L’art transformer les cicatrices d’un passé « noir » en énergie.
Dans un coin reculé de l’île de Vancouver, au Canada, un ancien village minier retrouve un nouveau souffle depuis quelques semaines. Là où l’on extrayait autrefois du charbon à la sueur du front, on parle aujourd’hui d’énergie propre et d’avenir collectif.
Grâce à un projet visionnaire, les galeries souterraines de Cumberland pourraient bien devenir les artères d’un chauffage géothermique local, économique, et quasi sans carbone.
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Le Canada transforme une mine de charbon abandonnée en chauffage vert
Entre 1888 et la fin des années 1960, Cumberland vivait au rythme des wagonnets et des pioches. Plus de 16 millions de tonnes de charbon bitumineux ont été extraites de ses entrailles, envoyées vers le Japon ou utilisées pour chauffer les foyers et faire tourner les navires. Puis tout s’est arrêté, ne laissant derrière que des tunnels vides, des cavités instables et des poches de méthane.
Aujourd’hui, l’équipe de l’université de Victoria, à travers son programme ACET (Accelerating Community Energy Transformation), propose de réactiver ce sous-sol oublié, non pas pour extraire, mais pour chauffer.
L’idée : utiliser l’eau stagnante dans les anciennes galeries, dont la température reste stable toute l’année, plus chaude que l’air en hiver, plus fraîche en été.
En pompant cette eau, des pompes à chaleur pourraient chauffer (ou refroidir) des bâtiments. C’est le principe du géoéchange : on n’injecte rien, on ne creuse pas davantage, on se contente de capter une énergie déjà là. Comme si la terre offrait une chaudière naturelle.
Une première expérimentation à l’échelle municipale
Le projet de Cumberland commence petit, mais avec ambition. Les premières simulations énergétiques se concentrent sur un nouveau quartier dit « civique » : centre communautaire, bureaux municipaux, logements abordables, et même une zone industrielle à proximité du lac Comox.
Les mines, cartographiées par des géologues locaux, offrent un maillage dense sous le village. Cela permettrait à terme de raccorder plusieurs îlots urbains à un réseau de chaleur souterrain. Une sorte de chauffage urbain version écolo, sans cheminée ni centrale à fioul.
Emily Smejkal, chercheuse à l’institut Cascade, spécialisée en géothermie, résume bien l’idée : « C’est un échangeur thermique géant creusé il y a un siècle, qu’on réutilise aujourd’hui avec de la technologie moderne. »
Réparer un passé difficile, sans l’effacer
Le projet a aussi une portée symbolique. Comme le souligne la maire Vickey Brown : « Ce système permet à l’ancienne Cumberland d’être fière. On utilise les déchets de l’ancien monde pour bâtir une énergie plus propre. »
Car il ne faut pas oublier que les mines, ici, riment aussi avec accidents, maladies et travail pénible. Revaloriser ce passé en ressource renouvelable, c’est une manière de refermer une boucle. De redonner du sens à un héritage que l’on aurait pu enterrer, au propre comme au figuré.
C’est ce qu’explique aussi Cory MacNeill, géologue et habitant du coin : « Ce sont des vestiges d’un autre temps. Si on peut en faire quelque chose de mieux, autant le faire. »
D’autres villes canadiennes ont déjà sauté le pas
Cumberland n’est pas seule à explorer ce genre de reconversion. À Nanaimo, à une centaine de kilomètres, un ancien site minier sert déjà de source de chaleur géothermique. Même chose à Springhill, en Nouvelle-Écosse, où des industries utilisent la chaleur des galeries pour se chauffer.
Ces projets inspirent des collectivités rurales, souvent dépendantes de l’électricité ou du propane pour se chauffer, et qui voient dans la géothermie une manière de réduire leur facture et leur empreinte carbone.
En France aussi, on marche sur des trésors enfouis
Des centaines de mines abandonnées, du Nord jusqu’au Massif central, dorment sous nos pieds, vestiges d’un âge industriel aujourd’hui révolu. Il y aurait dans l’Hexagone entre 30 000 et 60 000 kilomètres de galeries souterraines, parfois encore gorgées d’eau à température stable. Et si ces tunnels, creusés pour extraire charbon, fer ou potasse, devenaient demain nos chaudières du futur ?
Certaines collectivités commencent à s’y intéresser sérieusement. À Gardanne, par exemple, l’ancienne mine de lignite pourrait alimenter un réseau de chaleur. Même chose à Rosbruck, où des études ont montré que la température de l’eau dans les galeries pouvait suffire à chauffer des logements. Le potentiel est énorme. Selon le BRGM, plus de 300 sites seraient techniquement exploitables pour de la géothermie de mine. De quoi transformer nos cicatrices industrielles en moteurs de sobriété énergétique. Encore faut-il avoir le courage et la vision d’aller y puiser notre avenir.
Une aubaine pour les petites villes en quête d’indépendance
L’un des intérêts de ces systèmes, c’est leur faible coût de fonctionnement une fois installés. Pas besoin d’importer du gaz, pas de fluctuations de prix liées aux marchés internationaux, et des émissions de CO₂ quasi nulles.
À une époque où les communes cherchent à relocaliser leurs ressources et à maîtriser leurs dépenses énergétiques, cette géothermie de proximité fait figure d’alternative sérieuse.
Sources :
- University of Victoria, Clean energy found in old coal mines, 17 novembre 2025
- BRGM – Bureau de Recherches Géologiques et Minières, Des eaux de mines, potentielles ressources géothermales, 8 septembre 2015



