Une copie XXL d’un objet déjà hors norme.
À Abou Dhabi, sur l’île de Yas, entre un centre commercial et un parc à thème SeaWorld, un terrain attend une boule géante qui devrait coûter la bagatelle de 1,7 milliard de dollars (1,5 milliard d’euros) !
Le département de la culture et du tourisme d’Abou Dhabi a officialisé mi-mai le projet Sphere Abu Dhabi, version émiratie de l’énorme salle sphérique qui domine déjà Las Vegas depuis 2023.
La livraison promise pour la fin 2029, ce qui en ferait la première Sphere construite hors des États-Unis et un signal très clair envoyé à ses voisins du Golfe : Abou Dhabi ne compte pas regarder Dubaï et Riyad profiter seuls de la manne générée par le tourisme de masse !
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Abou Dhabi s’offre une Sphere à 1,5 milliard d’euros
Le Sphere de Las Vegas, inauguré en septembre 2023 est une boule de 112 mètres de haut et 157 mètres de diamètre, soit l’équivalent d’un immeuble de 35 étages posé en bord du Strip (avenue la plus célèbre de Las Vegas).
À l’intérieur, un écran LED enveloppant de 15 000 m² en résolution 16K, 167 000 haut-parleurs cachés derrière les panneaux, et 10 000 sièges équipés de retours haptiques qui vous font sentir physiquement la musique. À l’extérieur, 54 000 m² d’écrans LED transforment la sphère elle-même en panneau publicitaire géant, visible à des kilomètres.
Au final, elle aura coûté de le double de son coût initialement prévu : 2,3 milliards de dollars, contre 1,2 milliard. La salle est même devenue le lieu de divertissement le plus cher de l’histoire de la ville, dépassant l’Allegiant Stadium des Raiders mais rien n’est trop beau pour celle qu’on a surnommé Sin City (la ville du péché) !
Abou Dhabi annonce 1,7 milliard. C’est moins que Vegas, mais le projet inclut moins d’inconnues : la technologie existe, le contenu aussi, les studios MSG en Californie produisent déjà ce type d’images immersives depuis 2022.
Reste à savoir si le chantier émirati échappera aux mêmes dérapages, sachant qu’aucun contractant n’a encore été annoncé !
Pourquoi l’île de Yas ?
Le terrain choisi se situe entre le Yas Mall et SeaWorld Abu Dhabi. L’île de Yas est déjà un concentré de loisirs de tous poils : circuit de Formule 1, parc Ferrari World, Warner Bros World, SeaWorld, hôtels de luxe etc.
L’ajout de la Sphere servira à compléter une offre qui vise un public international, en particulier européen et asiatique.
Le projet est cohérent avec la stratégie émiratie depuis plusieurs décennies : diversifier l’économie. Les hydrocarbures représentent encore une part majeure du PIB d’Abou Dhabi, mais la stratégie Economic Vision 2030 mise lourdement sur le tourisme, la culture et le divertissement. Le Louvre Abou Dhabi a ouvert en 2017, le Guggenheim arrive (enfin) en 2025, le musée Zayed est en chantier. La Sphere s’inscrit dans cette logique d’accumulation d’icônes culturelles et architecturales destinées à transformer Abou Dhabi en escale obligatoire.
La salle accueillera des concerts jusqu’à 20 000 personnes et servira de décor au Grand Prix de Formule 1 d’Aobu Dhabi, qui se tient justement à Yas Marina chaque année. Exactement comme à Vegas, où la Sphere apparaît dans tous les plans télé du Grand Prix depuis 2023. Le calcul est simple : faire de la salle un objet médiatique mondial, retransmis gratuitement dans cinquante pays.

Intérêt pour l’image et le soft power d’Abou Dhabi
Une Sphere n’est pas qu’une salle. C’est une machine à produire des images virales. Chaque soir, l’exosphère de Vegas affiche tour à tour un globe terrestre, une boule de basket géante pendant la NBA, une citrouille à Halloween, des publicités pour YouTube ou la NHL. Ces visuels tournent en boucle sur les réseaux sociaux et dans les journaux télévisés du monde entier.
