Moins médiatisé que le contrat des 100 Rafale à l’Ukraine, Alstom vient pourtant de vendre lui aussi pour 470 millions de rames Traxx au même pays

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55 locomotives pour relancer un réseau à bout de souffle

Un pont industriel se tend entre Belfort et Kiev, l’Ukraine vient en effet de passer commande de 55 rames Alstom (modèle Traxx), avec l’ambition de remettre sur les rails un réseau ferroviaire vieillissant, usé par le temps et les tensions.

Valeur du contrat ? Près de 470 millions d’euros, financés par la BERD et la Banque mondiale.

Avec l’annonce concomitante de l’achat de 100 Rafale par le même pays, il semble bien que la France ait pris une nouvelle dimension en Ukraine.

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Alstom va livrer 55 locomotives Traxx à Ukrzaliznytsia

« L’âge moyen de notre flotte atteint 46 ans », a rappelé le PDG d’Ukrzaliznytsia (gestionnaire et l’exploitant du réseau ferroviaire ukrainien). En clair : il fallait agir vite et il se trouve qu’Alstom avait le candidat idéal pour le job : le Traxx Hauler !

Le contrat d’1,6 milliard d’euros décroché par le géant français Alstom va lui permettre d’utiliser à son plein potentiel sa méga-usine de Katowice-Chorzów

Le Traxx Hauler, bête de somme du fret européen

Traxx Hauler, c’est un bloc de 90 tonnes équipé de quatre bogies Bo-Bo, où chaque essieu est propulsé par un moteur électrique indépendant. Une puissance de 7,2 à 9,4 MW, une vitesse de 120 km/h, et une capacité à tracter des centaines de tonnes sur des centaines de kilomètres. Pas le système le plus high-tech du monde mais un “bon à tout faire” qui est connu pour sa fiabilité et sa robustesse.

Ces locomotives seront assemblées à Belfort en France, les bogies seront Fabriqués à Nadarzyn  en Pologne etles équipements radio, quant à eux seront produit localement en Ukraine.

Bien plus qu’une simple livraison de matériel

Le contrat n’inclut pas seulement l’acier et les moteurs : il comprend aussi la formation des conducteurs, la monte en compétence des techniciens, la gestion des pièces de rechange et l’accompagnement technique. Pour un pays qui doit tout à la fois moderniser, européaniser et stabiliser son infrastructure, c’est une pièce maîtresse sur l’échiquier ferroviaire.

Car derrière les locomotives, c’est toute une logistique nationale qui gagne en fluidité, en efficacité, en résilience. Ce n’est donc pas un hasard si les grands bailleurs de fonds internationaux sont de la partie : ils parient sur un redémarrage par les rails.

Alstom déjà présent en Ukraine depuis 13 ans

Alstom n’en est pas à son coup d’essai dans le pays puisqu’implantée à Kharkiv depuis 2012, l’entreprise y opère un centre d’ingénierie ferroviaire. Elle gère aussi un bureau à Kiev, consacré aux projets de matériel roulant. Ce contrat est donc un prolongement naturel d’une collaboration ancienne, dans un contexte nouveau. Le modèle Traxx, déjà vendus à des centaines d’exemplaires, s’adapte facilement aux normes locales, et résiste bien aux aléas climatiques.

Bref, du matériel connu, éprouvé, fiabilité maximum qui devrait faire beaucoup de bien à un système ferroviaire à l’agonie.

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Un ancrage économique français de plus ne plus manifeste en Ukraine

Au-delà du rail, les intérêts économiques français en Ukraine avancent à vive allure depuis quelques années. Outre le très médiatisé contrat portant sur l’achat de 100 Rafale pour un montant estimé de plus de 14 milliards d’euros, la France accompagne l’Ukraine dans de nombreux secteurs.
Dans l’énergie, Schneider Electric collabore déjà avec DTEK pour moderniser un réseau électrique fragilisé par la guerre, tandis que la France a mobilisé un Fonds bilatéral de 200 millions d’euros pour soutenir les projets stratégiques ukrainiens, ouvrant la voie à EDF et Enedis pour renforcer leur coopération locale.
Thales, de son côté, a signé plusieurs accords majeurs, dont une coentreprise à Kiev pour fournir radars, communications sécurisées et guerre électronique.
Dans la logistique, la reprise en février 2025 par CMA CGM d’une ligne maritime directe vers le port d’Odessa marque un vrai retour des opérateurs français sur la mer Noire. Les industriels, eux aussi, se positionnent, à l’image de Schneider et Nexans dans les réseaux, tandis qu’Airbus propose discrètement au gouvernement ukrainien des solutions de surveillance frontalière.
Même l’agro-alimentaire français observe le terrain, avec des coopératives et équipementiers prêts à intervenir dans la modernisation agricole lorsque les conditions seront réunies.

