Encore une nouvelle technologie spatiale qui va rejoindre le quotidien des Terriens, cette fois-ci sous l’impulsion de la Chine : la fibre de basalte

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Pour arrêter la désertification, la Chine se sert maintenant du textile qui a planté son drapeau sur la Lune.

À l’extrémité du désert du Taklamakan, dans le grand ouest chinois, des ingénieurs ont récemment déroulé dans le sable une fibre tissée à partir de roche volcanique fondue, ce matériau là même qui, en 2024, a permis au drapeau chinois de tenir bon sur la face cachée de la Lune sans se décolorer sous les UV !

Bienvenue dans la nouvelle phase de la lutte contre la désertification en Chine, où les briques se font avec des cendres de centrales à charbon et où les fibres sortent tout droit d’un programme spatial.

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La conquête spatiale inspire la lutte contre la désertification en Chine

Le Xinjiang Institute of Ecology and Geography, qui dépend de la prestigieuse Académie chinoise des sciences, a lancé il y a quelques semaines une série de nouveaux programmes anti-désertification dans la région du Xinjiang.

Six nouveaux matériaux écologiques ont été introduits pour fixer les sables aux bordures du Taklamakan, l’un des plus grands déserts mouvants au monde.

L’objectif est triple : protéger les terres agricoles, contenir les tempêtes de sable et créer une nouvelle filière industrielle.

Cette « grue des mers » vient de réussir l’exploit de planter un pieu de 1 670 tonnes qui en appellera de nombreux autres sur le champ d’éoliennes offshore Hornsea 3

De la roche volcanique au champ de coton

Commençons par la star de l’opération : la fibre de basalte. Le procédé est connu depuis les années 1960, mais sa production à grande échelle est récente. Pour l’obtenir, il faut chauffer de la roche basaltique à environ 1 500 °C jusqu’à la fondre, puis étirer le liquide à travers des buses microscopiques, comme on tirerait du sucre filé. À la sortie, on obtient des filaments fins, souples, capables de tisser un véritable textile.

Ce textile a des propriétés qui font rêver les ingénieurs puisqu’il est résistant à la chaleur, aux ultraviolets, aux variations thermiques extrêmes, à la corrosion chimique. Comparable mécaniquement à la fibre de carbone, mais beaucoup moins cher à produire. C’est précisément pour ces qualités que l’Université de textile de Wuhan a choisi cette fibre pour fabriquer le drapeau emporté en 2024 par la mission Chang’e 6, la première à ramener sur Terre des échantillons de la face cachée de la Lune. Là-haut, les températures oscillent entre +120 °C en plein soleil et –170 °C à l’ombre, et les rayonnements UV pulvérisent à peu près tous les colorants standards.

Dès lors, les ingénieurs chinois, qu’on sait tout sauf idiots, se sont demandés si ce matériau qui survit sur la Lune ne pourrait pas également survivre dans le désert.

D’où ces kilomètres de fibre de basalte déroulés à l’orée du Taklamakan !

Quand l’espace nourrit l’innovation terrestre

Ce n’était d’ailleurs clairement pas la première fois qu’une technologie, pensée pour résister aux conditions extrêmes de l’espace, finit quelques années plus tard par s’inviter dans nos vies quotidiennes. Les exemples sont nombreux et parfois étonnants :

Le velcro, popularisé par les missions Apollo dans les années 1960, équipait initialement les combinaisons des astronautes avant de coloniser nos chaussures et nos sacs à dos.

La mousse à mémoire de forme, développée par la NASA dans les années 1970 pour absorber les chocs au décollage, est aujourd’hui dans nos matelas.

Le téflon, conçu à l’origine pour les boucliers thermiques, tapisse nos poêles. Les filtres à eau modernes doivent beaucoup aux systèmes de recyclage de l’eau imaginés pour la Station spatiale internationale. Même les semelles amortissantes de la plupart des baskets de sport modernes s’inspirent d’un dispositif initialement développé pour les casques d’astronautes Apollo !

Plus récemment, les panneaux photovoltaïques à haut rendement utilisés dans les fermes solaires terrestres descendent directement des recherches sur les cellules solaires embarquées sur les satellites ou encore les caméras de nos smartphones doivent leur miniaturisation aux capteurs CCD et CMOS développés à l’origine pour les missions d’observation spatiale.

Quand les cendres de charbon construisent des barrières contre le sable

Mais revenons au sujet des nouvelles technologies déployées par la Chine pour lutter contre son désert.

Parmi les six matériaux écologiques introduits dans le programme 2026, on trouve également des cendres volantes ou fly ash. On retrouve normalement ces dernières dans des centrales au charbon. Une fois le combustible brulé et l’énergie produite, il reste dans les airs une fumée chargés de fines particules minérales. Ces particules, capturées par les filtres antipollution, constituent les cendres volantes.

Pendant des décennies, on a considéré ces résidus uniquement comme des déchets encombrants. Aujourd’hui, ils deviennent une matière première. Mélangées au ciment et au sable du désert, les cendres volantes permettent de fabriquer des briques de stabilisation et des barrières anti-érosion. Plusieurs études chinoises récentes, dont une publiée dans la revue PLOS One en 2025, ont montré que l’association fibre de basalte et cendres volantes améliore de plus de 50 % la résistance mécanique des structures stabilisant les sables des routes du Xinjiang.

