Un bouclier spatial en composite pour affronter les balles perdues de l’orbite basse.
À plus de 28 000 km/h, même une écaille de peinture peut devenir une balle. En orbite basse, chaque morceau de débris non suivi devient une menace potentielle pour les satellites. Jusqu’ici, les solutions de protection ressemblaient davantage à des blindages de chars qu’à des armures intelligentes.
La société américaine Atomic-6, basée en Géorgie, vient cependant d’annoncer une innovation qui pourrait bien changer la donne : des tuiles composites « Space Armor » capables de résister à des impacts hypersoniques, tout en laissant passer les signaux radio.
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Atomic-6 a une solution pour lutter contre le champ de mines invisible en orbite autour de la Terre
En 2024, une étude des Nations Unies estimait à 130 millions le nombre de fragments de débris en orbite autour de la Terre. Trop petits pour être suivis, trop rapides pour être ignorés. Ces projectiles invisibles circulent à des vitesses allant jusqu’à 7 km/s, soit environ 25 000 km/h. À cette vitesse, un fragment de 3 mm peut transpercer un satellite, percer une batterie, compromettre un panneau solaire… ou pire.
Et ce n’est qu’un début. D’ici à 2030, plus de 100 000 satellites devraient être lancés, contre 10 000 environ aujourd’hui. L’orbite basse va devenir le périphérique aux heures de pointe, sans frein ni clignotant. Il fallait donc une solution plus fine, plus légère et plus durable.
La vieille garde : efficace, lourde, opaque
Jusqu’ici, la référence s’appelait bouclier de Whipple. Un concept des années 1940, composé de plusieurs couches d’aluminium séparées par des espaces vides. Lors d’un impact, le premier blindage pulvérise le projectile, et les couches suivantes absorbent l’énergie.
Sauf que ces boucliers sont lourds, encombrants, coûteux… et paradoxalement, ils peuvent eux-mêmes générer des débris secondaires. Cerise sur le satellite : leur structure métallique bloque les ondes radio. Impossible donc de les installer au-dessus d’une antenne sans risquer de couper la communication.

La promesse d’Atomic-6 : la tuile qui sauve
Les ingénieurs d’Atomic-6 ont donc conçu une tuile composite, autocollante, fine et résistante, qu’on peut poser à peu près partout sur un satellite. Leur secret ? Un matériau polymère exclusif, dont la composition exacte reste confidentielle, mais qui combine fibres techniques et résine optimisée.
Les versions standard mesurent 30 cm par 30 cm, pour 2,5 cm d’épaisseur. Résistance annoncée : plus de 7 km/s, soit 25 200 km/h, sans fragmentation secondaire. En clair, l’impact est absorbé, mais ne se transforme pas en nuage de shrapnels flottants.
Il existe deux variantes :
- Un modèle léger, pour les débris jusqu’à 3 mm (plus de 90 % des menaces connues),
- Un modèle renforcé, capable d’encaisser des projectiles jusqu’à 12,5 mm, soit l’équivalent d’une bille en acier lancée à la vitesse d’un obus.

La transparence radio : le vrai superpouvoir
C’est là que la magie opère. Contrairement aux blindages classiques, le composite d’Atomic-6 est perméable aux ondes RF. Cela signifie que ces tuiles peuvent être posées directement sur les antennes, les émetteurs ou les capteurs, sans bloquer les communications.
Fini le dilemme entre protéger ou transmettre. « Vous n’avez plus à choisir entre blindage et mission », résume Trevor Smith, PDG d’Atomic-6. Résultat : un satellite protégé sans perte fonctionnelle, et des habitats spatiaux qui peuvent garder contact tout en restant à l’abri.
Et pour les cas particuliers (missions secrètes, brouillage, protection EM), une version radio-opaque est aussi proposée. À chacun sa coque.
Une réponse aux débris et aux conflits
Si l’annonce tombe à point nommé, ce n’est pas un hasard. Les tensions géopolitiques montent en orbite. Des satellites suspectés d’espionnage se rapprochent. Des tests d’armes antisatellites ont déjà pulvérisé plusieurs objets. L’espace devient un théâtre stratégique, où la protection passive des engins devient une assurance vie technologique.
Dans ce contexte, limiter les collisions, réduire la génération de nouveaux débris, renforcer la résilience des satellites, ne sont plus des options mais de nouveaux standards à établir.
Et en réduisant le risque d’effet domino, aussi connu sous le nom de syndrome de Kessler, les tuiles d’Atomic-6 s’inscrivent dans une logique de durabilité spatiale.
Une petite tuile, une grande idée.
Source : Atomic-6



