Korean Air ne s’y est pas trompé. Le transporteur sud-coréen vient d’opérer un virage stratégique : convertir sept commandes d’A350-1000 en version fret, l’A350F. Ce choix modifie en profondeur la composition de sa flotte et envoie un signal fort au secteur.
Pourquoi un tel changement ? Parce que l’A350F n’est pas qu’une variante cargo. C’est un appareil entièrement pensé pour les contraintes logistiques modernes. Il se distingue par une conception structurelle et aérodynamique optimisée pour le fret, loin d’une simple adaptation d’un modèle passager.
Une conception dédiée au transport cargo
Ce n’est pas une soute aménagée à la va-vite. L’A350F est équipé de la plus grande porte cargo de pont principal de l’industrie. L’accès est pensé pour accueillir sans perte d’espace les palettes et conteneurs standardisés, sans reconfiguration intermédiaire.
Et ce n’est pas tout : la longueur du fuselage et sa géométrie sont calibrées spécifiquement pour maximiser le ratio charge utile / volume utile, ce qui réduit les temps de chargement, diminue les zones vides et améliore la rentabilité de chaque rotation.
Matériaux avancés et avantage structurel
Là où d’autres cargos s’alourdissent, l’A350F allège. Plus de 70 % de sa structure est constituée de matériaux de pointe : composites, alliages légers et titane. Le résultat est net : une masse au décollage inférieure de 46 tonnes à celle de ses concurrents.
Conséquence immédiate : moins de carburant consommé, moins d’usure, et une exploitation optimisée sur le long terme.
Un appareil déjà conforme aux normes de 2027
L’OACI a renforcé ses exigences. À partir de 2027, tout avion cargo devra respecter des seuils d’émissions de CO₂ plus stricts. La plupart des appareils existants ne passeront pas ce cap sans modifications.
L’A350F est le seul à s’y conformer dès aujourd’hui. Ce n’est pas un détail réglementaire, c’est une anticipation stratégique. Pour les compagnies, cela signifie des années d’avance sur les ajustements à prévoir et un accès garanti aux plateformes aéroportuaires les plus exigeantes.
Un profil énergétique repensé de bout en bout
Équipé des moteurs Rolls-Royce Trent XWB-97, l’A350F optimise la combustion et l’aérodynamisme du flux moteur. Cette architecture propulsive, conjuguée à sa légèreté structurelle, permet de réduire de 40 % la consommation de carburant et les émissions de carbone, à charge utile équivalente, comparé aux avions de génération antérieure.
Sur le papier, cela représente une économie colossale sur le cycle de vie opérationnel. En pratique, c’est une réduction immédiate des coûts d’exploitation par tonne-kilomètre transportée.
Une charge utile et une autonomie qui repositionnent le marché
L’appareil est en cours de développement, mais les spécifications annoncées sont précises : 111 tonnes de charge utile, 4 700 milles nautiques d’autonomie (soit 8 700 km).
Ces chiffres placent l’A350F dans une classe à part. Il ne s’agit pas de concurrencer les long-courriers passagers modifiés. Il s’agit de remettre à plat les standards du fret long-courrier.
Une dynamique commerciale qui s’accélère
Fin septembre 2025, 63 clients dans le monde avaient commandé au total 1 445 appareils A350. Parmi eux, 10 transporteurs et un loueur ont déjà intégré l’A350F à leur stratégie, pour un total de 65 commandes.
Ce n’est pas encore une norme, mais c’est bien plus qu’un pari technologique isolé.
Korean Air : un virage mesuré, un signal fort
Avec ses 33 A350 commandés, dont 7 désormais en version F, Korean Air structure une flotte mixte pensée pour la complémentarité : 20 A350-1000 pour le passager longue distance, 6 A350-900 pour des capacités intermédiaires, et un segment cargo qui bascule sur le modèle de demain.
Deux A350-900 ont déjà été livrés. La compagnie complète cette montée en gamme avec 39 monocouloirs A321neo destinés à renforcer les axes moyen-courrier.
Benoît de Saint-Exupéry, directeur général adjoint des ventes chez Airbus, le résume ainsi : « L’intégration de l’A350F à la flotte de Korean Air témoigne de la reconnaissance de ses performances. » Et il faut le lire aussi comme un indicateur : le marché du fret long-courrier se réorganise, et certains prennent de l’avance.