Selon le chercheur chinois Pei Liang, la combinaison de ces nouveaux matériaux pourrait augmenter l’efficacité des chantiers anti-désertification de 50 % tout en réduisant les coûts d’environ 30 %.

Une bataille de plus de quarante ans

Depuis 1978, la Chine mène une politique de reforestation massive, la « Grande Muraille Verte ». L’objectif est de créer une barrière forestière géante sur les régions Nord, Nord-Est et Nord-Ouest du pays pour ralentir l’avancée des déserts. En novembre 2024, après quarante-six ans de travaux, les autorités chinoises ont annoncé l’achèvement d’une ceinture verte de 3 046 kilomètres encerclant complètement le Taklamakan. Plus de 600 000 personnes avaient été mobilisées pour la phase finale du chantier, la plus difficile, dans le comté de Yutian.

En novembre 2024, après quarante-six ans de travaux, les autorités chinoises ont annoncé l'achèvement d'une ceinture verte de 3 046 kilomètres encerclant complètement le Taklamakan.
En novembre 2024, après quarante-six ans de travaux, les autorités chinoises ont annoncé l’achèvement d’une ceinture verte de 3 046 kilomètres encerclant complètement le Taklamakan.

Les résultats sont là, même si le ton officiel chinois a tendance à les amplifier. Selon les rapports de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification, la Chine est aujourd’hui « extrêmement avancée » en matière de restauration des terres. Le couvert forestier chinois est passé de 10 % du territoire en 1949 à plus de 25 % en 2024. La surface désertifiée du pays a légèrement reculé, de 27,2 % à 26,8 % en dix ans. C’est peu en pourcentage, mais énorme en valeur absolue compte tenu de la taille du pays.

Plus à l’est, dans le désert de Maowusu (à cheval sur le Shaanxi et la Mongolie-Intérieure), la transformation est encore plus spectaculaire. Près de 80 % de la zone est aujourd’hui considérée comme restaurée, et l’on y cultive désormais des pommes en quantité. Un quart de la production nationale chinoise de pommes vient désormais du Shaanxi… dans un désert où personne n’aurait imaginé planter quoi que ce soit il y a vingt ans.

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Le combat n’est pas gagné d’avance et il est mondial

Reste à ne pas s’emballer. Le désert n’a pas été « stoppé » comme le claironnent parfois les médias officiels chinois. Il a été contenu et c’est déjà énorme compte tenu de là où on vient. Le suivi par satellite montre que des zones de la ceinture verte du Taklamakan demandent une maintenance permanente, que des arbres meurent et doivent être replantés, et que le changement climatique régional (précipitations en hausse depuis 2010, saisons sans gel plus longues) joue probablement un rôle aussi important que la plantation elle-même. La nature reprend ses droits, dans les deux sens du terme.

L’enjeu est de toute façon mondial. La désertification menace aujourd’hui les moyens de subsistance de plus de 3 milliards de personnes selon l’ONU. L’Union africaine a lancé en 2007 sa propre « Grande Muraille Verte » au Sahel, ambitionnant de restaurer 100 millions d’hectares de terres dégradées de la Mauritanie à Djibouti. Les progrès y sont plus lents, faute de financements, de stabilité politique et d’organisation industrielle comparable à celle de Pékin.

Reste à voir si les Chinois accepteront un jour de partager leur fibre miracle, ou s’ils en feront un outil de soft power !

Sources :

  • South China Morning Post, China launches new war on deserts with technology tested on far side of the moon (17 mai 2026)
    https://www.scmp.com/news/china/science/article/3353836/china-launches-new-war-deserts-technology-tested-far-side-moon
    article dédié aux projets destinés à aider la région du Xinjiang à construire une barrière écologique pour protéger ses terres arables de l’érosion et de la désertification
  • PLOS One, Synergistic effects and mechanisms of basalt fibers and polycarboxylate superplasticizer on cement-fly ash stabilized aeolian sand (15 juillet 2025) https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0327351
    Étude scientifique sur les performances combinées de la fibre de basalte et des cendres volantes pour stabiliser les sols sableux du Xinjiang.
  • Xinhua News Agency, Where sand once blew, apple harvest in full swing (15 novembre 2025) https://english.news.cn/20251115/c3f65a7f60e341be9918b916e6f89842/c.html Reportage sur la transformation agricole du désert de Maowusu et la culture de pommes au Shaanxi.
  • Dialogue Earth, China completes 3,000-kilometre desert green belt (5 décembre 2024) https://dialogue.earth/en/digest/china-completes-3000-kilometre-desert-green-belt/ Bilan et analyse critique du programme chinois de Grande Muraille Verte et de ses limites.

Image de mise en avant : La sonde lunaire Chang’e-6 a déployé un drapeau chinois en 2024 lors de sa mission de prélèvement d’échantillons – crédit : China National Space Administration

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Guillaume AIGRON
Guillaume AIGRON
Très curieux et tourné vers l'économie, la science et les nouvelles technologies, (particulièrement ce qui touche à l'énergie et les entreprises françaises) je vous propose de de découvrir les dernières actualités autour de cette passion

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