La Chine dévoile un petit réacteur liquide qui pourrait tout changer.
À Shanghai, une équipe de physiciens a annoncé avoir réussi là où tant d’autres ont échoué : transformer du thorium en uranium fissile à l’intérieur d’un réacteur nucléaire expérimental.
Ce métal longtemps oublié, couplé à une technologie abandonnée il y a soixante ans, vient peut‑être de reprendre vie, annonçant le début d’une nouvelle ère pour l’énergie atomique. On vous explique tout !
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La Chine réussit sa première conversion du combustible nucléaire thorium-uranium dans un réacteur à sels fondus
Le dispositif ne ressemble pas à une centrale nucléaire.
Pas de barres de combustible, pas de dôme de béton, pas même de turbine.
À la place : un circuit fermé où circule un mélange de sels fondus, porté à environ 750 °C, dans lequel on dissout du thorium. Sous le flux de neutrons, ce thorium devient de l’uranium‑233, un isotope capable d’entretenir la réaction. C’est simple à expliquer comme ça mais personne n’y était encore parvenu.
Le Shanghai Institute of Applied Physics a été le premier à mesurer cette conversion en conditions réelles.
L’expérience ne produit pas encore d’électricité. Elle prouve seulement que le cycle fonctionne et que l’on peut, à terme, envisager un réacteur qui ne dépend plus de l’uranium, ni des mines qui l’extraient.
Un système sans vapeur ni pression
Ce qui distingue ce réacteur, c’est son refroidissement liquide.
Les centrales classiques utilisent de l’eau sous haute pression : 150 bars, 300 °C, et des kilomètres de tuyauterie.
Ici, tout se déroule à pression atmosphérique.
Le sel liquide transporte la chaleur sans se vaporiser, et il se solidifie s’il refroidit.
En cas d’incident, une vanne s’ouvre : le mélange s’écoule simplement dans un réservoir de sécurité où il se fige.
Pas de vapeur, pas de surpression, pas de cœur à fondre. La sécurité ici n’est pas un ajout mais fait partie du fonctionnement même de la machine.
Une vieille idée sortie des tiroirs
On pourrait croire à une invention chinoise mais cette fois-ci, le concept remonte aux années 1960, aux États‑Unis.
À Oak Ridge, un petit réacteur à sels fondus avait fonctionné quatre ans sans incident.
Les ingénieurs savaient déjà que le thorium était plus abondant, plus stable, et produisait moins de déchets.
Mais il avait un défaut majeur, rédhibitoire pour nos amis d’outre-Atlantique, il n’avait aucune utilité dans le cadre de la fabrication d’armes.
En pleine guerre froide, le choix a été vite fait.
L’uranium a eu les financements, le thorium a disparu des radars… jusqu’à ce que la Chine s’en empare.
Pas pour des raisons militaires cette fois-ci, mais pour une question de ressources et d’indépendance.
Le pays dispose d’immenses réserves de thorium et veut prouver qu’il peut bâtir une filière complète, du minerai au réacteur.
Un métal que la Chine possède en quantité astronomique
Le thorium se cache souvent dans les gisements de terres rares, dans les poussières que l’industrie rejetait sans les utiliser.
Selon un rapport publié en 2025, le site de Bayan Obo, en Mongolie intérieure, contiendrait près d’un million de tonnes de thorium dans ses résidus miniers.
De quoi alimenter le pays pendant des dizaines de milliers d’années.
Une filière qui prend forme petit à petit
Le programme chinois TMSR a commencé en 2011.
Il a progressé lentement, en silence : développement des alliages résistants au sel, des pompes, des capteurs, des boucles de test.
Aujourd’hui, la Chine dispose d’un prototype stable, et prévoit un réacteur démonstrateur de 100 mégawatts d’ici 2035.
À cette température de 750 °C , la chaleur produite peut servir à bien plus qu’à faire tourner une turbine.
On peut l’utiliser pour fabriquer de l’hydrogène, alimenter des procédés industriels ou stocker de l’énergie.
Le thorium ne serait plus seulement une alternative nucléaire : il pourrait devenir le chaînon manquant entre le nucléaire et les renouvelables.
| Pays | Uranium (t) | % mondial U | Thorium (t) | % mondial Th |
|---|---|---|---|---|
| Australie | 1 744 000 | 29,2 % | 595 000 | 4,1 % |
| Kazakhstan | 906 000 | 8,3 % | 50 000 | 0,3 % |
| Russie | 567 000 | 9,5 % | 155 000 | 1,1 % |
| Canada | 525 000 | 8,7 % | 172 000 | 1,2 % |
| Namibie | 445 000 | 7,4 % | n.d. | n.d. |
| Niger | 400 000 | 6,7 % | n.d. | n.d. |
| Afrique Sud | 245 000 | 4,1 % | 148 000 | 1,0 % |
| Inde | 200 000 | 3,3 % | 846 000 | 5,8 % |
| Chine | 170 000 | 2,8 % | 100 000–1 000 000 | 1–7 % |
| Ukraine | 127 000 | 2,1 % | n.d. | n.d. |
| Égypte | n.d. | n.d. | 380 000 | 2,6 % |
| Turquie | n.d. | n.d. | 374 000 | 2,6 % |
| Venezuela | n.d. | n.d. | 300 000 | 2,1 % |
| Brésil | n.d. | n.d. | 632 000 | 4,3 % |
| États-Unis | n.d. | n.d. | 595 000 | 4,1 % |
| Autres/RdM | 1 067 000 | 17,9 % | 8 158 000 | 55,9 % |
| Total | 6 396 000 | 100 % | 14 600 000 | 100 % |
Notes :
- Pour l’uranium, le total mondial des principales réserves exploitables (à moins de 260 $/kg) est d’environ 6 millions de tonnes
- Pour le thorium, le total mondial est estimé à 14,6 millions de tonnes, la part de la Chine fait encore l’objet d’une évaluation (certaines sources mentionnent jusqu’à 1 million de tonnes après de récentes découvertes).
- Certains pays mentionnés pour le thorium ne figurent pas au classement de l’uranium et inversement.
- n.d. = non disponible ou données non significatives dans les sources principales.
- Ce tableau montre l’extrême concentration géographique des deux ressources et l’ampleur potentielle du futur marché du thorium, si la filière aboutit industriellement.

Ce que cela change, concrètement
Le thorium ne remplacera pas l’uranium demain matin.
Son cycle reste complexe, ses déchets, bien que réduits, doivent encore être étudiés, et la filière doit prouver sa fiabilité à long terme.
Mais cette expérience de Shanghai change la donne.
Elle montre qu’il existe une autre voie : un nucléaire à basse pression, plus souple, plus sûr, et basé sur un métal que nous avons déjà sous nos pieds.
Source :
- Chaine Youtube de Xinhua
- https://www.connaissancedesenergies.org/questions-et-reponses-energies/quest-ce-que-le-thorium
- https://discoveryalert.com.au/news/thorium-reserves-2025-global-distribution-strategic
Image : Métal de thorium en ampoule, corrodé (crédit : W. Oelen)



