Xueying 601, l’avion qui a ouvert un ciel au-dessus de l’Antarctique à la Chine.
Depuis dix ans, Xueying 601 (« aigle des neiges » 601 en français) assure la logistique entre les différentes bases chinoises et internationales en Antarctique.
Le 17 décembre 2025, lors de la 42ᵉ expédition antarctique chinoise, l’appareil a réalisé ses premières missions de recherche scientifique de la saison. Des vols qui ne servent pas seulement à transporter du matériel, mais à dessiner un véritable corridor aérien antarctique, avec la station de Zhongshan comme nœud central et plus de vingt bases nationales et internationales connectées.
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10 ans que le Xueying 601 assure la logistique aérienne de l’Antarctique
Des infrastructures à bâtir dans la glace
À l’époque de sa mise en service, la Chine ne disposait pas encore de piste antarctique propre. Les premières missions dépendaient des infrastructures étrangères.
Le constat fut alors « on ne peut plus simple » pour l’Empire du Milieu : sans aéroport dédié, impossible de garantir des opérations régulières, sûres et planifiables !
Il a donc fallu bâtir là où il n’y a que de la glace. Et on connait la capacité des chinois a faire vite quand une vision est tracée !
- En 2022, la Chine achève la construction de sa première piste polaire sur glace, de type traîneau.
- En mars 2023, elle entre en service.
- En mai 2024, l’Organisation de l’aviation civile internationale lui attribue un code officiel : ZSSW. Le Zhongshan Ice and Snow Airport est né !
L’aéroport fonctionne désormais plus de 300 jours par an. Xueying 601 y a réalisé près de 100 décollages et atterrissages sans incident.
Xueying 601, le galérien de l’Antarctique
En dix ans, Xueying 601 a accumulé plus de 1 100 jours d’opérations, 2 500 heures de vol et 800 000 kilomètres parcourus. L’équivalent de 20 tours de l’équateur. Ce ne sont pas des records pour impressionner, ce sont des preuves de fiabilité dans l’un des environnements les plus hostiles de la planète.
Un avion polaire doit composer avec le froid extrême, la faible densité de l’air, l’absence de repères visuels et des pistes qui ne pardonnent aucune approximation. Chaque décollage est un test grandeur nature. Chaque atterrissage est une démonstration de maîtrise.
Un peu l’équivalent volant de ce cargo britannique qui doit lutter avec les mêmes conditions :
Bien plus qu’un avion cargo, un « un outil scientifique volant »
Xueying 601 transporte du fret, du carburant, des instruments scientifiques et des équipes. Ce serait déjà suffisant pour justifier son existence. Pourtant, sa véritable valeur est ailleurs. Cet avion est devenu une plateforme scientifique volante.
Dès 2016, il survole à basse altitude la Kunlun Station, située à plus de 4 000 mètres d’altitude. L’objectif n’est pas logistique. Il s’agit de comprendre comment un avion se comporte dans des conditions de haute altitude polaire, où l’air est raréfié et les marges d’erreur inexistantes.
Un an plus tard, l’appareil décolle et atterrit sur place. Un exploit technique qui ouvre la voie à des opérations régulières sur le plateau antarctique intérieur.
En 2023, Xueying 601 réalise un premier atterrissage dans la région des monts Grove, en Antarctique oriental, créant un nouveau corridor potentiel pour le secours d’urgence.
Cartographier ce qui se cache sous la glace
Là où Xueying 601 devient vraiment précieux, c’est dans sa capacité à voir à travers la glace, sans jamais la toucher. Grâce à ses instruments embarqués, l’avion a permis de collecter plus de 200 000 kilomètres de données d’observation scientifique couvrant des zones clés de l’Antarctique oriental, notamment la Princess Elizabeth Land.
Ces données ont permis de réaliser des cartographies de haute précision du relief sous-glaciaire, d’estimer les flux de chaleur sous la calotte et de mieux comprendre la structure géologique enfouie. Pour les climatologues, ces informations sont déterminantes. Elles conditionnent la manière dont la glace glisse, fond ou résiste.
Comprendre la stabilité des calottes, c’est anticiper l’élévation future du niveau des mers. Sans ces mesures, les modèles numériques restent aveugles.
Un outil de coopération autant que de souveraineté
Xueying 601 n’est pas un avion solitaire. Il est devenu un outil de coopération scientifique internationale. La Chine participe activement au groupe RINGS du Comité scientifique pour la recherche antarctique et collabore avec la Norvège et l’Australie sur l’observation des marges glaciaires de l’Antarctique oriental, notamment en Terre d’Enderby.
Depuis 2024, la Chine assure également des responsabilités de gestion de l’espace aérien autour de la station Zhongshan. Des règles opérationnelles ont été testées, partagées et intégrées aux standards internationaux. Une contribution technique concrète à la sécurité aérienne polaire.
