72,8 milliards d’euros, le vrai prix du retour au nucléaire.
72,8 milliards d’euros. C’est l’estimation préliminaire présentée par EDF pour construire six réacteurs EPR2 à Penly, Gravelines et Bugey. Ce n’est pas encore un devis gravé dans le marbre, plutôt une photo à l’instant T, en euros 2020, avant audit, avant arbitrages finaux.
Le conseil d’administration a validé une première enveloppe de 2,7 milliards d’euros pour 2026, histoire d’alimenter le projet en études, ingénierie, commandes longues et préparation industrielle.
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Que couvre le plafond financier de 72,8 milliards d’euros annoncé par EDF pour ses EPR2 ?
Ce montant de 72,8 milliards d’euros englobe l’ensemble des coûts de construction overnight, autrement dit coûts calculés comme si les réacteurs étaient construits en une nuit, sans prise en compte des frais financiers, mais avec des provisions pour risques élevées.
Ces provisions jouent un rôle central. EDF les décrit comme un matelas de sécurité, destiné à absorber les aléas industriels, techniques ou organisationnels. Elles expliquent une partie de l’augmentation de 5,4 milliards d’euros par rapport aux chiffrages publiés début 2025 par la Cour des comptes.
Ce gonflement n’est pas présenté comme un dérapage et est revendiqué au contraire comme un signe de maturité du programme.
Un investissement à remettre en perspective
72,8 milliards d’euros est certes un grand chiffre mais qu’il convient de remettre en perspective avec la modernisation des réseaux électriques :
- 100 milliards d’euros pour le transport, côté RTE
- 96 milliards d’euros pour la distribution, côté Enedis
d’ici 2040.
Le programme EPR2, lui, s’étale sur environ vingt ans. Cela représente 3,64 milliards d’euros par an en moyenne (à comparer avec la facture annuelle de 50 à 110 milliards d’euros que la France règle encore pour importer des énergies fossiles).
Le nucléaire n’est pas bon marché. L’absence de nucléaire ne l’est pas non plus.
Un plafond… et l’espoir de ne pas l’atteindre
EDF insiste sur un point clé : 72,8 milliards d’euros est un maximum, pas une cible à atteindre. Deux leviers doivent permettre de rester en dessous.
D’abord, ne pas consommer l’intégralité des provisions pour risques. Ensuite, les effets de série. Construire six réacteurs identiques, dans un ordre maîtrisé, permet d’apprendre, de corriger, puis d’accélérer.
L’objectif affiché est ambitieux : réduire le coût unitaire de 30 % entre le premier et le dernier EPR2. Ce n’est pas une promesse marketing. C’est un pari industriel basé sur la répétition, la standardisation et la stabilisation des équipes.
Construire plus vite sans changer de technologie
Pas de révolution technologique dans l’EPR2. C’est assumé. Le gain se fait ailleurs.
EDF annonce avoir ramené le délai cible de construction d’une tranche générique à 70 mois, contre 96 mois il y a trois ans. Une différence de plus de deux ans, obtenue par un travail très terre-à-terre sur l’organisation des chantiers, la planification et la coordination des corps de métier.
Entre le premier et le dernier EPR2, le temps de construction pourrait être réduit de 32 mois. Un effet d’apprentissage pur. Moins d’hésitations, moins de reprises, moins d’improvisation.

Apprendre de ceux qui construisent beaucoup
Pour progresser, EDF n’a pas travaillé en vase clos. Le groupe s’est inspiré de ceux qui construisent réellement des réacteurs aujourd’hui.
La Chine d’abord, avec des immersions d’équipes françaises sur des chantiers nucléaires actifs. Le Royaume-Uni ensuite, via les projets d’Hinkley Point C et de Sizewell C. Plus de 500 travailleurs français sont déjà engagés sur ces sites. Des ingénieurs britanniques rejoignent aussi EDF, notamment pour les phases amont comme le génie civil et l’organisation des chantiers.
Ces échanges ont permis d’optimiser le tuilage des séquences de construction, afin de mener plusieurs chantiers de front sans se marcher dessus.
