Les États-Unis attaquent (enfin) l’exploitation de leur plus grand gisement de pétrole inauguré depuis plus de 30 ans à Pikka en Alaska

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Le pétrole d’Alaska se remet à couler après 13 ans d’attente.

Les groupes pétroliers Santos (Australie) et Repsol (Espagne) ont annoncé le 18 mai 2026 le démarrage de la production sur le gisement Pikka, dans le grand nord de l’Alaska. C’est la plus importante mise en service pétrolière sur le sol américain depuis des décennies.
Découvert en 2013, ce gisement de la région du North Slope doit atteindre un plateau de 80 000 barils par jour au troisième trimestre 2026, soit environ 19 % de la production totale de l’État d’Alaska.

L’investissement initial s’élève à 2,6 milliards de dollars, et les réserves prouvées et probables atteignent 397 millions de barils. L’événement intervient dans un contexte politique américain marqué par la doctrine « Energy Dominance » de l’administration Trump, et alors que la flambée du baril liée au conflit moyen-oriental gonfle les bénéfices des majors pétrolières.

Retour sur un projet qui aura mis plus de treize ans à voir le jour.

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Treize ans d’attente

L’histoire de Pikka commence en 2013. La société Armstrong Oil and Gas, s’associe à Repsol pour forer un puits exploratoire qu’on baptise Qugruk 3. À l’époque, personne ne mise très gros sur l’Alaska. La production de l’État dégringole depuis le pic des années 1980 et tout le monde regarde plutôt vers le pétrole de schiste texan, beaucoup plus accessible. Sauf que Qugruk 3 tombe sur une formation géologique appelée Nanushuk, et celle-ci se révèle bien plus prometteuse que prévu.

Deux ans plus tard, en 2015, de nouveaux forages confirment des débits intéressants. Quelques années passent, après analyse les réserves sont estimées à 397 millions de barils prouvés et probables pour la phase 1, et plus d’un milliard sur l’ensemble du secteur. Le plus gros gisement onshore découvert aux États-Unis depuis les années 1980, ni plus ni moins.

L’australien Santos arrive en 2021 en rachetant les actifs d’Oil Search. Décision finale d’investissement en août 2022, campagne de forage en 2023, ingénierie et approvisionnement bouclés fin 2024. Et le premier baril coule donc en mai 2026. Treize ans, c’est le temps d’un cycle pétrolier complet dans une zone aussi difficile : températures de -40 °C en hiver, permafrost à gérer, fenêtres météo serrées, et une administration américaine qui a changé trois fois entre la découverte et la mise en service.

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L’Alaska se réveille, et tombe pile au bon moment pour la Maison-Blanche

La deuxième histoire qui se joue à Pikka est politique. Donald Trump est revenu à la Maison-Blanche en janvier 2025 avec une promesse simple : « Drill, baby, drill ». L’idée est de produire plus d’hydrocarbures sur le sol américain pour faire baisser les prix à la pompe, et utiliser cette énergie abondante comme levier géopolitique. Doctrine baptisée « Energy Dominance ».

Le Department of Energy a annoncé une production record de 13,6 millions de barils par jour en 2025, un nouveau pic de gaz naturel attendu en 2026, et un prix moyen de l’essence à 2,90 dollars le gallon (environ 0,71 € le litre). Du carburant à moins de 3 dollars dans 43 États sur 50, c’est devenu un argument de campagne en soi. L’administration a aussi commencé à reremplir la réserve stratégique de pétrole, vidée pendant la crise ukrainienne, et a lancé un programme de financement spécifique pour les nouveaux projets fossiles.

Le PDG de Repsol, Josu Jon Imaz, n’a pas hésité à parler de « revitalisation décisive du secteur pétrolier de l’Alaska après des décennies de déclin ». Le mot « revitalisation » est bien choisi. Cela dit, soyons précis : la décision finale d’investissement a été prise en 2022, sous Biden. Pikka n’est donc pas un cadeau de Trump aux pétroliers. C’est plutôt l’inverse : un projet né sous une administration qui parlait de transition énergétique, mais qui n’a pas refusé les feux verts opérationnels. La continuité industrielle a sa propre logique, qui se moque pas mal des changements de locataire à la Maison-Blanche !

