’assembler un réacteur de nouvelle génération développé par GE Vernova Hitachi, aux États-Unis. Le genre de partenariat où chacun apporte son cerveau et ses outils.

Le réacteur, lui, tient presque dans un stade de foot. Il est entièrement conçu pour être monté en modules, préfabriqués ailleurs, puis livrés par camion. Pas besoin de gigantesques grues ni d’années de terrassement. Une centrale comme celle-ci peut être opérationnelle en quatre à cinq ans, un battement cil dans le milieu du nucléaire !

Adieu charbon, bonjour atomes

La Pologne a un vrai problème à régler : son addiction au charbon. En 2019, elle représentait 87 % de la consommation de charbon domestique de toute l’Union européenne. Une statistique qui pique, surtout quand on parle de réchauffement climatique.

Alors Varsovie a sorti l’artillerie : 24 petits réacteurs prévus sur six sites différents, dont Włocławek, Nowa Huta ou Dąbrowa Górnicza. Rien n’est encore acté, mais des décisions de principe ont été prises. Les études environnementales sont lancées. Włocławek sera le tout premier à sortir du béton.

Un Meccano nucléaire qui change la donne

Le BWRX-300 n’est pas un prototype. C’est le descendant direct du réacteur à eau bouillante ESBWR, déjà validé par les autorités américaines. Il utilise un refroidissement naturel, sans pompe électrique. En cas de panne, il s’éteint tout seul, grâce à la simple gravité et à des vannes passives. Pas besoin de générateurs diesel de secours qui tombent en panne le jour J.

Il tourne avec du combustible standard, déjà produit en quantité : l’uranium GNF2. Bref, une technologie largement maitrisée. On l’assemble plus vite, mieux, et sans faire sauter la banque.

Le BWRX-300 de GE Vernova Hitachi sera implanté également au Canada sur le site de Darlington.
Le BWRX-300 de GE Vernova Hitachi sera implanté également au Canada sur le site de Darlington.

L’Europe regarde, la Pologne avance

Ce mini-réacteur n’est pas qu’un coup d’essai pour Varsovie. Il est aussi un signal fort envoyé à Bruxelles et à Berlin. Pendant que certains discutent d’hydrogène ou de renouvelables intermittents, la Pologne fonce vers une solution bas carbone, pilotable, et nationale.

Le Canada a lui aussi adopté le même réacteur pour son site de Darlington, en Ontario. La construction y a commencé au printemps. Włocławek devient donc le jumeau européen de ce projet canadien. Si ça fonctionne là-bas, ça devrait rouler ici aussi.

Ce géant français de l’énergie crée la plus grande usine du monde dédiée à un gaz indispensable aux puces IA pour anticiper la croissance folle du marché

Et la France dans tout ça ? Toujours dans les cartons, mais plus pour longtemps

En regardant vers l’Est, on pourrait croire que la France a raté le train du “petit” nucléaire. Et pourtant, l’Hexagone fourbit ses armes. Les projets SMR se multiplient, avec un objectif très clair : rester dans la course, sans renier l’héritage de l’atome tricolore.

Le projet phare ? NUWARD, contraction de “NUclear forWARD”, porté par EDF, le CEA, TechnicAtome et Naval Group. On parle ici d’un réacteur de 340 mégawatts, soit deux modules de 170 MW chacun. La première unité devrait voir le jour à l’horizon 2030 sur un site encore à désigner. Plusieurs régions, comme la Bourgogne ou l’Occitanie, sont candidates.

En embuscade, un acteur étonnant agite les lignes : Newcleo. Cette start-up italo-française veut remettre au goût du jour les réacteur rapide refroidi au plomb, une technologie très prometteuse de génération IV , capable de recycler une partie des déchets nucléaires existants, en particulier le plutonium issu des combustibles usés (on parle d’ailleurs dans ce cas d’AMR pour Advanced Modular Reactor). L’ambition ? Construire dès 2030 un prototype de 30 MW à Marcoule, puis un réacteur de 200 MW à l’horizon 2035.

ewcleo a déjà levé plus de 400 millions d’euros, dont 100 millions en France en 2024.

En parallèle, d’autres concepts émergent, comme le SMR à sels fondus de Naarea, ou les micro-réacteurs de Jimmy Energy, pensés pour les data centers ou les usines isolées.

On est encore au stade du prototype, certes. Mais l’écosystème SMR français est en train de s’étoffer sérieusement.

Panorama des projets français de petits réacteurs :

Nom du projet Puissance Type de réacteur Acteurs principaux Mise en service envisagée
NUWARD 340 MW Réacteur à eau pressurisée EDF, CEA, TechnicAtome, Naval Group vers 2030
Jimmy Energy 5–20 MW Réacteur à eau sous pression Start-up Jimmy entre 2028 et 2030
Naarea d-SMR 40 MW Réacteur à sels fondus Naarea + CEA + Bpifrance après 2032
Newcleo 30–200 MW Réacteur rapide au plomb Newcleo (Italie–Royaume-Uni–France) 2030 (démo) – 2035 (indus)
Framatome AMR ~100 MW Réacteur avancé (type TBA) Framatome + partenaires européens en étude

 

Le gros enjeu ? Passer de la R&D aux premiers chantiers. Car sur le terrain, la Pologne, le Canada et même la Roumanie risquent bien de doubler la France dans la file d’attente. Or, dans cette course, le premier qui construira un SMR prendra une option pour un marché considérable de plusieurs milliards d’euros d’ici 10 ans.

Image : Basilique cathédrale de l’Assomption de la Vierge Marie à Włocławek, où sera construit le réacteur

Source : https://www.orlen.pl/en/about-the-company/media/press-releases/current/2025/August-2025/orlen-and-synthos-reach-agreement-paving-the-way-for-polands-first-smr-nuclear-power-plant-in-wloclawek

Notre site est un média approuvé par Google Actualité.

Ajoutez Media24.fr dans votre liste de favoris pour ne manquer aucune news !

Nous rejoindre en un clic
Suivre-Media24.fr

Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Articles connexes

Grâce à la France, on en sait enfin un peu plus sur ce qui a “tué” Mars

Une étrange révélation venue des profondeurs de la planète rouge. Une planète figée dans le temps : pas de...

Pour la première fois le Japon fait appel à une expertise étrangère pour ce type de chantier avec ce monstre de 2400 tonnes destiné...

Une taupe géante américaine perce les entrailles de Hiroshima. Avec ses 13,67 mètres de diamètre et ses 2 400...

109 mètres de long et 9 fois plus volumineux qu’un Boeing 747 ! Ce monstre “volant” était destiné à transporter des éoliennes mais pourrait...

WindRunner, l’avion cargo titanesque pensé pour les éoliennes… et bientôt pour la défense Un avion plus long qu’un terrain...

La Chine éblouit encore une fois le monde de l’énergie en atteignant une pureté exceptionnelle de 99,99997% pour cet élément stratégique : l’hélium

La Chine atteint un niveau de pureté exceptionnel de 99,99997 % pour de l'hélium. La dernière découverte chinoise ne...