Un calendrier désormais posé
EDF avance désormais avec des jalons clairs :
- Décision finale d’investissement fin 2026
- Premier béton nucléaire à Penly en mars 2029
- Mise en service du premier EPR2 en 2038
- Puis un rythme de 12 à 18 mois entre chaque réacteur
Pour tenir ce calendrier, le conseil d’administration a validé une enveloppe de 2,7 milliards d’euros pour 2026, dédiée aux études, aux travaux préparatoires et aux premières commandes structurantes.
Le feu vert européen comme dernière pièce du puzzle
Tout repose désormais sur Bruxelles. La France a transmis à la Commission européenne, le 19 novembre 2025, son mécanisme de soutien au programme EPR2.
Le montage reprend des outils déjà utilisés ailleurs en Europe :
- un prêt à taux bonifié couvrant environ 60 % des coûts de construction
- un contrat pour différence sur 40 ans
- un partage des risques entre l’État et EDF
Ce schéma s’inspire largement de celui validé pour le projet tchèque de Dukovany. L’idée est simple : réutiliser un cadre déjà connu pour limiter les délais et les incertitudes.
EDF espère un accord permettant de confirmer la décision finale d’investissement fin 2026. Sans ce feu vert, rien ne peut vraiment démarrer.
Sources :
- Société française d’énergie nucléaire (SFEN), Programme EPR2 : un plafond à 72,8 milliards d’euros pour les six premiers réacteurs, 19/12/2025
- Cour des comptes, La filière EPR : une dynamique nouvelle, des risques persistants
Cour des comptes,janvier 2025 - EDF, EDF présente son devis prévisionnel du programme EPR2 à hauteur de 72,8 milliards d’euros, décembre 2025
- Sénat, Éclairer l’avenir : l’électricité aux horizons 2035 et 2050, Rapport n° 714 (2023-2024), tome I, déposé le 2 juillet 2024






C’est 73 Md€ 2020, soit 83 Md€ 2025 – tous les autres chiffres de cet article étant exprimés en monnaie courante, un minimum d’honnêteté serait de commencer par le vrai chiffre pour les EPR-2
C’est entre 20 et 30 % de ce que ça coûtera réellement a la fin.
7600 € par kWp c’est de la folie pure aujourd’hui avec un kWp de panneau PV garanti 25 ans minimum alors que Flamenville panne à tors la rigot….ces panneaux (de là silice) sont accessible sous les 60 € le kWp puis, connecté au réseau, avec onduleur, ligne, route, installation sous 410 € des 300 GWp que la Chine connecte au réseau tout les ans…(en kWp un EPR toit les deux jours en kWh un EPR par semaine) et tout cela en plus des 300 GWp de PV qu’elle exporte..alors même à 6500 kWh/kWp/an contre 1300 au PV, c’est EPRdu d’avance . On fait fausse route, en plein soleil.qed
73Mrd/10GW = 5ct/kWh lissé sur 20ans. Ça va encore. Ça produit 24/24, contrairement au solaire à peine 8h/jour.
On developpe Epr2 nucleaire à l uranium…matiere 1ere de + en + verrouillée par Poutine (et ses amis) et la Chine.
H Proglio ancien Pdg d EDF denigre l Epr1 trop complexe/couteux et met en avant les petits reacteurs…
La Chine avance sur les energies “alternatives” et hydoliques,Sur le nucléaire elle avance sur le Thorium…(abondant,peu de déchets…).
En France ,c est pas grave les usagers payeront bien (sauf les 400 000 bénéficiaires du ‘Tarif Agent” et retraités (Edf Enedis Rte…) quasi gratuit! Merci la CGT Energie(statut agent) pour ce Privilege de Classe !!! Issu de 1945 Prime charbon des Mineurs de charbon!
72,8 milliards par rapport à 200 milliards, c’est 36%. Ce n’est pas vraiment une goutte d’eau !
J’observe que quasiment partout dans le monde en particulier en Asie, le nucléaire redémarre très fort
L’EPR a ses chances de prendre une part commerciale en Europe et en Inde.