Eiffage décroche un contrat à 171 millions d’euros pour une prison de nouvelle génération en pleine forêt belge.
La Belgique partage (entre autres) avec son voisin français un souci d’envergure depuis quelques années qui pollue le débat public : la surpopulation carcérale.
Le pays n’entend cependant pas rester dans l’inaction et vient d’entreprendre un chantier d’envergure, niché au cœur des Ardennes belges, et piloté par Eiffage avec le futur établissement pénitentiaire de Vresse-sur-Semois.
Ce projet en partenariat public-privé va donner à la Belgique une prison ultra-moderne, pensée pour durer et évoluer.
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Prison de Vresse-sur-Semois, un projet à 171 millions d’euros au cœur de la Wallonie
Ce n’est pas tous les jours qu’une prison de 39 000 m² sort de terre. Située à Vresse-sur-Semois, dans une zone forestière isolée du sud de la Belgique, cette future maison d’arrêt représente un investissement total de 171 millions d’euros. Le marché a été signé en mode DBFM (Design, Build, Finance and Maintain), ce qui signifie qu’Eiffage ne se contente pas de construire : il conçoit, finance, construit et assurera la maintenance pendant 25 ans.
L’établissement pourra accueillir 312 détenus, dont 284 en sécurité moyenne et 28 en sécurité renforcée. Il vise la certification BREEAM Excellent, un standard environnemental élevé, qui marque la volonté de concilier sécurisation carcérale et performance énergétique.
Un contexte franco-belge sous tension
Ce nouveau centre pénitentiaire s’inscrit dans un effort partagé des États européens pour sortir de la spirale des prisons saturées. La France compte aujourd’hui plus de 74 000 détenus pour environ 61 000 places, avec un taux d’occupation dépassant parfois 200 % dans certains établissements.
En Belgique, la situation n’est guère plus reluisante : plus de 11 000 détenus pour environ 9 500 places, malgré une politique de nouvelles constructions. Résultat : les deux pays s’activent pour moderniser leur parc carcéral, améliorer la réinsertion et respecter les droits humains.
| Pays | Nombre de détenus (2025) | Capacité théorique | Taux d’occupation moyen | Projets récents ou en cours |
|---|---|---|---|---|
| France | ≈ 74 000 | ≈ 61 000 | ≈ 121 % | Programme 15 000 places, prison de Gradignan, prison d’Entraigues |
| Belgique | ≈ 11 200 | ≈ 9 500 | ≈ 118 % | Prison de Haren (ouvert fin 2022), Marche-en-Famenne, Vresse-sur-Semois |
Des acteurs français et belges main dans la main
Le projet est porté par un groupement franco-belge largement orchestré par Eiffage :
- Eiffage Concessions pilote le partenariat public-privé.
- Duchêne et Valens, deux filiales belges d’Eiffage Construction, mènent les travaux.
- Collignon, autre filiale d’Eiffage Énergie Systèmes, gère l’ensemble des installations techniques.
- Fexim, toujours dans la galaxie Eiffage, assurera la maintenance pendant 25 ans.
- Pour les services du quotidien (restauration, blanchisserie, déchets), Sodexo Belgium est mobilisé.
Côté conception, trois agences d’architectes (SCAU, ETAU, EOLE) et plusieurs bureaux d’études belges (Sweco Belgium, RT Group, ATS) ont dessiné et modélisé l’infrastructure dans ses moindres détails.
Une livraison prévue en 2029
Le calendrier semble réaliste puisqu’on parle d’une mise à disposition en 2029, après plusieurs années de travaux. Il s’agira de la deuxième prison construite par Eiffage pour le compte du Service Public Fédéral Justice belge, après celle de Marche-en-Famenne, livrée en 2013 et exploitée par le groupe jusqu’en 2038.
Cette expérience antérieure a joué en faveur du groupe français, qui a su démontrer sa capacité à gérer des infrastructures complexes sur le long terme. Vresse-sur-Semois, de par son isolement et ses spécificités techniques, représentait un défi d’un autre niveau.
Sécurité, environnement et réinsertion : les enjeux d’un nouveau modèle carcéral
Au-delà du béton et des grillages, ce nouveau centre de détention s’inscrit dans une vision modernisée de la justice pénitentiaire : un bâtiment sécurisé mais ouvert à la réinsertion, sobre énergétiquement mais connecté, durable mais évolutif.
La certification environnementale BREEAM Excellent impose des contraintes strictes : gestion fine de l’énergie, matériaux locaux, récupération des eaux pluviales, qualité de l’air intérieur, éclairage naturel, etc. Une prison pensée comme un bâtiment public durable, au même titre qu’un hôpital ou un lycée.

La zone administrative occupe environ 3 625 m² répartis sur trois niveaux. (source : Duchêne SA)
La Belgique mise sur le partenariat public-privé pour ses prisons
La prison de Vresse-sur-Semois fait partie d’un plan plus large mené par l’État belge pour moderniser le parc carcéral. Confrontée à une surpopulation chronique et à des infrastructures vieillissantes, la Belgique a lancé plusieurs projets sous régime PPP pour mutualiser les risques, accélérer les livraisons et lisser les investissements.
Eiffage s’insère dans cette dynamique avec une double casquette : constructeur et exploitant. Cela permet à l’État belge d’avoir un interlocuteur unique sur toute la durée de vie du bâtiment, et à Eiffage de valoriser son expertise transversale, du gros œuvre au facility management (veiller au bon fonctionnement d’un immeuble et des services généraux destinés aux utilisateurs).
Un modèle exportable ?
Cette prison nouvelle génération n’est pas qu’un chantier de plus pour Eiffage. C’est une vitrine de savoir-faire à l’européenne, mêlant exigence architecturale, ingénierie durable et gestion sur le long terme. Et dans un contexte où de nombreux pays européens cherchent à rénover ou construire leurs centres de détention, l’exemple belge pourrait faire école.
Source : Communiqué de presse d’Eiffage
Image : Vue aérienne de la prison de Marche-en-Famenne en Belgique (crédit : Duchêne SA)



