Les règles européennes ont-elles été appliquées sur le contrat des 2 réacteurs nucléaires de Dukovany ?
D’un côté, la République tchèque, qui veut relancer sa filière nucléaire en construisant deux nouveaux réacteurs sur son site de Dukovany.
De l’autre, la Commission européenne, qui demande plus de transparence, sur un contrat minimum évalué à 23 milliards d’euros.
Et en toile de fond, un duel de titans entre le français EDF qui avait perdu l’appel d’offre contre son rival coréen KHNP et qui voit peut-être une porte s’entrouvrir sur un espoir de revenir dans la course.
Un cocktail explosif dont nous allons vous conter les ficelles !
Lire aussi :
- Des milliers d’entreprises vont pouvoir souffler un grand coup avec EDF qui va ouvrir ses contrats nucléaires long terme au plus grand nombre
- EDF décroche un contrat pour un immense champ solaire de 600 MW en Arabie Saoudite qui sera capable d’alimenter 100 000 foyers
Bruxelles a des « doutes » atour du grand projet nucléaire de la République Tchèque
Une stratégie financée à 100 % par l’État
Voici le montage prévu : un prêt public à taux préférentiel pour financer 100 % des coûts de construction, évalués entre 23 et 30 milliards d’euros.
À cela s’ajoute un Contrat pour Différence (CPD) sur 40 ans. Ce mécanisme garantit un prix d’achat fixe à l’électricité nucléaire : si le marché chute, l’État compense. Si le prix grimpe, c’est la centrale qui reverse le trop-perçu.
Pour sécuriser l’avenir, Prague prévoit aussi un filet anti-politiques changeantes, histoire de protéger l’investisseur contre les virages énergétiques ou fiscaux.
L’opérateur s’appelle EDU II, une structure détenue à 80 % par l’État tchèque, le reste appartenant à ČEZ, le champion local de l’électricité.
En résumé : un projet public, financé par l’État, protégé par l’État.
Ce qui bloque du côté de la Commission Européenne
Jusqu’ici, l’Europe avait validé un projet similaire à un seul réacteur. Alors pourquoi cet appel à enquête aujourd’hui ?
En fait, Bruxelles veut vérifier que les conditions de financement n’aboutissent pas à une distorsion de concurrence. En clair : éviter qu’un soutien public trop généreux ne déséquilibre le marché de l’électricité ou ne transforme un projet industriel en pari à faible risque pour l’opérateur, l’État jouant les assurances tous risques.
Autre souci pointé par la Commission : l’imprécision du contrat pour différence. Certains éléments-clés manquent pour savoir si l’incitation à bien gérer l’installation est vraiment au rendez-vous, ou si le CPD risque de transformer le projet en rente garantie.
Le contexte politique et industriel local
Les quatre réacteurs actuellement en service à Dukovany (type VVER-440) mais ils datent des années 1980 et commencent à vieillir. Le pays a aussi deux réacteurs plus récents à Temelín. En tout, environ un tiers de l’électricité tchèque est d’origine nucléaire.
En 2024, Prague a choisi le constructeur sud-coréen KHNP (Korea Hydro & Nuclear Power) pour bâtir ses deux nouveaux réacteurs. L’offre ? Environ 8,2 milliards d’euros par unité, avec la promesse de délais respectés et sans de surcoûts. Une promesse ambitieuse dans un secteur où les dépassements budgétaires sont presque une tradition.
Les 8,2 milliards d’euros par réacteur correspondent au coût industriel de construction proposé par KHNP.
Les 23 à 30 milliards d’euros évoqués par Bruxelles désignent le montant total du prêt public, incluant intérêts, frais financiers, risques et trésorerie sur plus de dix ans.
La Commission européenne examine donc le niveau de risque financier supporté par l’État, pas le prix des réacteurs eux-mêmes.
L’objectif : mise en service en 2036 et 2037. Autant dire demain, à l’échelle nucléaire.
EDF en embuscade, l’Europe sous tension
Tout ça n’a pas plu à tout le monde. En particulier à EDF, qui avait aussi candidaté. Le groupe français a saisi les autorités tchèques, arguant que l’offre sud-coréenne n’était pas réaliste sans aides publiques déguisées.
Le recours a été rejeté par la justice locale, et le contrat avec KHNP a été signé en juin 2025. Pourtant, une autre enquête est en cours à Bruxelles, cette fois au titre du règlement sur les subventions étrangères. L’idée : savoir si KHNP a bénéficié de soutiens sud-coréens qui faussent le jeu concurrentiel européen. Une affaire encore ouverte, selon la Commission.
KHNP, de son côté, jure ses grands dieux qu’il n’a reçu aucune aide illégale. Et qu’il respecte scrupuleusement toutes les règles de l’Union.
Un bras de fer qui pourrait durer des années
Bruxelles insiste : cette enquête ne préjuge en rien du résultat final. Elle permet simplement à la République tchèque et à d’autres acteurs de fournir des arguments, des chiffres, des garanties. En clair : la balle est dans le camp de Prague.
Le précédent projet avait mis deux ans à être validé. Celui-ci pourrait suivre le même tempo, avec une décision espérée pour 2027. Pendant ce temps, le projet continue, financé sur fonds privés, assure le gouvernement tchèque. Pas de blocage en vue, donc. Mais un risque réel d’ajustements.
L’Europe a ses règles. Chaque pays peut choisir son mix énergétique mais quand il s’agit d’argent public, la mécanique est très encadrée.

Aides, oui. À condition qu’elles soient nécessaires, proportionnées, et non déloyales.
Si ces conditions ne sont pas respectées, EDF pourrait faire un retour inespéré sur ce contrat « du siècle » à 16,4 milliards d’euros !
Sources :
- Commission Européenne, Commission opens in-depth State aid investigation into Czech support to two new nuclear units in Dukovany, 22/12/2025 https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/ip_25_3139
- Déclaration gouvernement tchèque, https://mpo.gov.cz/en/energy/nuclear-energy/




Cette Europe est vraiment débile. On va octoroyer a un autre état hors ue un contrat sur un pays au sein de l’ue. Contrat qui en plus est suspecté d’être subventionné par l’état… mais stop putain !!!!