Le potentiel est par ailleurs loin d’être épuisé. La phase 2 de Pikka, déjà à l’étude, vise à doubler la production. Une autre formation géologique située juste en dessous du Nanushuk, baptisée Torok, pourrait s’avérer encore plus riche selon les premiers échantillons. Plusieurs autres blocs exploratoires sont en cours d’évaluation sur la zone. Bref, on n’en est qu’au début.

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Petit rappel pour l’arrière-plan : l’Arctique fond

Reste un détail. Pikka se trouve dans une région où le permafrost dégèle environ deux fois plus vite que la moyenne mondiale, et où chaque été apporte son lot de feux de toundra, de fonte accélérée et de records de température. Les opérateurs annoncent une exploitation « électrifiée », avec des pompes branchées sur de l’électricité plutôt que sur du diesel, pour réduire leurs émissions directes… On va dire que c’est mieux que rien mais cela ne change évidemment rien aux émissions générées par la combustion finale des barils extraits, une fois qu’ils ont fini leur trajet jusqu’aux raffineries d’Asie ou de la côte ouest américaine via le célèbre pipeline Trans-Alaska.

Sur les rives opposées de l’Atlantique, l’Europe pousse ses parcs éoliens en mer du Nord, ses batteries géantes et ses programmes hydrogène. Les États-Unis, eux, plantent de nouveaux derricks dans le grand nord.

Deux trajectoires énergétiques diamétralement opposées, qui vont continuer à diverger dans les prochaines années. Reste à voir laquelle, dans dix ou quinze ans, aura tenu ses promesses.

Pikka, le projet en chiffres

Les données-clés du gisement pétrolier mis en service le 18 mai 2026 en Alaska.

Donnée clé Valeur
Localisation North Slope, Alaska
Distance du dernier village 10 km de Nuiqsut, 84 km de Deadhorse
Découverte 2013 (puits Qugruk 3)
Décision finale d’investissement Août 2022
Investissement total (phase 1) 2,6 milliards de dollars
Premier baril 18 mai 2026
Production initiale 20 000 barils/jour
Plateau attendu 80 000 barils/jour (T3 2026)
Réserves prouvées et probables 397 millions de barils
Réserves totales estimées Plus d’1 milliard de barils
Actionnariat Santos 51 % (Australie), Repsol 49 % (Espagne)
Emplois 2 600 en construction, 500 en exploitation

 

Sources :

  • Rigzone, Santos, Repsol Start Oil Production at Alaska Project (18 mai 2026) https://www.rigzone.com/news/santos_repsol_start_oil_production_at_alaska_project-18-may-2026-183712-article/
    Détails opérationnels du démarrage de Pikka et déclarations des dirigeants Santos et Repsol.
  • Santos, « Santos announces first oil at Pikka in Alaska » (mai 2026)
    https://www.santos.com/wp-content/uploads/2026/05/Santos-announces-first-oil-at-Pikka-in-Alaska.pdf
    Communiqué officiel annonçant le démarrage de la production pétrolière sur le projet Pikka en Alaska, avec détails sur les capacités du site et les perspectives de développement énergétique.
  • Alaska Business Magazine, Santos’ Progress at Pikka (29 août 2025) https://www.akbizmag.com/industry/oil-gas/santos-progress-at-pikka/
    Contexte historique de la découverte du gisement et trajectoire industrielle depuis 2013.
  • US Department of Energy, The Energy Department Is Unleashing U.S. Oil And Natural Gas Production, Resulting In Lower Costs For American Families And Businesses  (19 janvier 2026)
    https://www.energy.gov/articles/fact-sheet-delivering-us-oil-and-natural-gas-production
    Communiqué officiel sur les chiffres de production de pétrole et gaz américains 2025-2026.

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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