l’Occident creuse pour extraire le cuivre mais c’est encore et toujours la Chine qui l’affine.
On entend souvent parler du cuivre comme du « nerf de la guerre » de la transition énergétique. C’est assez vrai quand on sait qu’il est impossible de construire une éolienne, une voiture électrique ou un transformateur sans lui (du moins à des prix décents). Ce qu’on oublie souvent, c’est que l’enjeu ne se limite pas à son extraction. Il y a une étape charnière mais essentielle : celle du raffinage.
Aujourd’hui, plus de 50 % du cuivre raffiné dans le monde sort… de Chine. Un chiffre qui devrait faire réagir, car même si les États-Unis ou l’Europe creusent plus, tant qu’ils ne raffineront pas eux-mêmes, leur dépendance persistera.
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50%du cuivre dans le monde est raffiné en Chine
Commençons par rappeler une réalité physique : le cuivre, une fois extrait, n’est pas encore utilisable. Il faut le purifier, souvent via des procédés complexes comme la fusion (smelting) ou l’électrolyse. C’est cette transformation industrielle, dite « midstream », qui permet d’obtenir le cuivre sous forme de cathodes pures à 99,99 %.
Or, cette étape cruciale est aujourd’hui dominée par une poignée de pays, et en particulier par la Chine.
Quatre des cinq plus grands centres de fusion au monde y sont situés. À elle seule, la Chine assure plus de la moitié du cuivre raffiné mondial.
Le Chili, le Pérou, les États-Unis, eux, extraient beaucoup… mais envoient souvent leurs concentrés à l’étranger, faute de capacités locales de traitement.
Pourquoi cette concentration ? Une mécanique bien huilée
La Chine a bâti cet empire, pas à pas, avec des investissements massifs dans des infrastructures industrielles, un accès facilité à l’énergie, des coûts logistiques optimisés, et une politique volontariste de soutien au secteur minéral.
Ajoutez à cela une proximité avec les industries consommatrices de cuivre (câbles, batteries, composants électroniques), et vous obtenez un système intégré, rentable, redoutablement efficace.
Pour les pays occidentaux, le constat est rude : même en multipliant les mines, ils se heurtent à un plafond de verre.
Tant que le raffinage reste ailleurs, l’indépendance reste théorique.
Une vulnérabilité stratégique sous-estimée
Pourquoi est-ce préoccupant ? Parce que le cuivre est partout :
- dans les réseaux électriques,
- les véhicules électriques,
- les éoliennes offshore,
- les stations de recharge,
- et même dans certains composants militaires sensibles.
Imaginez maintenant une tension géopolitique majeure. Si la Chine décidait, volontairement ou non, de fermer temporairement ses raffineries, les chaînes d’approvisionnement occidentales seraient instantanément perturbées, avec des hausses de prix et des retards critiques.
Même sans choc brutal, cette dépendance structurelle confère un levier géoéconomique durable à Pékin.
Un levier similaire à celui que l’on observe déjà sur les terres rares.
Raffiner, recycler, substituer : les leviers à activer d’urgence
La bonne nouvelle ? Tout n’est pas figé. Plusieurs pistes existent pour réduire cette vulnérabilité :
- Réinvestir dans des raffineries nationales ou régionales, même si cela prend du temps et de l’argent ;
- Développer le recyclage du cuivre, qui pourrait fournir jusqu’à 20 à 30 % des besoins futurs, avec un impact environnemental réduit ;
- Améliorer la substitution dans certains usages (par exemple via des alliages ou des technologies numériques moins gourmandes en cuivre) ;
- Et surtout, intégrer le raffinage dans les politiques industrielles, au même titre que l’extraction ou l’innovation.
Le parallèle avec les terres rares : une leçon à ne pas ignorer
Ce qui se joue avec le cuivre ressemble énormément à ce qu’on observe déjà sur les terres rares qui est dominé à 70% par l’Empire du Milieu : on extrait ici, on raffine là-bas, et on dépend au final d’un centre de gravité extérieur.
Or, pour sécuriser les chaînes critiques, qu’elles soient énergétiques, numériques ou militaires, il ne suffit pas d’avoir la ressource. Il faut maîtriser toute la chaîne.
C’est pourquoi les analystes anglosaxons parlent de « midstream choke-point » : un étranglement au milieu du processus (dans la langue de Molière), souvent invisible pour le grand public, mais fondamental pour la souveraineté industrielle.
Comprendre en un coup d’œil le goulet d’étranglement du cuivre
| Étape | Qui domine ? | Risque |
|---|---|---|
| Extraction minière | Chili, Pérou, États-Unis | Modéré (répartition géographique) |
| Transport de concentrés | Fret maritime international | Logistique sensible aux coûts et aux délais |
| Raffinage (smelting + électrolyse) | Chine (> 50 %) | Très élevé : dépendance critique |
| Transformation industrielle | Asie de l’Est | Concentration importante |
Sources :
- International Copper Study Group (ICSG), The World Copper Factbook 2020
- Center for Strategic & International Studies (CSIS), Latin America: The World’s Copper Stronghold
- Carnegie Endowment for International Peace, Securing America’s Critical Minerals Supply
- S&P Global Commodity Insights, Commodities 2025: China to turn up heat in copper processing even as global output lags
- Reuters, Record gold prices help keep China’s copper smelters going despite losses




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