Cette entreprise française signe avec un géant américain des centres de données pour créer le premier réacteur nucléaire de ce type au monde

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Un mini-réacteur nucléaire pour l’ère de l’intelligence artificielle.

Un cube de 4 mètres sur 4 posé sous terre. À l’intérieur, pas de turbines apparentes ni de vapeur sifflante, mais un cœur liquide à base de sel fondu, animé par des neutrons rapides. Voici en 2 mots ce qu’est Stellarium, la création de la jeune pousse française Stellaria, qui vient de décrocher un partenariat stratégique avec le géant des data centers Equinix.

Et ce petit monstre pourrait bien être le tout premier réacteur commercial au monde à détruire plus de déchets nucléaires qu’il n’en produit. Rien que ça !

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Stellarium est un réacteur de génération IV dit « à neutrons rapides à sels fondus », utilisant un carburant liquide à base de chlorures fondus, et non des pastilles d’uranium solides comme dans les centrales classiques.

Le fluide circule en circuit fermé, emportant les produits de fission avec lui. C’est comme si une voiture roulait tout en recyclant immédiatement ses gaz d’échappement, sans jamais s’arrêter à la station-service. Ce cycle fermé permet une chose inédite : rebrûler les déchets nucléaires existants, notamment ceux contenant du plutonium ou des actinides mineurs issus du retraitement.

Le cœur du réacteur, liquide, ne nécessite aucun combustible neuf pendant plus de 20 ans. Et comme il fonctionne à pression atmosphérique, il n’y a pas besoin d’enceinte de confinement gigantesque ni d’exclusion de zone autour du site. On pourrait presque le glisser sous un centre commercial, ou mieux : sous un data center.

Enterrer une centrale nucléaire à 1 600 mètres de profondeur comme veulent le faire les Etats-Unis présente 2 avantages : la pression et l’environnement minéral

Le nucléaire pour alimenter les centre de données

C’est justement ce qu’a compris Equinix, le géant américain des infrastructures numériques. Ses data centers, répartis dans toute l’Europe, font face à une explosion de la demande énergétique liée à l’intelligence artificielle, la vidéo en streaming, et l’augmentation du trafic réseau mondial.

L’accord signé avec Stellaria porte sur 500 mégawatts réservés en exclusivité à partir de 2035. Ces réacteurs miniatures seront installés directement au pied des centres de données, fournissant une électricité décarbonée, stable et entièrement autonome.

C’est une révolution énergétique pour l’industrie numérique, qui cherche désespérément à s’affranchir des variations de prix du gaz, des limites des renouvelables intermittents et des tensions sur les réseaux électriques.

Une bête de puissance dans un mouchoir de poche

La densité énergétique de Stellarium est 70 millions de fois supérieure à celle d’une batterie lithium-ion. En clair : un seul de ces réacteurs pourrait alimenter une ville de 400 000 habitants.

Et ce, sans ravitaillement pendant deux décennies, grâce à un cycle auto-entretenu appelé « isogénération », où le réacteur régénère une partie de son propre combustible en temps réel.

Autre atout majeur : le refroidissement passif par convection naturelle. En cas d’arrêt d’urgence ou de coupure d’électricité, aucun système actif n’est nécessaire. La chaleur est évacuée comme dans une cafetière qu’on pose à l’air libre.

Le tout est encapsulé dans quatre barrières physiques de sécurité, soit une de plus que dans la plupart des réacteurs de génération 3.

Des déchets nucléaires en guise de carburant

Stellarium est conçu pour accepter un large éventail de combustibles : uranium, MOX, plutonium, actinides mineurs… et même thorium, souvent présenté comme le « cousin écologique » de l’uranium.

Son objectif principal reste la destruction de déchets nucléaires existants. En capturant les éléments les plus radioactifs à vie longue, le réacteur les retransforme en chaleur utile et en nouveaux combustibles. C’est l’exact opposé du modèle actuel, où l’on stocke ce qu’on ne sait pas réutiliser.