Si bien entendu, la France n’est pas, loin s’en faut, le premier partenaire économique de l’Ukraine (la Chine avec environ 20% des importations devant la Pologne avec 10%), il n’en demeure pas moins qu’une dynamique s’est mise en place et qui pourrait voir l’Hexagone prendre une place de partenaire privilégié.

Secteur français Société française / activité Chiffres ou faits récents Commentaire
Énergie – réseaux électriques Schneider Electric et DTEK (Ukraine) Schneider Electric collabore avec DTEK pour moderniser le réseau ukrainien via stockage et renforcement de réseau. Le fait que Schneider soit déjà impliquée montre l’intérêt français dans la modernisation énergétique ukrainienne.
Énergie – coopération France-Ukraine EDF / Enedis L’Ukraine et la France « approfondissent leur coopération dans le secteur de l’énergie ». Cela confirme un intérêt formel de la part de EDF/Enedis ou tout du moins du secteur énergétique français.
Reconstruction & infrastructures France (Etat + entreprises) Création d’un « Fonds Ukraine » bilatéral doté de 200 millions d’euros (accord signé 7 juin 2024) pour projets stratégiques (énergie, eau, santé) en Ukraine. Ce mécanisme permet aux entreprises françaises d’accéder à des projets en Ukraine.
Investissements étrangers France (« les entreprises françaises ») Enquête : des entreprises françaises « prêtes à investir dans l’économie ukrainienne ». Même si les montants ne sont pas détaillés, cela confirme l’intention.
Logistique / transport maritime CMA CGM Le groupe français reprend un service direct vers le port d’Odesa (Ukraine) : arrivée d’un navire le 7 février 2025 au terminal Brooklyn-Kyiv. Montre une reprise opérationnelle des liaisons maritimes françaises vers l’Ukraine.
Agriculture & sécurité alimentaire (pas de société française spécifiée) Aucun chiffre précis récent trouvé spécifiant coopératives ou équipementiers français en Ukraine. Le secteur agricole français y est mentionné comme « à l’écoute », mais je n’ai pas trouvé de donnée chiffrée publique récente spécifique.
Défense / systèmes de communication Thales Signature de trois accords avec l’Ukraine (dont création d’une co-entreprise) pour systèmes de guerre électronique, communications tactiques, radars. Bien que ce soit un peu ancien (2024), cela confirme une forte implication française dans la défense ukrainienne.

Source : Communiqué de presse d’Alstom

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

2 Commentaires

  1. Et avec quel argent ils vont payer ??
    Pour les 100 rafales ce n’est qu’une lettre d’intention qui n’a aucune valeur.
    Encore de la com……

  2. Bonjour tout d’abord merci pour les infos. Une évidence en soit .je suis tout à fait d’accord de pérenniser les efforts consentis pour la vente à l’international de nos matériels et le savoir fait français dans le domaine du ferroviaire , et aussi de l’aeospaciale , il faut continuer notre soutient , , pour aider à long terme les pays de l,’est ,car tout pendant que dans l’est de l’Europe, il y aura des gens comme poutine, nous serons jamais en paix, ainsi malheureusement va la vie du genre humain dans notre système que l’on dit évoluer, ? bêtise humaine toujours présente et prête une fois de plus à mettre les moyens pour exterminer de millions de gens demain va t’il enfin naître pour mettre nos savoir faire au service de la vie et non pas à la mort malheureusement la société des hêtres humains est là pour semble t’il faire des profils et bénéfices et non pas contribuer à l’aide et au savoir de nos différentes ethnies ,impossible n’est pas française alors chiche relevons le gent et le défi cordialement à vous RobertBrosset

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