Le combustible nucléaire du futur rentre dans sa phase de préindustrialisation aux Etats-Unis

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Les États-Unis lancent la production d’un nouveau combustible nucléaire pour la toute première expérience mondiale de réacteur à sels fondus en spectre rapide.

Le Laboratoire national de l’Idaho (INL) vient d’annoncer avoir officiellement démarré la production à grande échelle d’un combustible d’un genre inédit : du sel fondu enrichi en uranium, destiné à alimenter l’un des premiers réacteurs à spectre rapide utilisant des chlorures liquides du monde.

Ce projet, baptisé MCRE (Molten Chloride Reactor Experiment, Expérience de réacteur à chlorures fondus en français), n’est pas une simple initiative de recherche. Il s’agit d’un démonstrateur préindustriel, conçu pour valider une technologie capable de fonctionner à très haute température, avec un haut niveau de sûreté passive, et des applications envisagées à la fois sur terre et en mer. Pour la première fois depuis plus de trente ans, les États-Unis produisent un combustible nucléaire totalement nouveau, dans un format pensé dès l’origine pour répondre aux enjeux énergétiques du XXIe siècle : décarbonation, compacité, modularité.

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Dans les réacteurs nucléaires « classiques », l’uranium est solide. Il chauffe de l’eau, qui devient vapeur, qui fait tourner une turbine. Le circuit est long, complexe, et surtout, dépendant de beaucoup de mécanismes actifs.

Avec le projet MCRE tout change. Le combustible, ici, n’est pas solide. Il est dissous dans un sel liquide à très haute température, un mélange de chlorures enrichis en uranium. C’est lui qui transporte la chaleur, c’est lui qui contient l’énergie fissile. Un seul liquide pour tout faire, comme un moteur à combustion sans radiateur.

Pourquoi est-ce intéressant ? Parce que ce liquide peut monter jusqu’à 700 °C, soit plus du double d’un réacteur classique. Cela signifie un meilleur rendement. Plus d’électricité à partir d’une même quantité d’uranium et surtout, en cas de problème, le sel peut s’écouler dans un réservoir prévu pour le figer. Pas besoin de pompe, pas besoin d’électricité de secours. Le système s’arrête seul, simplement grâce à la magie de la gravité.

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Une alchimie moderne dans les laboratoires de l’INL

Ce fameux sel fondu n’a rien à voir avec celui de la cuisine. Il faut que l’uranium métallique se transforme en chlorure, de façon stable et homogène. L’objectif fixé aux équipes : obtenir des lots de 18 kilos, avec 95 % de conversion.

En 2020, les premiers essais étaient loin du compte. On plafonnait à 70 %, avec des rendements trop faibles pour une production fiable. Il aura fallu quatre ans de recherches pour franchir la marche. En 2024, une modification du processus de synthèse change la donne : la réaction devient plus propre, plus rapide, plus complète.

Aujourd’hui, l’INL peut produire un lot complet en une seule journée. Un exploit technique, et surtout une cadence qui permet d’envisager le déploiement réel du projet. Il faudra entre 72 et 75 lots pour faire démarrer le réacteur expérimental. Le premier a été livré en septembre 2025, les suivants suivront jusqu’en mars 2026.

C’est la plus grande campagne de production de combustible nucléaire non conventionnel aux États-Unis depuis trente ans.

Gros plan sur des cristaux de sel produits à l’INL pour l’expérience du réacteur à chlorures fondus.
Gros plan sur des cristaux de sel produits à l’INL pour l’expérience du réacteur à chlorures fondus.

Un partenariat inédit, du laboratoire jusqu’à la mer

Derrière le projet, plusieurs acteurs aux profils complémentaires : Southern Company, fournisseur d’électricité du sud des États-Unis. TerraPower, cofondée par Bill Gates, qui investit depuis des années dans le nucléaire de nouvelle génération. CORE POWER, qui regarde vers la mer. Et, bien sûr, le Département américain de l’Énergie, maître d’œuvre du site expérimental LOTUS.

Le but ? Tester ce réacteur sur le terrain, dans des conditions réelles, et valider son fonctionnement, notamment en mer.

Car c’est bien dans le domaine maritime que la technologie pourrait avoir ses effets les plus spectaculaires. Un navire équipé d’un petit réacteur au sel fondu pourrait naviguer pendant dix à quinze ans sans s’arrêter, sans carburant fossile, sans ravitaillement, sans émissions de CO₂.

Et maintenant ?

On n’en est pas encore à l’étape du déploiement à grande échelle. Pour le moment l’INL fournit les premiers lots de combustible, destinés à valider les hypothèses. Ce réacteur servira à mieux comprendre les performances du sel fondu chloré, à vérifier sa durabilité, son comportement dans le temps, sa réponse aux changements de puissance.

Les résultats attendus ne serviront pas seulement aux États-Unis. Ils alimenteront une réflexion mondiale sur le rôle que pourrait jouer cette technologie. La Chine explore des voies voisines, la Corée du Sud aussi.

Même la France s’y est mise avec le projet Nuward, qui suit une logique complémentaire, mais plus conservatrice dans ses choix techniques.

Résumé sur le projet MCRE (Molten Chloride Reactor Experiment)

Source de cet article :

  • Idaho National Laboratory, Idaho National Lab Creates First Batch of Fuel for World’s First Fast Spectrum Molten Salt Reactor Experiment, communiqué du 3 décembre 2025

Image de mise en avant : Rendu du prototype de réacteur rapide MCRE.

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

3 Commentaires

  1. Je m’intéresse à l’énergie avec sel fondu.
    Je ne connais pas les différences entre projet Américain et Français.
    Sel fondu et thorium ? Différentes solutions ?

    • Bonjour et merci pour votre lecture ! Pour vous répondre en deux mots : les réacteurs à sels fondu fonctionnent grâce à un sel chauffé qui apporte à la fois rendement et sûreté, et le thorium n’est qu’une option parmi d’autres, pas une obligation (c’est le combustible utilisé). Les États-Unis avancent vite avec des réacteurs rapides au sel fondu à base d’uranium, déjà proches du démonstrateur. En France, on explore surtout la recherche et de petits projets innovants, sans filière industrielle complète pour l’instant.

  2. Non, ce n’est pas nouveau, pour ceux qui ont de la mémoire, ce type de réacteurs devaient être en lieu et place des réacteurs nucléaires de nos jours. Cependant, faute a des enjeux politiques et économiques (dessous de tables) ce sont nos actuels qui ont été choisis. Hors, a sels fondus sont aussi propre , plus sur, plus rapides a stopper (4 h contre un mois pour les actuels). Ils prennent moins de place et possible de les faire tourner a tour de rôle en cas de besoin d’entretien (ou autre)

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