Le TRISO, ce carburant nucléaire du futur arrive en France.
C’est une bille minuscule capable de résister à plus de 1 600 °C et qui pourrait bien alimenter les réacteurs compacts de demain. Voici venir les jours du combustible TRISO, et la France vient de lancer un projet concret pour le produire à Romans-sur-Isère !
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Framatome veut lancer la production de combustible TRISO sur le sol français
TRISO pour Tri-structural Isotropic particle fuel ou en français « Combustible à particules tri-structurales isotropes ». Il s’agit d’un carburant nucléaire en micro-billes, dont chaque grain d’uranium est enfermé dans trois couches successives de carbone et de céramique.
Concrètement, on a une sphère d’uranium enrichi (jusqu’à 20 %), d’à peine 0,8 millimètre de diamètre, comme une poussière brillante entourée d’une armure multicouche capable de contenir la radioactivité même en cas de température extrême, de choc ou de perte de refroidissement.
Le combustible a été pensé pour être complètement hermétique même si le réacteur tombait en panne complète, gardant ses produits radioactifs enfermés dans sa prison miniature.
Framatome passe à l’action en France
Le combustible TRISO a été développé pour la première fois dans les années 1960 au Royaume-Uni, dans le cadre des recherches sur les réacteurs à haute température.
C’est aux États-Unis en revanche, dans les années 1970, que le concept a été véritablement industrialisé et affiné, notamment pour des projets comme le reactor test experiment AVR (en Allemagne de l’Ouest) et plus tard pour les réacteurs HTGR (High-Temperature Gas-cooled Reactors).
Aujourd’hui, le TRISO est recherché et redéveloppé par plusieurs pays pour alimenter les réacteurs de nouvelle génération (HTR, SMR, MSR).
Le 30 septembre Framatome avait déjà officialisé la création d’une coentreprise avec l’américain Standard Nuclear, baptisée Standard Nuclear–Framatome (SNF), pour produire du TRISO à grande échelle aux États-Unis. La future ligne de production, prévue à Richland (État de Washington), vise une fabrication commerciale dès 2027.
Framatome va cette fois-ci commencer à en produire directement sur le sol français, sur son site de Romans-sur-Isère (Drôme). Le projet commencera par la construction d’une ligne pilote de fabrication de TRISO, pour spécifier, tester et préparer l’industrialisation à plus grande échelle.
Le TRISO, carburant attitré des SMRs
Nous vous parlons souvent sur ce site des SMRs (petits réacteurs modulaires en français) qui semblent attirer des plus en plus d’états et de grands groupes. Il se trouve que c’est un secteur où TRISO pourrait particulièrement briller.
Pourquoi ? Parce que ses performances font rêver les ingénieurs :
- Pas besoin de système actif de refroidissement.
- Tolérance à des températures extrêmes.
- Durée de vie et stabilité inégalées.
- Capacité à co-produire de l’hydrogène ou du carburant synthétique.
Une alliance avec une start-up qui ose
Ce projet français s’inscrit dans le plan France 2030, et Framatome a déjà trouvé un partenaire dynamique : Blue Capsule Technology, une start-up française qui veut commercialiser des micro-réacteurs HTR (High Temperature Reactor ou Haute Température à lit de galets chez nous).
Contrairement aux réacteurs à eau pressurisée (EPR, REP, etc.), les HTR sont refroidis par un gaz inerte, souvent de l’hélium, qui circule entre les galets pour extraire la chaleur du cœur. Ce gaz ne devient jamais radioactif et ne peut pas provoquer d’explosion chimique ou de surpression comme la vapeur d’eau. Il permet d’atteindre des températures supérieures à 750 °C, ouvrant la voie à des usages multiples : production d’électricité via des turbines à gaz, chaleur industrielle, ou encore production d’hydrogène par thermolyse.
L’Objectif est ainsi co-développer des combustibles TRISO adaptés, les tester, et construire ensemble la filière.
Framatome apportera ses 65 ans d’expérience, Blue Capsule sa vision disruptive. L’un a l’usine, l’autre a le concept.

Le TRISO VS combustible classique
| Critère | TRISO (particule) | Combustible classique (UO₂) |
| Température supportée | > 1 600 °C | ≈ 1 200 °C |
| Enveloppe | Céramique + carbone | Gaine en zirconium |
| Type de réacteur | HTR, SMR, MSR | REP, EPR |
| Enrichissement en uranium | Jusqu’à 20 % | 3 à 5 % |
| Sécurité passive | Oui (pas de fonte ni de fuite) | Non (besoin de refroidissement) |
Une course mondiale que la France entend gagner
Ce n’est pas un hasard si Framatome accélère. Dans la course au TRISO, les États-Unis ont déjà une longueur d’avance : X-Energy, BWXT et d’autres investissent massivement. La Chine, de son côté, a déjà mis en service un réacteur HTR de démonstration en 2021. Le Royaume-Uni, la Corée du Sud et même le Canada ont leurs propres projets.
La France revient dans le match avec sa ligne pilote de Romans-sur-Isère, elle se dote d’un outil industriel précieux, adaptable, souverain.
Elle entend ainsi se positionner sur un marché hautement stratégique, à l’intersection du nucléaire, de l’hydrogène, de la décarbonation… et de la sécurité énergétique.
Source : Framatome
Image de mise en avant : Combustible TRISO




La France a-t-elle les moyens de ses rêves….???
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