Des mini-centrales nucléaires flottantes pour alimenter les îles et les ports ?
Les Russes ne sont pas les seuls à faire feu de tout bois avec le nucléaire !
Un consortium international piloté par CORE POWER, ABS Hellas et Athlos Energy vient en effet d’annoncer qu’un projet de centrale nucléaire flottante en Méditerranée était entré dans une phase active.
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La Grèce, nouveau centre d’un système de centrales nucléaires flottantes en Méditerranée ?
L’idée derrière les Floating Nuclear Power Plants (FNPPs et Centrales nucléaires flottantes dans notre belle langue) est aussi simple que puissante : rapprocher la production nucléaire des besoins, sans construire de réacteur à terre. En Méditerranée, cela signifie fournir de l’énergie stable et propre aux ports, îles, stations balnéaires et infrastructures côtières soumises à la pression climatique et énergétique.
Charlotte Vere, responsable du développement chez CORE POWER, a résumé ainsi cette ambition sans détour :
« La Grèce peut devenir leader de l’énergie nucléaire flottante en Méditerranée. C’est le début d’un nouveau chapitre pour la sécurité énergétique bas-carbone de toute la région. »
Le nucléaire prend le large : un cadre encore à écrire
En 2024, la société de classification ABS (American Bureau of Shipping) a publié le tout premier guide réglementaire pour encadrer le développement des FNPPs (dans le cadre de Centre de données flottant à énergie nucléaire, représentés ici avec les 2 images). Ce cadre comprend des exigences de sécurité, de conception, de résilience face aux aléas marins, et de flexibilité d’exploitation.
L’un des points clés : l’intégration de réacteurs modulaires (SMRs), ces petits réacteurs nucléaires conçus pour fonctionner en série. Leur modularité permet d’adapter la puissance selon les besoins, notamment pour alimenter un port en électricité de quai (cold ironing) ou soutenir le réseau d’une île.
Patrick Ryan, directeur technique chez ABS :
« Notre objectif est clair : faire émerger cette technologie transformante dans les meilleurs standards de sûreté et de fiabilité. »
Une approche complète : environnement, droit, société
Réunis à Athènes en novembre 2025, les partenaires du projet ont mis en place une analyse PESTLE :
- Politique (acceptabilité institutionnelle)
- Économique (coûts comparés au solaire ou au gaz)
- Sociale (acceptabilité publique, formation des personnels)
- Technologique (maturité des SMRs, connectique portuaire)
- Légale (droit maritime, sûreté nucléaire)
- Environnementale (protection des côtes, rejet thermique)
Ce cadre méthodologique doit aboutir à un Livre Blanc public, ouvert aux États, aux collectivités et aux industriels. Il s’agira d’un point d’entrée concret pour les pays méditerranéens intéressés par le nucléaire flottant, mais encore en manque de référence réglementaire ou opérationnelle.
De la production électrique à l’eau potable
Outre l’alimentation de ports ou de petites villes côtières, les FNPPs pourraient aussi transformer l’eau de mer en eau douce, via des unités de dessalement raccordées en bord de quai.
Dans un contexte de sécheresse chronique sur plusieurs rives méditerranéennes, cette fonctionnalité pourrait répondre à un besoin vital dans des zones où les infrastructures hydrauliques sont saturées.
Autre atout : les FNPPs sont mobiles. Si les besoins changent, elles peuvent être déplacées vers une autre région. Une flexibilité que ne peut offrir aucune centrale terrestre.
Un modèle à suivre pour l’Europe ?
Bien que les États-Unis, la Russie et la Chine aient déjà testé des concepts similaires en Arctique ou en mer Jaune, c’est la première fois qu’un tel projet se structure en Europe dans un contexte civil, méditerranéen et ouvert.
Il s’adresse autant aux petites îles grecques qu’aux grandes plateformes logistiques comme le port du Pirée, Marseille ou Valence.
Le consortium prévoit de développer des concepts opérationnels (CONOPS) spécifiques, assortis de cartes d’implantation possibles, avant une phase de prototypage. À terme, la Méditerranée pourrait devenir un laboratoire grandeur nature de la décarbonation portuaire et insulaire par le nucléaire modulaire flottant.

L’Akademik Lomonosov et les pionniers du nucléaire flottant
Le projet grec n’est pas le tout premier du genre, même s’il pourrait bien devenir le plus structuré à l’échelle méditerranéenne et européenne. La Russie a ouvert la voie avec l’Akademik Lomonosov, une barge nucléaire entrée en service en 2020 dans le port arctique de Pevek. Longue de 144 mètres, cette centrale flottante abrite deux réacteurs KLT-40S semblables à ceux des brise-glaces russes, fournissant à la fois électricité et chaleur à une ville isolée du cercle polaire.
De leur côté, la Chine et la Corée du Sud planchent aussi sur des concepts avancés. La China National Nuclear Corporation (CNNC) développe une unité appelée ACP100S, qui pourrait être déployée en mer de Chine méridionale pour alimenter des bases offshore ou des îles contestées. La Corée du Sud, avec Samsung Heavy Industries et Kepco, mise sur un projet de barge SMR pour les plateformes offshore, encore en phase de modélisation.
Ces projets partagent une vision commune : mettre l’atome au service de territoires isolés, maritimes ou contraints, là où ni le solaire, ni l’éolien ne suffisent seuls à assurer une autonomie énergétique stable.
Récapitulatif des projets de centrales nucléaires flottantes dans le monde :
| Projet | Pays | État | Technologie | Puissance | Usage prévu |
| Akademik Lomonosov | Russie | En service (2020) | 2 réacteurs KLT-40S | 70 MWé + 50 Gcal/h de chaleur | Électricité + chauffage pour ville arctique (Pevek) |
| FNPP Méditerranée (CORE POWER/ABS) | Grèce / Europe | Phase de cadrage (2025) | Réacteur(s) modulaire(s) SMR | Modulaire selon besoin | Ports, îles, dessalement, énergie de quai |
| ACP100S (CNNC) | Chine | Développement | Réacteur modulaire (ACP100) | Environ 125 MWé | Plateformes offshore, îles de mer de Chine |
| SMR offshore (Samsung/Kepco) | Corée du Sud | Étude conceptuelle | SMR + barge | À définir | Énergie pour plateformes pétrolières ou bases isolées |
| NuScale + Prodigy Clean Energy | États-Unis / Canada | Design avancé | SMR NuScale sur barge | 77 MWé (modulaire) | Réseaux insulaires, installations minières, zones arctiques |
Sources :
- ABS (American Bureau of Shipping) – Floating Nuclear Power Plant Guide, édition 2024
👉 https://ww2.eagle.org/content/dam/eagle/publications/pathways-to-nuclear-data-center.pdf - CORE POWER – Déclaration officielle de Charlotte Vere sur l’ambition FNPP en Grèce, novembre 2025
👉 https://www.corepower.energy/news/groundbreaking-floating-nuclear-energy-project-moves-forward-with-pestle-framework - Athlos Energy – Note de projet et participation au consortium FNPP Méditerranée
👉 https://www.athlosenergy.com - Conférence de lancement FNPP – Athènes, novembre 2025 – Analyse PESTLE présentée au comité multi-acteurs
- État de maturité des SMRs – Synthèse du rapport IAEA / WNA 2024 sur la modularisation nucléaire
👉 https://www.iaea.org/topics/small-modular-reactors
Image mise en avant : l’Akademik Momonosov lors de son transit en 2019 – ©Rosatom