Ce principe, testé en laboratoire, pourrait faire de Stellarium le premier réacteur « net négatif » en déchets radioactifs à l’échelle industrielle.

Récapitulatif sur le réacteur Stellarium :

Caractéristique Valeur
Type de réacteur À neutrons rapides, sels fondus chlorés
Volume du cœur 4 m³
Refroidissement Convection naturelle (passif)
Cycle du combustible Fermé, isogénération
Combustibles utilisables Uranium, plutonium, MOX, actinides, thorium
Durée de fonctionnement sans rechargement 20 ans
Densité énergétique 70 millions × batterie lithium-ion
Déploiement prévu 2035 (Equinix)
Capacité réservée par Equinix 500 MW
Plan préliminaire du Stellarium (crédit : Stellaria)
Plan préliminaire du Stellarium (crédit : Stellaria)

Un calendrier rapide, des ambitions contrôlées

Fondée en 2023, Stellaria est une spin-off du CEA et de Schneider Electric, deux poids lourds français de l’énergie. En juillet 2025, la jeune entreprise a levé 23 millions d’euros pour démarrer la phase de développement, avec un calendrier clair :

  • 2029 : première réaction de fission en laboratoire
  • 2035 : premières installations opérationnelles en partenariat avec Equinix
  • Années 2040 : déploiement à grande échelle en Europe

Le design du réacteur est volontairement sobre. Stellaria limite les innovations à l’essentiel, pour accélérer l’industrialisation et obtenir les autorisations de sûreté plus rapidement.

Quelles sont les autres types de réacteurs nucléaires de génération IV en projet ?

Au-delà des réacteurs à neutrons rapides et aux sels fondus comme Stellarium, la génération IV de réacteurs nucléaires regroupe six grandes familles, toutes orientées vers un même but : produire une énergie plus propre, plus sûre, plus durable, tout en utilisant mieux le combustible et en réduisant les déchets.

Certains misent sur le refroidissement par gaz à très haute température (HTGR), d’autres sur le plomb fondu ou le sodium liquide, souvent combinés à des cycles fermés. Les Chinois, par exemple, avancent vite sur les réacteurs à haute température refroidis au gaz avec le HTR-PM, déjà en phase pilote.

L’Inde, de son côté, concentre ses efforts sur les réacteurs au thorium, une ressource abondante localement, via son programme AHWR (la Chine a d’ailleurs également un réacteur à thorium en projet).

Quant à la Russie, elle mise massivement sur le plomb-bismuth avec le BREST-OD-300, un démonstrateur à neutrons rapides actuellement en construction. Chaque technologie a ses avantages : résilience thermique, recyclage du combustible, passivité en cas d’incident, ou encore compatibilité avec la production d’hydrogène ou de chaleur industrielle.

Réacteurs de génération IV par type

Type de réacteur Refroidissement Exemples en développement Objectifs spécifiques
Réacteurs à sels fondus Sels fondus (chlorures ou fluorures) Stellarium (France), TMSR-LF1 (Chine) Cycle fermé, réduction des déchets, sûreté passive
Réacteurs à neutrons rapides au sodium Sodium liquide Natrium (USA), JSFR (Japon), MBIR (Russie) Consommation des actinides, haute densité énergétique
Réacteurs à haute température (HTGR) Gaz hélium HTR-PM (Chine), U‑Battery (UK/Canada) Production d’hydrogène, applications industrielles
Réacteurs au plomb ou plomb-bismuth Plomb liquide / Pb-Bi BREST-OD-300 (Russie), MYRRHA (Belgique) Robustesse thermique, neutrons rapides, recyclage
Réacteurs au gaz rapide Gaz (hélium ou CO₂) GFR (France/UE, à l’étude) Haute température, intégration réseau/stockage
Réacteurs au thorium Variable (gaz ou sels) AHWR (Inde), Th-Power (Norvège) Autonomie nationale, faible production de plutonium

Sources :

  • Communiqué de presse de Stellaria du 26 novembre 2025
  • Communiqué de presse d’Equinix du 26 novembre 2025

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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