À Gardanne, la cheminée refume et les débats repartent.
À Gardanne, la silhouette est impossible à rater. Une cheminée de 297 mètres, la plus haute de France, visible à des dizaines de kilomètres. Depuis fin 2025, elle refume. Pour certains, c’est le signe que la centrale thermique de Provence a enfin trouvé un second souffle après la fin du charbon. Pour d’autres, c’est le retour d’un symbole industriel qui continue de poser question, simplement sous une autre forme…
La centrale n’est plus au charbon. Elle brûle désormais du bois, plus précisément avec de la biomasse, officiellement classée comme énergie renouvelable. Une reconversion unique en Europe pour une ancienne centrale charbon de cette taille.
Unique mais malheureusement encore loin de faire l’unanimité.
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Gardanne, une reconversion industrielle sans équivalent en Europe
Le chantier n’a rien eu d’un long fleuve tranquille pour la seule centrale au charbon entièrement reconvertie en biomasse d’Europe. Près de dix ans de tâtonnements, une crise énergétique mondiale, des ajustements techniques complexes. Le résultat est là : une centrale passée de 600 MW au charbon à 150 MW en biomasse, capable d’alimenter environ 125 000 foyers, soit l’équivalent de deux fois la population d’Aix-en-Provence.
Gardanne, une ville déjà marquée par les fermetures
La centrale fait partie de l’ADN industriel de Gardanne depuis 1953. La ville avait déjà encaissé un choc majeur avec la fermeture des mines de lignite en 2003. L’annonce, en 2017, de la fermeture programmée des dernières centrales à charbon françaises a ravivé ce traumatisme.
Lors du rachat du site, 98 suppressions de postes sur 180 sont annoncées. Le conflit social s’enlise. La centrale s’arrête quasiment jusqu’en 2022. Selon la direction, les pertes accumulées atteignent 650 millions d’euros. Autant dire que la relance par la biomasse arrive dans un climat social et économique fragilisé.
450 000 tonnes de bois par an, un chiffre qui inquiète
Pour fonctionner, la centrale a besoin de 450 000 tonnes de bois par an.
Le nouveau plan d’approvisionnement prévoit :
- 60 000 tonnes de bois de fin de vie ou déchets, comme des palettes ou des meubles
- 150 000 tonnes de bois importé, depuis l’Espagne, l’Italie et encore le Brésil, même si GazelEnergie assure vouloir y mettre fin début 2026
- 240 000 tonnes de bois local, prélevées dans un rayon de 240 kilomètres, couvrant Provence-Alpes-Côte d’Azur, Occitanie et Auvergne-Rhône-Alpes
C’est cette dernière part qui concentre les critiques. Les associations environnementales redoutent une pression accrue sur des massifs forestiers déjà fragilisés par la sécheresse et les incendies.
Forêts, incendies et sylviculture, deux visions opposées
Du côté de la centrale, le discours se veut rassurant. Le bois local proviendrait essentiellement de sous-produits de la filière, après la construction et l’industrie. Pas question, selon GazelEnergie, d’aller couper des arbres pour alimenter la chaudière.
Les prélèvements seraient même présentés comme un outil de gestion forestière, réduisant la charge combustible et limitant les risques d’incendie. Une vision partagée par certains acteurs de la filière bois, mais fortement contestée par les ONG.
France Nature Environnement Provence-Alpes-Côte d’Azur rappelle que la demande industrielle modifie l’équilibre économique de la forêt. Quand le bois devient un carburant, la tentation d’en prélever davantage n’est jamais loin.

Une bataille juridique qui a laissé des traces
Les oppositions ne datent pas d’hier. Dès 2013, plusieurs associations attaquent l’arrêté d’exploitation de la centrale. Le dossier remonte jusqu’au Conseil d’État, qui impose en 2023 une prise en compte plus stricte de l’impact sur les forêts locales.
Conséquence : une enquête publique au printemps 2025, couvrant 324 communes et 16 départements. Elle débouche sur un arrêté préfectoral validé le 20 novembre 2025, assorti de prescriptions supplémentaires.
Parmi elles :
- l’exclusion des prélèvements dans les zones Natura 2000 en France
- des limites renforcées sur les prélèvements d’eau et les rejets dans le canal de Provence
Pour les associations, ces garde-fous restent insuffisants, notamment parce qu’ils ne s’appliquent pas aux zones Natura 2000 situées hors de France.
800 millions d’euros d’aides publiques, le point de rupture
Le sujet le plus explosif reste financier. Fin 2024, l’État renouvelle le contrat de rachat de l’électricité produite par la centrale. Montant : 800 millions d’euros sur huit ans, pour une production plafonnée à 4 000 heures par an.
Pour France Nature Environnement, c’est un scandale. Une centrale subventionnée massivement, sans transparence sur le contrat, et dont le prix de rachat du mégawattheure pourrait être deux fois supérieur à celui de l’éolien en fonctionnement à plein régime.
La question dépasse Gardanne. Elle touche à la place réelle de la biomasse dans la transition énergétique. Énergie renouvelable sur le papier, elle reste dépendante de ressources physiques limitées et de choix politiques assumés.
À Gardanne, la cheminée refume. Le débat, lui, est loin de retomber.

Sources :
- Connaissance des Énergies, La centrale de Gardanne s’est remise à fumer mais reste critiquée après sa conversion
Connaissance des Énergies avec AFP – 29/12/2025 - France Nature Environnement Provence-Alpes-Côte d’Azur, Dossiers et communiqués sur la centrale de Gardanne
FNE Paca – dates de publication non précisées - Préfecture des Bouches-du-Rhône, Arrêté préfectoral relatif à l’exploitation de la centrale thermique de Provence
Arrêté du 20/11/2025




Il faudrait transformer le site de Gardanne en un site nucléaire et implanter un réacteur à neutrons rapides, cela permettra en plus de fermer l’enfouissement de Bure, qui est coûteux, dangereux et déraisonnable: on n’enfouit pas un carburant, alors qu’on peut fermer le cycle du nuclaire
Il faudrait revoir vos sources. Il ne s’agit en aucun cas de la conversation de la tranche 5 600 MW charbon et sa cheminée de 297m qui ne fumera plus mais la conversion de la tranche 4 dernière génération des chaudières produites en france qui est passée de 250 MW à 150 MW.
La principale difficulté de ce site n’est ni la puissance ou la technologie utilisée, ni les modalités d’approvisionnement en combustibles mais la gestion catastrophique de la situation sociale avec une approche dogmatique tant du côté des syndicats que de la direction.