Quand l’aviation devient une clé du climat
Xueying 601 montre une chose essentielle : en Antarctique, l’accès conditionne la connaissance. Sans avion fiable, pas de données. Sans données, pas de compréhension fine des mécanismes climatiques. Sans compréhension, aucune projection sérieuse de l’avenir.
Cet avion n’a pas seulement ouvert une route dans le ciel antarctique. Il a élargi le champ de vision de la science, en reliant des points jusque-là isolés, en mesurant l’invisible et en rendant le continent blanc un peu moins opaque.
Le Xueying 601 dans un cercle restreint
Xueying 601 fait partie d’un petit cercle d’avions polaires à voilure fixe indispensables en Antarctique, utilisés là où ni les hélicoptères ni les avions classiques ne suffisent. D’autres pays exploitent des appareils comparables, comme le Basler BT-67, véritable camion du ciel pour la logistique lourde américaine, le Twin Otter, très apprécié pour les missions scientifiques précises et les pistes courtes, ou encore le C-130 Hercules équipé de skis, capable d’acheminer des charges massives jusqu’au pôle Sud. La Russie utilise ponctuellement des Il-76 sur pistes gelées pour les grandes rotations.
Ce qui distingue Xueying 601, c’est son positionnement hybride : plus flexible qu’un gros porteur, plus autonome qu’un avion léger, il combine transport, observation scientifique et création de corridors aériens, devenant à la fois un outil logistique et un véritable laboratoire volant au-dessus du continent blanc.
Principaux avions polaires en Antarctique en 2026 :
| Avion | Pays opérateurs | Rôle principal | Atterrissage sur glace | Particularité |
|---|---|---|---|---|
| Xueying 601 | Chine | Logistique + science | Oui | Autonomie scientifique complète |
| Basler BT-67 | États-Unis, alliés | Logistique lourde | Oui | Extrême robustesse |
| Twin Otter | Royaume-Uni, UE, Canada | Science & missions légères | Oui | Grande précision |
| C-130 Hercules | États-Unis | Logistique stratégique | Oui | Très forte charge |
| Il-76 | Russie | Transport massif | Partiel | Très longue portée |
La présence chinoise en Antarctique
La stratégie scientifique chinoise en Antarctique repose sur une idée simple et cohérente : couvrir tout le continent, du littoral jusqu’au cœur du plateau. Les missions chinoises combinent océanographie, glaciologie, géophysique, astronomie et sciences de l’atmosphère, avec une logique de continuité dans le temps.
Sur les côtes, les chercheurs étudient les échanges entre océan, glace et atmosphère. À l’intérieur du continent, ils analysent l’épaisseur de la calotte, la dynamique des glaciers, la chaleur provenant du sous-sol et la mémoire climatique piégée dans la glace. Les stations servent aussi de laboratoires naturels pour tester des technologies extrêmes : aviation polaire, télécommunications, instrumentation autonome et observation astronomique dans l’un des ciels les plus purs de la planète.
Cette organisation en réseau, appuyée par des missions aériennes comme celles de Xueying 601, permet à la Chine de produire des séries de données longues, indispensables pour comprendre la stabilité de la calotte antarctique et son influence directe sur le niveau des océans.

Stations et missions scientifiques chinoises en Antarctique en 2026
| Station | Année de mise en service | Localisation | Domaines scientifiques principaux | Rôle clé |
|---|---|---|---|---|
| Great Wall Station | 1985 | Île King George, péninsule Antarctique | Biologie marine, climat côtier, géologie | Première base chinoise, coopération internationale |
| Zhongshan Station | 1989 | Côte de l’Antarctique oriental | Glaciologie, météorologie, géophysique | Hub logistique et scientifique, appui aérien |
| Kunlun Station | 2009 | Dôme A, plateau intérieur (> 4 000 m) | Astronomie, physique de l’atmosphère, glaciologie profonde | Observations du climat ancien et du ciel profond |
| Taishan Station | 2014 | Antarctique oriental, entre côte et plateau | Glaciologie, géodésie, soutien logistique | Relais entre Zhongshan et Kunlun |
Ce dispositif donne à la Chine une capacité rare en Antarctique : observer simultanément les océans, la glace et l’atmosphère, du bord du continent jusqu’à son point culminant, avec des données continues qui nourrissent directement les modèles climatiques mondiaux.
Sources :
- Science and Technology Daily, Xueying 601: Building an Antarctic Air Corridor
LU Zijian & BI Wenting – 31/12/2025 - Xinhua News Agency, Xueying 601 transports supplies and scientific equipment
Agence Xinhua – 2025




A la base, c’est un Douglas DC3 dont le premier vol date de décembre 1935: un avion de légende!!!!