Une structure unique au monde, désormais vulnérable.
Le 14 février 2025, une frappe de drone frappe en plein cœur le site le plus tragiquement symbolique du monde : le sarcophage de Tchernobyl. Le bouclier géant, censé contenir les ruines du réacteur numéro 4, est perforé.
Depuis, ingénieurs, experts en sécurité nucléaire et bailleurs de fonds internationaux se battent contre la montre pour sauver ce qui peut l’être. Une course à haut risque où les choix techniques et financiers s’annoncent aussi complexes que les matériaux radioactifs à l’intérieur.
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100 millions d’euros pour éviter une nouvelle catastrophe à Tchernobyl
Un monstre d’acier : 257 mètres d’envergure, 108 mètres de haut, 36 000 tonnes d’acier, conçu pour durer un siècle. La New Safe Confinement, souvent abrégée NSC, est l’un des plus grands exploits d’ingénierie jamais réalisés. Construite entre 2012 et 2019 pour recouvrir l’ancien sarcophage érigé en 1986 à la hâte, cette arche devait permettre de contenir les 200 tonnes de matériaux hautement radioactifs encore présents dans les ruines, tout en offrant un environnement sûr pour démanteler les structures instables.
Ce scénario a malheureusement volé en éclats le jour de la Saint-Valentin. Un drone frappe de plein fouet la structure avec pour effet immédiat un trou traversant de 15 m², des centaines d’impacts, des équipements électriques et des systèmes de contrôle hors service. La couche extérieure et intérieure du blindage ont été percées. Pire : des incendies internes ont laissé derrière eux des centaines de brûlures à colmater d’urgence. Pour l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), la réalité est là :
« la NSC ne remplit plus sa fonction de confinement ».
Un passé qui empêche l’avenir
Initialement, la NSC devait permettre une opération progressive : démanteler le vieux sarcophage de 1986, stabiliser les structures fragiles, extraire les matériaux contenant du combustible fondu, et les conditionner pour stockage. Ce processus, déjà complexe, devait commencer en 2023. Mais l’attaque a tout mis en pause. « Les mesures planifiées pour le démantèlement ne sont plus possibles à l’heure actuelle », a reconnu Oleg Korikov, directeur de l’Autorité ukrainienne de sûreté nucléaire.
Or, les renforts posés entre 2005 et 2008 sur le vieux sarcophage ne devaient tenir que 15 ans. L’absence de démantèlement aggrave donc le risque d’effondrement et de relargage massif de poussières radioactives dans l’atmosphère.

100 millions d’euros pour une réparation temporaire
Face à cette urgence, les premières mesures sont claires : protéger la NSC des intempéries, éviter la corrosion, et restaurer l’étanchéité minimale. Les réparations lourdes, elles, attendront encore. Selon Steven White, représentant de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), il faudra au moins 100 millions d’euros pour redonner une fonction de confinement partielle à l’arche.
« Rétablir la structure à son niveau de conception d’origine semble improbable. Des choix difficiles nous attendent », a-t-il déclaré lors d’un événement en marge de la conférence générale de l’AIEA à Vienne. Les donateurs traditionnels : Union européenne, France, Royaume-Uni ont déjà commencé à remettre la main à la poche.
Une enveloppe fragile dans un monde qui ne l’est pas moins
Pensée pour résister à un séisme de magnitude 6, à des températures extrêmes (–43 °C à +45 °C) et même à une tornade de classe 3, la NSC n’avait pas été conçue pour supporter des attaques militaires. Une lacune que le contexte géopolitique rend aujourd’hui flagrante. Pourtant, selon les mesures effectuées après la frappe, aucune élévation de la radioactivité ambiante n’a été détectée. Un miracle que personne ne veut voir se reproduire.
Le plus gros chantier nucléaire d’Europe face à un mur d’incertitudes
La situation rappelle une évidence : Tchernobyl, près de 40 ans après l’accident, reste l’un des sites nucléaires les plus vulnérables du globe. Le futur des opérations dépendra de trois facteurs : les financements internationaux, la stabilité géopolitique… et la météo. Chaque hiver qui passe ronge un peu plus les structures.
Tant que le confinement n’est pas réparé, aucune intervention de fond ne pourra débuter.
Détails techniques du sarcophage et des dégâts (2025)
| Élément | Description |
| Nom | New Safe Confinement (NSC) |
| Dimensions | 257 m (largeur) × 108 m (hauteur) × 162 m (longueur) |
| Poids total | 36 000 tonnes |
| Mise en service | 2019 |
| Objectif | Contenir le sarcophage de 1986 et permettre son démantèlement |
| Dommages constatés | – Trou traversant de 15 m² – Incendie sur 200 m² – 340 ouvertures d’urgence – Systèmes de contrôle et ventilation détruits – Étanchéité endommagée |
| Fonction actuelle | Ne remplit plus son rôle de confinement |
| Coût des réparations estimé | + de 100 millions d’euros |
| Durée de vie théorique | 100 ans (en question) |
| Financement initial | 1,6 milliard € (45 pays donateurs + BERD) |
Sources :
- IAEA (Agence internationale de l’énergie atomique) – Rapports techniques et communiqués 2025
- CHNPP (Chernobyl Nuclear Power Plant), IAEA mission documented consequences of russian drone attack on NSC Arch in February, 08/12/2025
- European Bank for Reconstruction and Development (EBRD) – Programmes de financement et rapport d’activité



