Le Brésil a annoncé une année exceptionnelle avec -16,7% d’émissions de gaz à effet de serre.
Pas besoin d’un satellite pour s’en rendre compte : le Brésil vient de réussir une prouesse climatique inattendue. En 2024, les émissions de gaz à effet de serre du géant sud-américain ont chuté de 16,7 % en un an. Une baisse brutale et une grande première depuis 2009.
Ce recul spectaculaire, c’est la forêt amazonienne qui en est l’héroïne, tout simplement parce qu’on l’a plus épargnée !
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Le Brésil ralentit son exploitation de la forêt amazonienne et la planète lui dit « merci » mais tout n’est pas rose
Pendant le mandat de Jair Bolsonaro, l’Amazonie ressemblait à un vieux tapis qu’on découpait morceau par morceau. Chaque jour, des centaines d’hectares de végétation disparaissaient, grignotés par les éleveurs, les chercheurs d’or, ou tout simplement par l’indifférence.
Depuis l’arrivée de Lula au pouvoir en 2023, la tendance commence à s’inverser. Les brigades de contrôle environnemental sont de retour, les amendes pleuvent de nouveau, et les satellites respirent un peu : –11 % de déforestation entre août 2024 et juillet 2025, selon les relevés officiels.
À l’échelle de l’Amazonie, c’est une bouffée d’air. Littéralement. Chaque hectare de forêt qu’on laisse vivre continue de capturer environ 200 tonnes de CO₂ sur plusieurs décennies. Le genre d’économie carbone qu’aucune voiture électrique ne peut concurrencer.
Lula joue sur deux tableaux
Côté face, Lula veut incarner le retour du Brésil dans le camp des pays verts. Il accueille la COP30 à Belem, au cœur même de l’Amazonie, pour frapper les esprits. Symbole fort : c’est l’Amazonie qui accueille la conférence climat.
Côté pile, il donne aussi son feu vert à du forage pétrolier offshore en pleine zone amazonienne. Petrobras a en effet commencé à explorer une zone sensible en octobre, avec la bénédiction de l’agence environnementale Ibama.
Interrogé, Lula assume. Son argument : le pétrole servira à financer la transition énergétique. Une idée défendue aussi dans d’autres pays producteurs : puiser l’or noir pour construire l’après-carbone.
Une baisse des émissions à crédit ?
Attention au faux confort. Si les émissions ont baissé, c’est aussi parce que l’économie a ralenti. Moins d’activité industrielle, moins de transports, donc moins de CO₂. Cette décroissance, non maîtrisée, n’est pas durable.
Les voyants de 2025 ne sont malheureusement pas au vert et n’annoncent pas d’aussi belles années. L’agro-industrie pousse fort : soja, viande bovine, minerais. Autant de secteurs émetteurs, très gourmands en espace et en énergie.
L’Observatoire du climat, qui compile les données brutes, est clair : il ne faut pas s’attendre à un miracle prolongé sans politique volontariste. Comprendre : si on ne met pas d’argent et de contrôle, la forêt reprendra sa pente descendante.
Une forêt qui respire, mais mal
Ce que peu de gens savent, c’est qu’aujourd’hui, 20 % de l’Amazonie brésilienne est déjà passée du côté obscur. Des zones dégradées, brûlées, asséchées, qui n’absorbent plus de carbone. Pire : elles en émettent !
On parle alors de « forêt source » au lieu de « forêt puits ». Une forêt qui relargue son CO₂, comme une éponge qu’on aurait trop pressée.
Pour remonter la pente, certains chercheurs testent la reforestation par drones : des semences lancées du ciel sur des sols meurtris. C’est rapide, peu coûteux au départ (environ 2 € par plant), mais derrière, il faut protéger, irriguer, surveiller.
Le coût réel d’une restauration durable ? 6 000 € par hectare. Et si on veut restaurer seulement 10 % de l’Amazonie, il faudrait investir autour de 70 milliards d’euros. Un chiffre vertigineux, mais à l’échelle du climat, c’est une goutte d’eau dans l’incendie.
Belem, capitale temporaire du climat mondial
La COP30 arrive, et le Brésil veut briller. Pas seulement sur scène, mais dans les chiffres. Il mise sur un mix unique : une hydroélectricité puissante, une biomasse abondante, un potentiel solaire immense… et bien sûr, une forêt qui pèse lourd dans l’équilibre mondial du carbone.
Tout l’enjeu est là : tenir cette baisse dans le temps. Éviter l’effet yo-yo qu’on a connu par le passé. Et surtout, convaincre la communauté internationale que le pays peut être un pilier de la transition énergétique mondiale, sans céder aux pressions de ses lobbies les plus voraces.
La forêt brésilienne, qu’on le veuille ou non, est une variable du climat global. Ce qui s’y passe finit tôt ou tard par se ressentir jusque dans les hivers européens.
Les vrais gardiens du carbone
Quand on parle de CO₂, on pense souvent à ce qu’on émet. Rarement à ce qu’on retient. Pourtant, sans les puits de carbone naturels, notre atmosphère serait déjà irrespirable. Il existe trois grandes catégories de “gardiens du carbone” sur Terre, et sans eux, le réchauffement ne se compterait pas en degrés, mais en dizaines.
Premier pilier : les océans. Ils absorbent chaque année près de 10 milliards de tonnes de CO₂. Le phytoplancton, minuscule mais omniprésent, joue ici un rôle majeur. En capturant le carbone par photosynthèse, il alimente une chaîne alimentaire tout en régulant l’atmosphère. Certaines zones comme l’océan Austral ou le Pacifique équatorial sont des aspirateurs à gaz à effet de serre.
Deuxième acteur : les forêts tropicales. L’Amazonie, bien sûr, mais aussi le bassin du Congo, ou encore la forêt indonésienne. Ensemble, elles stockent des milliards de tonnes de carbone dans leurs troncs, leurs racines, leurs sols. À condition qu’on les laisse vivre.
Troisième catégorie : les sols. C’est le puits le plus méconnu. Les prairies, les tourbières, les sols agricoles bien gérés peuvent stocker plus de carbone que toutes les forêts du monde réunies. Les pratiques agricoles dites “régénératives”, comme le non-labour ou les cultures intermédiaires, permettent de transformer un champ de blé en coffre-fort climatique.
| Source naturelle | Quantité absorbée (par an) | Part estimée du stockage mondial | Remarques |
|---|---|---|---|
| Océans | ≈ 10 milliards de tonnes | ≈ 30 % | Phytoplancton et dissolution du CO₂ dans l’eau |
| Forêts tropicales | ≈ 7 milliards de tonnes | ≈ 20 % | Amazonie, bassin du Congo, Asie du Sud-Est |
| Sols (prairies, tourbières, champs) | ≈ 15 milliards de tonnes | ≈ 45 % | Soumis à l’usage agricole, très stable à long terme |
| Zones humides / mangroves | ≈ 1 milliard de tonnes | ≈ 3 % | Excellente efficacité au m², menacées par l’urbanisation |
Sources :
- Observatório do Clima (Brésil) – “SEEG – Sistema de Estimativas de Emissões de Gases de Efeito Estufa” (source principale des données 2024 sur la baisse de 16,7 % des émissions au Brésil)
- INPE – Instituto Nacional de Pesquisas Espaciais (Brésil) – Surveillance de la déforestation (système PRODES – suivi satellitaire de la déforestation amazonienne)
- NASA Earth Observatory – “The Carbon Cycle” (pour le tableau final sur la captation du CO²)




