Un compteur qui s’affole sur les quais américains.
Les États-Unis viennent de devenir le premier pays au monde à dépasser les 100 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié exportées en une seule année. Cela représente environ 150 milliards de mètres cubes de gaz à l’état gazeux, soit plus que la consommation annuelle de l’Europe (environ 100 milliards de mètres cubes par an).
Ce record est le résultat d’un empilement très concret de tuyaux, de cuves géantes, de compresseurs, et surtout d’une cadence industrielle poussée au maximum. En neuf ans à peine, les États-Unis sont passés de zéro exportation de GNL à une place de numéro un mondial.
Une trajectoire qui ressemble à un sprint industriel plus qu’à une lente transition énergétique.
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Les Etats-Unis ont exporté 111 millions de tonnes de GNL en 2025
Le principe du GNL est simple sur le papier. On prend du gaz naturel, on le refroidit à environ -162 degrés Celsius, il devient liquide, son volume est divisé par 600, et il peut alors traverser les océans dans d’immenses méthaniers. Dans la vraie vie, chaque étape ressemble plutôt à une usine chimique XXL qu’à une simple opération de congélation.
Les États-Unis disposent un sous-sol très généreux en gaz, extrait massivement depuis les années 2010, et surtout d’une approche commerciale très directe. Le gaz est vendu free on board (FOB), c’est-à-dire « sur le quai ». L’acheteur prend ensuite le relais pour le transport. Résultat, des contrats plus flexibles et une capacité à rediriger rapidement les cargaisons vers les marchés les plus demandeurs.
Cette mécanique explique pourquoi les terminaux américains tournent à plein régime, avec des taux d’utilisation rarement atteints ailleurs. Quand une installation démarre, elle ne reste pas longtemps en rodage.
Plaquemines, l’usine qui a changé l’échelle
Parmi les moteurs de cette année record, un nom revient sans cesse. Plaquemines. Ce terminal, opéré par Venture Global, est devenu en quelques mois la deuxième plus grande installation d’exportation de GNL du pays. En 2025, il a expédié 16,4 millions de tonnes, alors que sa première cargaison date seulement de décembre 2024.
Cette montée en puissance rapide illustre bien la logique américaine. Construire gros, puis remplir immédiatement.
D’autres acteurs historiques comme Cheniere Energy ont continué à pousser leurs installations existantes à leur maximum, tandis que de nouveaux trains de liquéfaction entraient progressivement en service.
L’Europe, toujours accro au GNL américain
Sur la carte des destinations, un continent se détache nettement. L’Europe. En décembre 2025, environ 9 millions de tonnes de GNL américain ont traversé l’Atlantique. Le contexte est bien connu. Réduction massive des importations de gaz russe, hiver dans l’hémisphère nord, et besoin de remplir les stockages.
Consommation / importations de GNL en Europe (principaux pays)
| Pays | Importations de GNL (Mt/an) | Équivalent gaz (bcm/an) | Part du GNL dans l’approvisionnement gaz |
| France | ~26 Mt | ~36 bcm | ~45 % |
| Espagne | ~23 Mt | ~32 bcm | ~60 % |
| Italie | ~11 Mt | ~15 bcm | ~30 % |
| Pays-Bas | ~13 Mt | ~18 bcm | ~40 % |
| Belgique | ~11 Mt | ~15 bcm | ~50 % |
| Royaume-Uni | ~18 Mt | ~25 bcm | ~35 % |
| Portugal | ~7 Mt | ~10 bcm | ~85 % |
| Pologne | ~6 Mt | ~8 bcm | ~40 % |
| Grèce | ~5 Mt | ~7 bcm | ~45 % |
Certains pays jouent un rôle de plaque tournante. La Turquie, par exemple, a acheté 1,45 million de tonnes en un seul mois, tout en continuant à fournir du gaz russe à une partie de l’Europe. Une gymnastique énergétique assez révélatrice de la période actuelle.
L’Asie, de son côté, a temporairement réduit ses achats en décembre, avec 1,23 million de tonnes, contre 1,75 million en novembre. Le GNL, c’est aussi une histoire de météo, de prix spot, et de concurrence entre continents.

Le pari de la fiabilité et du volume
Ce succès repose aussi sur une promesse implicite : la fiabilité des approvisionnements américains. En moins d’une décennie, les États-Unis ont prouvé qu’ils pouvaient devenir un fournisseur massif, constant, et adaptable.
Cette crédibilité ouvre la porte à la suite. Le terminal de Plaquemines vise sa pleine capacité en 2026. Les installations modulaires de Cheniere montent en charge. Et surtout, le projet Golden Pass LNG, une coentreprise entre QatarEnergy et Exxon Mobil, doit démarrer son premier train au premier trimestre 2026.
Les projections parlent déjà de 20 millions de tonnes supplémentaires par an à court terme. L’équivalent de plusieurs grands terminaux européens, ajoutés d’un coup.
Quand le GNL redessine la géopolitique du gaz
Avec environ un quart des exportations mondiales de GNL, les États-Unis ne sont plus un acteur parmi d’autres. Ils sont devenus un pivot. Chaque cargaison redirigée, chaque contrat signé, chaque terminal mis en service influence directement les prix et les stratégies énergétiques de dizaines de pays.
Le gaz américain n’est pas seulement une marchandise mais un outil d’influence, un stabilisateur pour certains marchés, un concurrent direct pour le Qatar, l’Australie, et demain pour de nouveaux producteurs.
Derrière les chiffres impressionnants, on voit surtout se dessiner un paysage énergétique mondial où la capacité industrielle et la rapidité d’exécution comptent autant que les ressources naturelles.
Et sur ce terrain-là, les États-Unis ont clairement pris une longueur d’avance.
Sources :
- Reuters, U.S. Shatters LNG Export Record, Becomes First Nation to Top 100 Million Tons
Article de Curtis Williams – 2 janvier 2026 - Conseil Européen, D’où provient le gaz de l’UE?, Dernier réexamen : 13 novembre 2025
https://www.consilium.europa.eu/fr/infographics/where-does-the-eu-s-gas-come-from/