Pour une ville comme Abu Dhabi, qui cherche à exister face à Dubaï dans l’imaginaire collectif, c’est une arme redoutable. Le Burj Khalifa de Dubaï est devenu un symbole mondial parce qu’il est photographié des millions de fois par an. Une Sphere produit le même effet, en mouvement, et avec des contenus renouvelables. C’est du soft power à 1,7 milliard de dollars, qui s’amortit en visibilité internationale.
Le vrai match : Abou Dhabi contre ses voisins
La Sphere d’Aobu Dhabi n’est pas qu’une réponse à Vegas. C’est surtout une pièce dans un jeu beaucoup plus tendu entre les capitales du Golfe.
| Émirat / pays | Méga-projet phare | Budget annoncé | Horizon |
| Abou Dhabi (EAU) | Sphere Abu Dhabi | 1,7 Mds $ | 2029 |
| Dubaï (EAU) | Dubai Reef, extension Expo City | plusieurs Mds $ | 2030+ |
| Arabie saoudite | Neom (The Line, Trojena) | 500 Mds $ annoncés | 2030-2045 |
| Arabie saoudite | Qiddiya (cité du divertissement) | ~50 Mds $ | 2030 |
| Qatar | Héritage Coupe du monde, musées | non communiqué | en cours |
Riyad joue dans une autre catégorie financière avec Neom et Qiddiya, qui ambitionnent de créer des villes entières dédiées au tourisme et au divertissement. Mais ces projets saoudiens accumulent les retards, les révisions à la baisse et les doutes sur leur faisabilité. The Line, par exemple, devait initialement faire 170 km de long ; on parle désormais d’un premier tronçon de 2,4 km à l’horizon 2030.
Abou Dhabi semble jouer une carte plus réaliste (même si tout reste relatif à cette échelle).
Ce qui reste flou dans le projet
Plusieurs zones d’ombre demeurent. Aucun contractant général n’a encore été annoncé pour le moment, ce qui interroge sur la capacité à tenir l’échéance de fin 2029 pour un chantier de cette complexité. Les écrans LED géants et le système audio Holoplot sont fabriqués par des fournisseurs très spécialisés (le canadien SACO Technologies pour les LED, l’allemand Holoplot pour le son) : il faudra coordonner une chaîne d’approvisionnement mondiale dans une région où la concurrence pour les talents et les composants techniques est déjà rude, avec la Coupe d’Asie et l’Expo 2030 de Riyad en perspective.
Reste aussi la question du contenu. La Sphere de Vegas vit grâce à des résidences d’artistes (U2 puis Dead & Company, Eagles, Anyma) et à un film immersif signé Darren Aronofsky. Abou Dhabi promet de mettre en avant des artistes émiratis sur la façade extérieure. Programmer 20 000 sièges 200 soirs par an dans une région où le marché du concert reste émergent demandera plus que des images de drones et un peu d’art local.
Si le pari réussit, Abou Dhabi aura installé une nouvelle pièce sur l’échiquier touristique mondial. Si Riyad accélère sur Qiddiya entre-temps, la Sphere risque de devenir une attraction parmi d’autres dans un Golfe saturé de mégaprojets. La course est lancée.
Sources :
- Visit Abu Dhabi, « Sphere Abu Dhabi » (consulté en mai 2026)
https://visitabudhabi.ae/en/plan-your-trip/article-hub/sphere-abu-dhabi
Présentation du projet Sphere Abu Dhabi, futur complexe immersif inspiré du modèle de Las Vegas, avec détails sur son concept technologique et culturel. - Sphere Entertainment Co., « Sphere Las Vegas » (consulté en mai 2026)
https://www.thespherevegas.com/
Site officiel présentant la Sphere de Las Vegas, sa technologie d’affichage immersive, ses capacités audiovisuelles et les événements accueillis dans cette salle spectaculaire.
Image de mise en avant : Représentation d’artiste de la Sphere de l’île de Yas – crédit : département de la culture et du tourisme d’Abou Dhabi)




